L’exer­cice an­ti­ter­ro­riste sème la pa­nique au col­lège

L'Impartial - - La Une - Si­mon Lou­vet (Nor­man­die Actu) et Gwe­no­la Lor­si­gnol

Que s’est-il vrai­ment pas­sé, ven­dre­di 1er sep­tembre, au col­lège Al­phonse-Al­lais de Val-deReuil ? L’éta­blis­se­ment a été le théâtre d’une si­mu­la­tion d’at­taque ter­ro­riste par­ti­cu­liè­re­ment spec­ta­cu­laire.

Pour pré­pa­rer leur ren­trée sco­laire, tous les en­sei­gnants de France se réunissent en amont. C’est la pré­ren­trée. Ven­dre­di 1er sep­tembre, celle des en­sei­gnants du col­lège Al­phonse-Al­lais a eu un goût… amer. Après une ma­ti­née de re­trou­vailles, la prin­ci­pale a an­non­cé la te­nue « d’exer­cices de pré­ven­tion », ra­conte Claire-Ma­rie Fe­ret, co-se­cré­taire aca­dé­mique au Snes, syn­di­cat des en­sei­gnants. « Quatre exer­cices étaient pré­vus. Une in­tru­sion de pa­rents d’élèves, une agres­sion au cou­teau entre élèves, une ten­ta­tive d’im­mo­la­tion et la qua­trième : des hommes qui pé­nètrent dans l’éta­blis­se­ment, vi­sages mas­qués ».

Il s’agis­sait de « trois exer­cices pra­tiques, de cinq mi­nutes cha­cun », confirme le rec­to­rat. Si les trois pre­miers se sont a prio­ri bien pas­sés, le qua­trième a vi­ré au drame. Deux po­li­ciers mu­ni­ci­paux ont joué le rôle des ter­ro­ristes, ca­gou­lés, ar­més, fai­sant ex­plo­ser des pé­tards. « Des per­son­nels ont été pour­sui­vis dans les cou­loirs, for­cés de se ré­fu­gier dans des ca­gi­bis », s’étonne Claire-Ma­rie Fe­ret.

Le Snes a été pré­ve­nu par des en­sei­gnants du col­lège pen­dant le week-end qui a sui­vi l’exer­cice. Ces pro­fes­seurs, cho­qués, n’ont pas ap­pré­cié cette mise en scène. Le rec­to­rat nuance : « Le qua­trième exer­cice a été pro­po­sé aux seuls en­sei­gnants vo­lon­taires au­tour d’un scé­na­rio d’in­tru­sion avec la par­ti­ci­pa­tion de deux po­li­ciers mu­ni­ci­paux. Les par­ti­ci­pants ont été pré­ve­nus de l’in­té­gra­li­té du scé­na­rio. »

Pas in­for­mé, le maire rap­pelle ses troupes à l’ordre

Marc-An­toine Ja­met, lui, n’était pas in­for­mé. Le maire de Val-de-Reuil n’a pas ap­pré­cié que deux de ses agents « se prennent pour des co­mé­diens ». Il in­siste ce­pen­dant sur l’es­time qu’il a pour la prin­ci­pale du col­lège, « une femme re­mar­quable et de qua­li­té ».

En vi­site au col­lège Al­phon­seAl­lais lun­di 4 sep­tembre, l’édile a tout de même rap­pe­lé la prin­ci­pale à l’ordre : « Ne re­faites plus ja­mais ce­la sans m’en par­ler ». Il a éga­le­ment tan­cé ses agents. « Je leur ai re­mon­té les bre­telles. Ils ne sont pas là pour ça. Mais ils pen­saient que le maire et le rec­to­rat avaient don­né leur ac­cord. Ils sont à mon ser­vice de­puis 17 ans et ils m’obéissent au doigt et à l’oeil. »

Sur la ma­nière, Marc-An­toine Ja­met ré­sume, « sans acri­mo­nie » : « Si la prin­ci­pale m’en avait par­lé, je l’au­rais con­tac­tée et lui au­rais conseillé d’être plus pru­dente. ». Il sou­tient néan­moins l’idée d’or­ga­ni­ser des exer­cices, « ce­la cor­res­pond à l’ac­tua­li­té. Il y a quand même une quin­zaine de fi­chés S dans la ville. ». Et il iro­nise : « Quand on voit la ré­ac­tion de pa­nique pour un exer­cice… Si ça avait été vrai, bon Dieu, où les au­rait-on re­trou­vés ? »

