Cap sur le suc­cès, en avant toute

Il fau­drait que le peuple écope sec pour que le cap du gou­ver­ne­ment soit at­teint au plus vite, si­non ça va mon­ter grave.

Libération - - IDÉES - Par MA­THIEU LIN­DON

Si j’ai bien com­pris, la mis­sion du gou­ver­ne­ment quel qu’il soit est de gar­der le cap. Le cap peut chan­ger à l’oc­ca­sion, s’in­flé­chir, mais une fois qu’on en a choi­si un, il faut s’y te­nir, mal­gré les cou­rants qui ne de­mandent qu’à vous en­traî­ner ici et là. On ne change pas de cap comme de che­mise ou de gou­ver­ne­ment. Gar­der le cap est ca­pi­tal pour le ca­pi­taine, c’est une af­faire de cou­rage et de gran­deur, c’est l’image de la France. Parce que le cap, on ne l’a pas choi­si au ha­sard par­mi mille caps pos­sibles. Le cap est unique, le cap, c’est le bien, ce que les Fran­çais (et les Fran­çaises) peuvent es­pé­rer de meilleur. Tout le monde l’a à l’oeil, le cap, aus­si bien ceux qui mènent la barque que ceux pour qui elle est me­née. C’est à la fois bâ­bord et tri­bord, parce qu’on ne peut pas dire que Ni­co­las Hu­lot et Gé­rard Col­lomb lais­saient à eux deux ap­pa­raître un cap im­ma­cu­lé, im­pec­ca­ble­ment tra­cé. Mais son avan­tage est qu’il n’est pas in­dis­pen­sable de l’at­tein- dre du mo­ment qu’on l’a tou­jours dans le col­li­ma­teur : vi­ser le cap, fût-ce comme un ho­ri­zon in­ac­ces­sible, c’est dé­jà très bien. Cap sur la ré­duc­tion du chô­mage et celle des in­éga­li­tés, cap sur la paix dans le monde et le bon­heur pour tous, cap sur 2022, son élec­tion pré­si­den­tielle et le nou­veau cap qu’elle of­fri­ra aux élec­teurs et au­quel par­ti­ci­pe­ront les can­di­dats de tous bords.

On voit ce que les pré­si­dents perdent à chan­ger de cap, même s’ils risquent de lou­cher à conser­ver per­pé­tuel­le­ment les yeux sur le même. Ça ne s’est pas ré­vé­lé une bonne idée de faire de la fi­nance une amie, au de­meu­rant pas ran­cu­nière, ni, tous comptes faits, de tra­vailler plus pour ne pas ga­gner plus, ni d’en même temps avoir tous les emmerdes de la droite plus tous les emmerdes de la gauche. De loin, on ne voit ja­mais le cap comme ça. Il est tou­jours plus vert avant qu’on s’ins­talle au pou­voir. Mais tout ça, c’est du pi­pi de cap, parce que le grand, le vrai, le gros cap, c’est de rem­por­ter les élec­tions. Si ce n’est que les élec­teurs, ça fait des dé­cen­nies qu’ils les gagnent à la ma­jo­ri­té, et pour­tant ils s’y re­trouvent ra­re­ment en ma­tière de cap, à moins que l’élec­teur sa­gace et mo­deste ait tout mi­sé sur la sup­pres­sion de l’ISF ou la dé­fis­ca­li­sa­tion des heures sup­plé­men­taires. Do­nald Trump, en voi­là un qui sait gar­der le cap. Ce n’est pas parce que ses can­di­dats sont ac­cu­sés des pires igno­mi­nies qu’il dé­vie­rait d’un pouce de son sou­tien. Le cap, on l’a ou on ne l’a pas. Mais quand ils l’ont, cer­tains ne peuvent pas le perdre. «Vo­tez pour moi», c’est un mes­sage que tout le monde com­prend et l’es­sence du cap.

Sur la route du cap, même en avan­çant len­te­ment, on risque de ren­con­trer les si­rènes. On fait des pauses, une fois à droite, une fois à gauche. Le cap est un fu­ret, il est pas­sé par ici, il re­pas­se­ra par là. Il y a des jours où une per­son­na­li­té sym­bo­lise le cap à elle toute seule, et un autre jour où c’en est d’autres. Il faut être cap de ne pas chan­ger de cap même quand la mé­téo est sé­vère et que la houle gronde et la mer s’in­digne et le cli­mat se re­biffe. Il y a plein de pe­tits caps qui per­mettent de na­vi­guer au mieux vers le grand cap, c’est comme ça qu’on ca­pi­ta­lise si on ne ca­pi­tule pas. Si j’ai bien com­pris, la ru­meur dit ce­pen­dant qu’il n’y a que les im­bé­ciles qui ne changent pas d’avis, et le vrai pro­blème, c’est quand le cap lui-même part en ca­pi­lo­tade. •

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