Cyberdéfense : la France renforce son arsenal

LA FRANCE RENFORCE SON ARSENAL

L'Informaticien - - SOMMAIRE -

«La me­nace est à nos portes, il ne faut pas flé­chir !» S’ex­pri­mant pour la pre­mière fois au Fo­rum in­ter­na­tio­nal de la cy­ber­cri­mi­na­li­té (FIC), le mi­nistre de la Dé­fense Jean-Yves Le Drian a rap­pe­lé les en­jeux et af­fir­mé que la cy­ber-ar­mée est sur les rails. D’ici à 2019, 2 600 mi­li­taires dé­fen­dront le cy­be­res­pace en plus des 600 per­sonnes au sein de la Di­rec­tion gé­né­rale de l’ar­me­ment (DGA). Épau­lés par 4 400 ré­ser­vistes de la cyberdéfense.

La « 4e ar­mée » est en marche : n’y voyez pas de mau­vais jeu de mot ! Pre­nez-le au pied de la lettre. De­puis son ar­ri­vée à la tête du mi­nis­tère de la Dé­fense, en 2012, Jean-Yves Le Drian a oeu­vré pour sa consti­tu­tion avec des moyens et une mise en place concrète, ef­fi­cace et opé­ra­tion­nelle. « Nous de­vons nous em­pa­rer des rup­tures tech­no­lo­giques et le mi­nis­tère de la Dé­fense a un rôle d’an­ti­ci­pa­tion, no­tam­ment sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle car ce­la ap­por­te­ra des mo­di­fi­ca­tions sur nos fu­tures opé­ra­tions » , ex­pli­quait-il lors du FIC fin jan­vier. En conclu­sion, il rap­pe­lait en­core que « la cyberdéfense est de­ve­nue un en­jeu es­sen­tiel de sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale » . Et concrè­te­ment la pré­sence du mi­nistre de la Dé­fense avait aus­si pour but de

mon­trer les muscles. « Nous avons des ou­tils de dis­sua­sion, une vraie force de dis­sua­sion mais la cyberdéfense doit être consi­dé­rée comme un atout es­sen­tiel pour le vivre en­semble et la pro­tec­tion com­mune » , ajoute-t-il en­core.

Une dé­mons­tra­tion de force

C’est la pre­mière an­née que nous consta­tons la pré­sence d’au­tant « d’of­fi­ciels » sur le sa­lon lil­lois. Outre Jean-Yves Le Drian, c’est Bru­no Le Roux qui est ve­nu prê­cher la bonne pa­role : le mi­nistre de l’In­té­rieur an­non­çait 834 de­mandes de blo­cage de conte­nus en 2016 – via les « opé­ra­teurs de l’In­ter­net » –, ain­si que 1 929 de­mandes de dé­ré­fé­ren­ce­ment et 3 129 de­mandes de re­trait. Ce­la ne si­gni­fie pas que ce soit un frein en termes de dé­ve­lop­pe­ment

nu­mé­rique. « Nous de­vons conti­nuer à dé­ve­lop­per les nou­veaux usages et nous sou­hai­tons pour­suivre la dé­ma­té­ria­li­sa­tion des dé­marches

ci­toyennes » , pré­ci­sait-il, ac­com­pa­gné sur scène par Ri­chard Li­zu­rey, di­rec­teur gé­né­ral de la Gen­dar­me­rie na­tio­nale. Sur les usages du nu­mé­rique tou­jours, Bru­no Le Roux a an­non­cé, sans don­ner de dé­lai pré­cis, le lan­ce­ment de deux nou­velles plates- formes in­ter­net de si­gna­le­ment. Il s'agit de Per­ce­val pour la pre­mière, un sys­tème de si­gna­le­ment des usages frau­du­leux des Cartes bleue en ligne. On ne connaît que les contours du pro­jet, mais il semble que Per­ce­val pour­rait consti­tuer à terme une source de don­nées pré­cieuse pour la lutte contre la fraude par exemple. La deuxième plate-forme, Thé­sée, four­ni­ra quant à elle « un sys­tème de plainte en ligne dé­dié aux es­cro­que­ries sur le Web » . En­fin, la se­cré­taire d'État au Nu­mé­rique Axelle Le­maire est, elle aus­si, pas­sée par Lille à la fin jan­vier, pour pré­sen­ter no­tam­ment la plate-forme Acy­ma (lire en page sui­vante).

