La Rus­sie est un ré­bus en­ve­lop­pé de mys­tère au sein d’une énigme*

L'Informaticien - - ÉDITO - STé­PHANE LAR­CHER

De­puis plu­sieurs se­maines, avant et après l’élec­tion de Do­nald Trump à la pré­si­dence des Etats-Unis, il ne se passe pas un jour sans que l’on nous re­batte les oreilles avec deux su­jets : le ha­cking du co­mi­té dé­mo­crate et de la mes­sa­ge­rie de John Po­des­ta, d’une part, et la dif­fu­sion de fausses nou­velles au tra­vers les ré­seaux so­ciaux, d’autre part. Le point com­mun est la pro­ve­nance de la chose : la Rus­sie. Ce sont des ha­ckers russes agis­sant avec la bé­né­dic­tion du gou­ver­ne­ment et de Vla­di­mir Pou­tine lui-même qui ont or­ga­ni­sé le pi­ra­tage et c’est aus­si de Rus­sie que sortent la plu­part de ces his­toires abra­ca­da­bran­tesques qui abusent les go­gos, les­quels de­meurent nom­breux. Bref, tous les mots et les maux de la terre viennent de Rus­sie. Le tout sans le moindre in­dice ou pièce concrète ve­nant à l’ap­pui de ces al­lé­ga­tions, ce que d’ailleurs n’a pas man­qué de sou­li­gner un membre in­fluent du gou­ver­ne­ment russe : .

«Ap­por­tez des preuves ou tai­sez-vous»

Il n’est nul­le­ment dans notre pro­pos de dé­fendre M. Pou­tine. Nous sa­vons per­ti­nem­ment que les Russes sont ca­pables de telles ac­tions et ne s’en privent cer­tai­ne­ment pas. Mais pas plus ni moins que les Chi­nois, les Is­raé­liens, les Fran­çais, les An­glais, d’autres en­core sans ou­blier les cham­pions toutes ca­té­go­ries : les Etats-Unis.

La Rus­sie de­vient même ob­ses­sion­nelle dans cer­tains cas. Très ré­cem­ment, une so­cié­té de sé­cu­ri­té bap­ti­sée Whi­teops a dé­voi­lé une gi­gan­tesque opé­ra­tion de fraude pu­bli­ci­taire qui au­rait coû­té près de 200 mil­lions de dol­lars aux an­non­ceurs amé­ri­cains et rap­por­té au­tant aux cy­ber­cri­mi­nels, moins les frais pour mettre en place une telle ar­naque. Bap­ti­sé Me­th­bot, cette opé­ra­tion a consis­té à uti­li­ser un ré­seau de bots ré­par­tis sur en­vi­ron 500 000 adresses IP dif­fé­rentes lo­ca­li­sées aux USA pour faire croire à de l’af­fi­chage pu­bli­ci­taire sur des sites comme CBS, ESPN, Fox News… Dans un do­cu­ment de 30 pages, Whi­teops dé­crit par le me­nu le fonc­tion­ne­ment de l’ar­naque, la­quelle est une vieille re­cette re­mise au goût du jour par l’uti­li­sa­tion de bots. Tout ce­ci est pré­cis, do­cu­men­té. Mais un dé­tail nous a pré­oc­cu­pé. Le dé­but du « livre blanc » in­dique qu’il s’agit d’un groupe de cy­ber­cri­mi­nels russes. Dont acte, sauf qu’à au­cun mo­ment, il n’est in­di­qué com­ment Whi­teops en est ar­ri­vé à ses conclu­sions. Ce sont des cy­ber­cri­mi­nels russes et puis c’est tout. Nous sommes priés de les croire sur pa­role.

A nou­veau, nous ne pré­ten­dons pas que les Russes se com­portent comme des agneaux ve­nant de naître. Le pays forme et abrite ce qui se fait de mieux dans le ha­cking sur la pla­nète, à des fins d’espionnage ou de cy­ber­crime. Mais les voir der­rière chaque af­faire de pi­ra­tage et ce sans ap­por­ter un quel­conque dé­but de com­men­ce­ment de preuve de­vient pé­nible.

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