On y joue col­lec­tif !

Tous les mois, L’In­for­ma­ti­cien vous fait vi­si­ter une mé­tro­pole French Tech, dé­cou­vrir ses ac­teurs et quelques- unes de ses pé­pites et leurs so­lu­tions. Pour com­men­cer cette sé­rie, nous nous sommes ren­dus à Nantes Tech, à la ren­contre d’un éco­sys­tème qui br

L'Informaticien - - SOMMAIRE - GUILLAUME PéRISSAT

La Nantes Tech peut-elle se re­le­ver suite à l’in­cen­die de la Can­tine ? Cet es­pace de co­wor­king gé­ré par le ré­seau At­lan­tic 2.0, lieu em­blé­ma­tique du nu­mé­rique à Nantes, a été ra­va­gé par les flammes le 20 no­vembre der­nier. En 48 heures, 250 en­tre­prises, écoles, as­so­cia­tions et ins­ti­tu­tions ont rem­pli un Google Sheet, cha­cune of­frant ses moyens pour re­lo­ger les si­nis­trés. Ce for­mi­dable élan de so­li­da­ri­té, qui a per­mis aux ha­bi­tants de la Can­tine d’être de nou­veau opé­ra­tion­nels dans la se­maine, a de quoi sur­prendre. Après tout, ce­la ne fait que deux ans que la Nantes Tech a été créée. Mais cet éco­sys­tème nan­tais n’a pas at­ten­du la la­bel­li­sa­tion pour exis­ter. Ni­co­las Du­pont, co-fon­da­teur et Head En­gi­neer d’Ake­neo, nous ex­plique que « Le tis­su était dé­jà très dé­ve­lop­pé à

Nantes » .« Ex­trê­me­ment riche ! », ajoute un peu plus tard Fran­çois War­telle, co-fon­da­teur d’une autre start-up nan­taise, SmartMyDa­ta, car « forte d’une poi­gnée de struc­tures et de ré­seaux qui ac­com­pagnent et com­mu­niquent bien » .

Un tis­su an­té­rieur au la­bel

De­puis près d’une dé­cen­nie, le nu­mé­rique nan­tais se struc­ture, pro­fi­tant du cô­té « pe­tit bourg » de la mé­tro­pole. Quelques ac­teurs, ins­ti­tu­tion­nels mais aus­si des clus­ters, clubs et or­ga­ni­sa­tions tels que le Star­tup Pa­lace, At­lan­tique 2, ADN Ouest, At­lan­pole, ont mis et mettent tou­jours en oeuvre des ac­tions concrètes pour so­li­da­ri­ser ce tis­su d’en­tre­prises. Ce­la passe par des lieux et des pro­grammes. La ville compte au­jourd’hui une qua­ran­taine d’es­paces de co­wor­king, des in­cu­ba­teurs et des ac­cé­lé­ra­teurs où in­ves­tis­seurs, en­tre­pre­neurs et por­teurs de pro­jets se ren­contrent et dis­cutent. Des mee­tup et af­ter­works aux gi­gan­tesques Nantes Di­gi­tal Week et Web2day, les évè­ne­ments ont eux aus­si contri­bué à cette at­mo­sphère pro­pice à la mise en re­la­tion des dif­fé­rents ac­teurs du nu­mé­rique à Nantes. D’au­tant qu’on y croise aus­si bien des DSI de grands groupes ( VSCT, Bouygues…) et des an­tennes ré­gio­nales de grosses SSII que des start-up en hy­per­crois­sance et des por­teurs de pro­jets. En ré­su­mé, tout le monde se connaît. « Notre éco­sys­tème est suf­fi­sam­ment grand pour être at­trac­tif et pe­tit pour que l’on se connaisse tous » pré­cise l’ad­joint au maire. Une proxi­mi­té qui s’ac­com­pagne d’une forme de « bien­veil

lance ». On parle de « jeu à la Nan­taise » , pe­tite ré­fé­rence foot­bal­lis­tique qui re­vient à dire qu’à Nantes, on joue col­lec­tif « pour faire gros­sir le gâ­teau tous en­semble » . En 2016, plus de 40 mil­lions d’eu­ros ont été le­vés par les en­tre­prises nan­taises, contre 26 mil­lions en 2015. « L’an der­nier, deux en­tre­prises ont le­vé

24 mil­lions d’eu­ros. Cette an­née, ce sont plus de vingt boîtes » , ex­plique Adrien Pog­get­ti, CEO d’At­lan­tic 2.0. Preuve que le gâ­teau gros­sit.

