« Nous vou­lons être payés à notre juste tra­vail »

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Nous sommes al­lés à la ren­contre d’un couple d’agri­cul­teurs, Va­lé­rie et Chris­tophe Vaas, ins­tal­lé à Renneville. Pro­duc­teurs de lait, mais aus­si culti­va­teurs, ils peinent à vivre de leur mé­tier.

Sa­me­di ma­tin, Va­lé­rie et Chris­tophe Vaas ont par­ti­ci­pé au mou­ve­ment des agri­cul­teurs en Val­lée de l’An­delle. Accompagnés de leurs en­fants, ils ont dis­tri­bué des tracts afin de sen­si­bi­li­ser le pu­blic à leur cause mais sur­tout

(lire ci-des­sus). Quelques heures plus tard, ils re­tour­naient tra­vailler sur leur ex­ploi­ta­tion de Renneville. Car entre leurs 110 bêtes, et les champs, ils ont de quoi faire au quo­ti­dien.

C’est en l’an 2000 que Chris­tophe Vaas dé­cide de s’ins­tal­ler, dans la veine de sa fa­mille. Et c’est en mai 2010 que son épouse Va­lé­rie le re­joint. Pour s’adap­ter aux nou­velles normes, ils font sor­tir de terre un bâ­ti­ment flam­bant neuf pour leurs 110 bêtes dont 55 traient quo­ti­dien­ne­ment. En plus, ils pro­duisent du blé et du col­za, ain­si que du maïs en­si­lage (la vé­ri­té » « pour ré­ta­blir la nour­ri­ture des bêtes).

7 jours sur 7

Et leurs jour­nées sont longues car c’est seule­ment cette an­née qu’ils ont pu re­prendre un ap­pren­ti.

« Nous tra­vaillons tous les deux sur l’ex­ploi­ta­tion. Ce­la com­mence avant 6 h, et la pre­mière traite. Nous nour­ris­sons les bêtes, les veaux, les gé­nisses, net­toyons leurs en­clos, fai­sons leurs soins. En soi­rée pour la se­conde traite, à 17 h, nous les ren­trons car elles paissent en­core en cette sai­son. Et là comme c’est la pé­riode des vê­lages, nous sur­veillons par­ti­cu­liè­re­ment les bêtes », ex­plique Va­lé­rie Vaas, dont la prio­ri­té reste le bien-être de ces vaches, mais aus­si ses en­fants aux­quels elle consacre ses soi­rées.

Et à son époux d’ajou­ter : « Puis entre-deux, nous fai­sons l’en­tre­tien du ma­té­riel, vé­ri­fions les par­celles, al­lons dans les cultures… »

Des jour­nées très rem­plies donc et ce, du lun­di au di­manche. Pour­tant le couple est loin de se plaindre, sou­li­gnant à plu­sieurs re­prises « ai­mer son mé­tier. C’est une vraie pas­sion que nous avons Va­lé­rie et Chris­tophe Vaas, ins­tal­lés à Renneville, sont à la fois pro­duc­teurs de lait et culti­va­teurs afin d’équi­li­brer leurs ac­ti­vi­tés. comme tous les autres agri­cul­teurs je pense d’ailleurs ». Le litre de lait ache­té à 0,34 €

À l’ori­gine c’est bien avec la pro­duc­tion de lait que le couple es­pé­rait vivre. Mais à l’heure ac­tuelle c’est loin d’être le cas. « Chaque jour, ce sont 1 500 litres de lait pro­duits. Tous les trois jours, un ca­mion de la co­opé­ra­tive So­dial vient ré­cu­pé­rer le tank. Notre lait est ven­du sous la marque Can­dia. »

Mais si les prix du lait peuvent va­rier pour les rayons des grandes sur­faces, pour les pro­duc­teurs ils res­tent fixes. « Si les quo­tas ont dis­pa­ru, nous avons des contrats. Au­jourd’hui, le lait est ache­té à 340 € les 1 000 litres (soit 0,34 € le litre). Mais entre l’ali­men­ta­tion et les soins, ce­la ne ré­mu­nère pas notre tra­vail. » D’autres agri­cul­teurs nous ont confié que ce­la leur re­ve­nait à plus de 0,36 € pour pro­duire un litre de lait.

Pro­duire plus ? Im­pos­sible

Quant à pro­duire plus pour ga­gner plus… ce­la si­gni­fie tout bon­ne­ment pro­duire à perte. « Notre contrat est de 485 000 litres par an. Nous pour­rions par­fai­te­ment pro­duire plus à l’image des Al­le­mands ou des Hollandais qui eux, ont le droit. Mais pour nous pro­duire un litre de plus ce­la si­gni­fie une grosse perte d’ar­gent. »

En ef­fet, au-de­là des 485 000 litres, la co­opé­ra­tive leur achète les 1 000 litres à 50 €, et non plus 340 €. D’autres co­opé­ra­tives elles conti­nuent d’ache­ter le lait au prix du contrat mais ap­pliquent des pé­na­li­tés fi­nan­cières de près de 300 € par mil­lier de litres.

« Nous avons beau leur dire que les vaches ne sont pas des ro­bi­nets, ils ne veulent rien en­tendre. S’il y avait au moins une pe­tite am­pli­tude de 5 000 ou 6 000 litres ce­la évi­te­rait de se sé­pa­rer de bêtes quand nous ar­ri­vons à une pro­duc­tion su­pé­rieure au contrat. »

« Nous vou­lons vivre de notre tra­vail »

Heu­reu­se­ment, le couple peut par­fois comp­ter sur une bonne ré­colte de blé et de col­za. Pour­tant ce n’est pas tou­jours le cas.

« Quand nous sommes à court terme (ndlr : c’est-àdire en re­pous­sant d’une an­née le rem­bour­se­ment des prêts tout en payant des in­té­rêts sup­plé­men­taires), il ne faut pas que nous ayons à in­ves­tir dans du ma­té­riel. Ce­la se­rait im­pos­sible. Comme de­puis deux ans. » Et Va­lé­rie Vaas de pour­suivre : « il faut ar­rê­ter avec les idées re­çues quant aux primes. Car ce­la a bien chan­gé. » Mais comme elle le mar­tèle, l’agri­cul­trice

« veut vivre de son tra­vail et pas de po­ten­tielles primes. Nous vou­lons être payés à notre juste tra­vail et rien d’autre en fait. Comme tout un cha­cun ».

Mais tout en sa­chant tra­vailler pour rien ou presque, le couple

« garde es­poir. C’est une vraie pas­sion et les ani­maux nous le rendent bien ». Et c’est le sou­rire aux lèvres qu’ils re­partent s’oc­cu­per de leurs bêtes. Au­ré­lie Hé­bert

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