Cel­lule psy­cho­lo­gique

Où les au­rait-on re­trou­vés ? Peut-être dans le ca­bi­net d’un psy­cho­logue… « Une par­tie des per­son­nels a fait sa­voir que le réa­lisme des scé­na­rios dé­pas­sait leur re­pré­sen­ta­tion de ce type d’exer­cice », in­dique le rec­to­rat. Lors de la si­mu­la­tion, pleurs et cris au­raient se­coué une par­tie des en­sei­gnants, cho­qués. « Cer­tains ont res­sen­ti du stress et de la peur face à l’in­ten­si­té de la si­mu­la­tion », pour­suit le rec­to­rat, qui s’est mo­bi­li­sé : « Dès que nous avons été aver­tis de cette si­tua­tion émo­tion­nelle, il a été im­mé­dia­te­ment dé­ci­dé de mettre à dis­po­si­tion des agents une psy­cho­logue, à l’oc­ca­sion d’une per­ma­nence au sein du col­lège. » Le nombre d’en­sei­gnants concer­nés par le sui­vi psy­cho­lo­gique n’est ce­pen­dant pas connu.

Se­lon le syn­di­cat des en­sei­gnants, des pro­fes­seurs avaient émis des doutes « sur l’uti­li­té et la ma­nière de me­ner ce type d’exer­cice » dans la ma­ti­née. « Des pro­fes­seurs ont boy­cot­té l’après-mi­di », af­firme un col­lègue en­sei­gnant dans un autre éta­blis­se­ment. Qui évoque

même « un fos­sé d’in­com­pré­hen­sion avec la prin­ci­pale, fière d’être pi­lote sur cette ex­pé­ri­men­ta­tion ».

« Contre-pro­duc­tif »

Les dé­to­na­tions si­mu­lées ven­dre­di dans la cour du col­lège ont été en­ten­dues à l’ex­té­rieur. Des voi­sins se sont in­quié­tés. As­su­rant com­prendre l’ob­jec­tif, Claire-Ma­rie Fe­ret po­si­tionne son désac­cord sur la forme : « Ce­la ne s’ins­crit pas dans la pré­ven­tion des risques. En au­cun cas ce­la ne peut per­mettre une ré­ac­tion me­su­rée, avec du sang froid. C’est un spec­tacle contre-pro­duc­tif. »

Le col­lège n’avait pas sol­li­ci­té l’ac­cord du rec­to­rat. « Les mo­da­li­tés des en­traî­ne­ments re­lèvent d’une or­ga­ni­sa­tion in­terne à chaque éta­blis­se­ment », pré­cisent les au­to­ri­tés aca­dé­miques. La di­rec­tion du col­lège a ré­pon­du à la « de­mande de prin­cipe » for­mu­lée en juin par le rec­to­rat d’or­ga­ni­ser « un exer­cice de co­hé­sion de groupe en lien avec la ges­tion de crise ».

Quel scé­na­rio pour le pro­chain exer­cice ?

Le 13 oc­tobre, tous les éta­blis­se­ments de France se­ront sou­mis à « l’exer­cice an­nuel PPMS (Plan par­ti­cu­lier de mise en sé­cu­ri­té, ndlr) at­ten­tat-in­tru­sion », an­nonce le rec­to­rat. L’exer­cice de Val-de-Reuil « fait re­dou­ter la pré­pa­ra­tion du PPMS » à Claire-Ma­rie Fe­ret : « Quand on voit l’im­pact sur les adultes, on es­père que ça ne gé­né­re­ra pas le même ef­froi pour les élèves ».

« Cli­mat an­xio­gène »

Le Snes ap­pelle les chefs d’éta­blis­se­ments « à la pru­dence et la me­sure ». En 2016, un autre syn­di­cat avait re­gret­té « le cli­mat an­xio­gène » créé par les PPMS. Im­pos­sible de pré­dire quels scé­na­rios se­ront ap­pli­qués cette an­née, ni avec quel réa­lisme. Chaque cas est unique et comme pour ven­dre­di, à Val-de-Reuil, chaque éta­blis­se­ment fait ce qui lui plaît.

Que s’est-il pas­sé, ven­dre­di 1er sep­tembre, au col­lège Al­phonse-Al­lais ?

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