Une cy­ber-ar­mée dé­jà sur pied

L'ob­jec­tif était donc bel et bien de mon­trer les muscles pour l'exé­cu­tif, mais aus­si de rap­pe­ler les en­ga­ge­ments. En dé­cembre 2016, le mi­nis­tère de la Dé­fense avait dé­jà eu l'oc­ca­sion de faire le point sur la stra­té­gie en cours. Ci­tant Stux­net, le vi­rus s'at­ta­quant aux sys­tèmes SCADA, Jean-Yves Le Drian évo­quait les « fron­tières po­reuses » entre les cy­ber­cri­mi­nels, États et autres groupes ter­ro­ristes, mais aus­si que « de faibles moyens per­mettent d’ob­te­nir des ef­fets im­por­tants, ana­logues à ceux d’ac­tions plus conven­tion­nelles » . Il a re­con­fir­mé au FIC les moyens mis en oeuvre pour y ré­pondre et a rap­pe­lé à cette oc­ca­sion que « la cyberdéfense est avant tout af­faire de com­pé­tences tech­niques et hu­maines de haut ni­veau » . Aus­si, l'ac­tua­li­sa­tion de la LPM (Loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire) per­met­tra au mi­nis­tère de se do­ter de 3 200 per­sonnes qui par­ti­ci­pe­ront à la « mis­sion Cy­ber » d'ici à 2019. Par­mi eux, on compte 2 600 mi­li­taires qui dé­fen­dront le cy­be­res­pace, en plus des 600 per­sonnes au sein de la DGA (Di­rec­tion gé­né­rale de l'ar­me­ment). Concrè­te­ment, ces cy­ber- sol­dats de­vront ré­pondre à trois mis­sions pré­cises que sont : le ren­sei­gne­ment, la pro­tec­tion et la dé­fense, puis la lutte of­fen­sive. C'est en ré­su­mé la stra­té­gie de Dé­fense fran­çaise : s'in­for­mer pour mieux se dé­fendre ou at­ta­quer op­por­tu­né­ment. « Nos ca­pa­ci­tés cy­ber of­fen­sives doivent donc nous per­mettre de nous in­tro­duire dans les sys­tèmes ou les ré­seaux de nos en­ne­mis, afin d’y cau­ser des dom­mages, des in­ter­rup­tions de ser­vice ou des neu­tra­li­sa­tions tem­po­raires ou dé­fi­ni­tives, jus­ti­fiées par l’ou­ver­ture d’hos­ti­li­té à notre en­contre » , ex­pli­quait Jean-Yves Le Drian en dé­cembre der­nier. Il dé­taillait peu ou prou l'or­ga­ni­sa­tion puisque des « uni­tés de com­bat in­for

ma­tique » sont mises sur pied ; sortes de « GIGN 2.0 ». Pa­ral­lè­le­ment, la DGSE (Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té ex­té­rieure) pos­sède elle aus­si des com­pé­tences of­fen­sives qui conti­nue­ront de lui per­mettre d'agir en « mode com­man­do ». Sur 2014-2019, les cré­dits pré­vus pour la cy­ber­guerre sont de 440 mil­lions d'eu­ros.

4 440 « cy­ber-ré­ser­vistes »

Créée dans le cou­rant 2016, la ré­serve ci­toyenne de cyberdéfense ( RCC) comp­tait dé­jà en­vi­ron 400 per­sonnes à la fin de l'an­née der­nière. En 2019, elle de­vrait avoi­si­ner les 4 440. Par­mi ses membres, en­vi­ron quatre cents se­ront ef­fec­ti­ve­ment do­tées de com­pé­tences pour des ac­tions of­fen­sives, qua­rante se­ront des per­ma­nents, et 4 000 se­ront des ré­ser­vistes ci­toyens. Elle est consti­tuée de vo­lon­taires

agréés au­près d’au­to­ri­tés mi­li­taires en rai­son de leurs com­pé­tences ou de leur ex­pé­rience. Qui sont-ils concrè­te­ment ? « De nom­breux étu­diants de nos écoles d’in­gé­nieurs sont can­di­dats et par­ti­cipent aux exer­cices. Des ex­perts des plus grandes en­tre­prises de dé­fense viennent ponc­tuel­le­ment mettre leurs com­pé­tences à notre ser

vice » , dé­taillait Jean-Yves Le Drian. Pré­ci­sons que les ré­ser­vistes sont des bé­né­voles. Les membres de la RCC ne se­ront pas lâ­chés seuls dans la jungle du Web. En ef­fet, des spé­cia­listes du mi­nis­tère de la Dé­fense, du mi­nis­tère de l’In­té­rieur et de l’Ans­si sont char­gés de l’en­ca­dre­ment. En­fin, leurs mis­sions sont di­verses puis­qu’ils peuvent aus­si bien in­ter­ve­nir pour le compte des mi­nis­tères que pour ce­lui des OIV (Opé­ra­teurs d’im­por­tance vi­tale), des ad­mi­nis­tra­tions et de leurs sous- trai­tants. Con­for­mé­ment au droit des conflits ar­més, « une ac­tion ar­mée doit ré­pondre à des règles d’en­ga­ge­ment » , ponc­tuait le mi­nistre de la Dé­fense lors du FIC. Une phrase qui ré­sonne presque comme une maxime. ❍ ÉMILIEN ERCOLANI

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