Mort de Charles Le­pi­card : les deux conduc­teurs avaient bu

L'Impartial - - La Une -

Cette tra­gique af­faire a été ju­gée à l’au­dience du 3 oc­tobre der­nier, mais un ren­voi avait été né­ces­saire pour mieux cer­ner les res­pon­sa­bi­li­tés de cet ho­mi­cide in­vo­lon­taire, réunis­sant deux conduc­teurs en état d’ivresse im­por­tant.

Le 30 août 2015, Em­ma­nuel Aube (ac­tuel­le­ment âgé de 38 ans) em­barque deux co­pains à bord de sa BMW. Do­mi­ci­lié à Ga­maches-en-Vexin, le conduc­teur à la re­cherche d’un res­tau­rant, a un taux d’al­coo­lé­mie de 1,43 g. (soit près de trois fois la dose to­lé­rée).

Lorsque, vers 21h30, son vé­hi­cule quitte sa voie de cir­cu­la­tion, dans une courbe, à Saint-De­nis-le-Ferment, il va per­cu­ter ce­lui d’An­to­nio Lopes Pa­rades (51 ans) d’Etré­pa­gny, de plein fouet, sur l’autre voie. La col­li­sion pro­voque de graves bles­sures de part et d’autre mais le pas­sa­ger avant d’Aube ne sur­vi­vra pas. Charles Le­pi­card avait 29 ans.

Spé­cia­liste du quad, il était par­ti faire la fête avec cet en­gin, mais la dé­ci­sion avait été prise de se rendre en voi­ture pour le dî­ner, au res­tau­rant. Il s’était ins­tal­lé moins d’un an plus tôt comme ré­pa­ra­teur-ven­deur de quads, dans la pro­prié­té fa­mi­liale de ses pa­rents.

Quant à An­to­nio Lopes Pa­rades, qui n’était pas sor­ti de sa voie de cir­cu­la­tion, il ren­trait seul, chez lui, avec un taux d’al­coo­lé­mie en­core plus im­por­tant de 2,56 g. Pré­ve­nu éga­le­ment de l’ho­mi­cide in­vo­lon­taire et des bles­sures de Vic­tor Fer­rand (42 jours d’in­ca­pa­ci­té), l’autre pas­sa­ger de la BMW, il a su­bi une cen­taine de jours d’in­ca­pa­ci­té. Il se sou­vient d’avoir vu le vé­hi­cule d’Aube « zig­za­guer » avant de le per­cu­ter… à 90 km/heure.

Les as­su­rances ont ver­sé un ca­pi­tal dé­cès, mais la fa­mille de Charles Le­pi­card est par­tie ci­vile ain­si que les groupes MAAF et Mat­mut, no­tam­ment pour des pré­ju­dices mo­raux et com­mer­ciaux im­por­tants.

Le ré­qui­si­toire du pro­cu­reur Eric Ne­veu rap­pelle que les routes de France tuent neuf fois par jour, dont un tiers cau­sé par les conduc­teurs ivres. Contre Lopes, il de­mande de ne re­te­nir que la conduite en état al­coo­lique par la pri­son avec sur­sis (trois mois) et dix mois de sus­pen­sion du per­mis de conduire… deux ans après cet ac­ci­dent mor­tel dont il ne semble pas res­pon­sable. Contre Aube, la conduite que le ma­gis­trat dit « in­ac­cep­table à trois fois la to­lé­rance », de­vra être sanc­tion­née par dix-huit mois ferme de pri­son et l’an­nu­la­tion du per­mis.

Le bâ­ton­nier Xa­vier Hu­bert plaide pour une re­laxe de Lopes qu’il dit in­nocent de cette col­li­sion. Son client était tout près de chez lui, à vi­tesse pru­dente, se­lon l’en­quête, as­sure le dé­fen­seur.

L’avo­cate pa­ri­sienne d’Aube es­père un par­tage de res­pon­sa­bi­li­té car, se­lon elle, les ex­per­tises sont in­com­plètes, concer­nant les traces lais­sées sur la chaus­sée. Le pré­ve­nu ve­nait d’ef­fec­tuer des tra­vaux dans la fa­mille de son ca­ma­rade tué. Il est terriblement pu­ni par le re­mords et la pri­son n’y chan­ge­ra rien. « Je ne pour­rai ja­mais me le par­don­ner, ni de­man­der ce par­don à sa fa­mille… », ajoute Em­ma­nuel.

Le ju­ge­ment a été ren­du après un mois de ré­flexion. Lopes Pa­rades est re­laxé pour l’ho­mi­cide mais condam­né (uni­que­ment) pour la conduite en état al­coo­lique. Il écope d’un mois de pri­son avec sur­sis et six mois de sus­pen­sion du per­mis.

Pour Em­ma­nuel Aube, ce se­ra un an de pri­son avec sur­sis et l’an­nu­la­tion de son per­mis de conduire pen­dant un an (dé­lai avant d’en ob­te­nir un autre). Il de­vra en outre payer un to­tal de 102 000 eu­ros à la fa­mille Le­pi­card, ain­si que 4 560 eu­ros (pré­ju­dice ma­té­riel) et 800 eu­ros (art. 475.1).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.