De l’amour et de la « bien­veillance »

Une jeune pousse qui dé­barque à Nantes pour­ra évi­dem­ment pro­fi­ter de pro­grammes d’ac­com­pa­gne­ment, à l’ins­tar de la Crea­tive Fac­to­ry ou de l’Ope­ra­tion Ele­phant. Mais aus­si d’échanges plus in­for­mels, « bon nombre d’en­tre­pre­neurs n’hé­sitent pas à don­ner de leur temps pour les por

teurs de pro­jets » , nous confirme Adrien Pog­get­ti. Claire Adam, res­pon­sable com­mu­ni­ca­tion d’Ake­neo va jus­qu’à par­ler d’un « es­prit de fa­mille nan

tais » . Nous avons pu le vé­ri­fier ra­pi­de­ment : c’est dans les lo­caux d’Ake­neo que nous ren­con­tre­rons Fran­çois War­telle, chez SmartMyDa­ta. Même les élus sont fa­ci­le­ment ac­ces­sibles. « Si on a un be­soin, on sait qu’on au­ra une écoute : nous tra­vaillons avec eux en bonne in­tel­li­gence » , sou­ligne Flo­rian Her­véou, di­rec­teur du pro­gramme Start-up chez Star­tup Pa­lace. Et la French Tech dans tout ça ? « En de­hors de l’équipe opé­ra­tion­nelle, du co­mi­té d’orien­ta­tion stra­té­gique et d’un “en­tre­pre­neurs ad­vi­so­ry board”, elle n’a pas de struc­tu­ra­tion ju­ri­dique » , ex­plique Adrien Pog­get­ti. « C’est une marque dont l’en­semble des ac­teurs de l’éco­sys­tème vont se ser­vir pour ren­for­cer leur vi­si­bi­li­té. Elle per­met en outre de se par­ler plus

ré­gu­liè­re­ment, de flui­di­fier et ren­for­cer la dé­marche » . De même, aux yeux de Fran­cky Tri­chet, ad­joint au maire de Nantes en charge de l’in­no­va­tion et du nu­mé­rique et conseiller mé­tro­po­li­tain, la la­bel­li­sa­tion de la mé­tro­pole

a eu « un rôle d’ac­cé­lé­ra­teur de struc­tu­ra­tion de l’éco­sys­tème lo­cal » . « Notre mo­dèle pour la Nantes Tech était de fé­dé­rer tous les ac­teurs de cet éco­sys­tème sous une marque com­mune, pas d’y ajou­ter une struc­ture de plus » , ren­ché­rit Flo­rian Her­véou.

Les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales de la ville et de la ré­gion ont choi­si de lais­ser la gouvernance de cet éco­sys­tème, sous pa­villon Nantes Tech, aux en­tre­pre­neurs et aux clus­ters qui

le com­pose. « La po­li­tique doit ve­nir en sou­tien, en ac­com­pa­gne­ment de ces ac­teurs, et non pas en au­to­ri­té de contrôle » , sou­ligne Fran­cky Tri­chet. « Nous avons lais­sé plus de li­ber­té à l’éco­sys­tème. Avec 2 800 em­plois créés de­puis 2014 et 50 mil­lions d’eu­ros le­vés cette an­née, les in­di­ca­teurs prouvent que nous n’avons pas eu tort » . La mé­tro­pole sou­tient la Nantes Tech de plu­sieurs fa­çons. Évi­dem­ment, la col­lec­ti­vi­té sub­ven­tionne di­rec­te­ment les pro­jets et les en­tre­prises, mais elle dis­pose éga­le­ment de ses propres pro­grammes d’in­cu­ba­tion et d’ac­cé­lé­ra­tion et met à dis­po­si­tion des lieux.

L’em­ploi, nerf de la guerre

En outre, la la­bel­li­sa­tion per­met une meilleure in­for­ma­tions sur cer­taines mo­da­li­tés de fi­nan­ce­ment, no­tam­ment celles opé­rées par la BPI, « un ac­teur es­sen­tiel au fonc­tion­ne­ment de l’éco­sys­tème » se­lon Flo­rian Her­véou. Mais la French Tech pro­cure sur­tout plus de vi­si­bi­li­té en France et à l’in­ter­na­tio­nal. Le la­bel ap­porte une cré­di­bi­li­té au­près des po­li­tiques, des mé­dias et de po­ten­tiels par­te­naires. « Nous sommes en­tou­rés de gens qui sont amou­reux de leur ter­ri­toire, c’est as­sez na­tu­rel pour nombre d’en­tre­pre­neurs de pro­mou­voir l’éco­sys­tème à l’ex­té­rieur, de vou­loir at­ti­rer des gens, des boîtes, des étu­diants ici » , com­mente le di­rec­teur d’At­lan­tique 2.0. Le prin­ci­pal en­jeu, à Nantes comme par­tout ailleurs, c’est la créa­tion d’em­plois. Face à des craintes de pé­nu

rie des pro­fils développeurs, « on a be­soin des écoles per­for­mantes et une qua­li­té de vie au top parce que si on a un bas­sin de développeurs, on est ca­pable d’at­ti­rer des boîtes, grosses et pe­tites, des en­tre­pre­neurs, des re­cru­teurs » . L’am­bi­tion de Nantes à ce su­jet est in­ter­na­tio­nale : la Nantes Tech vou­lue par Fran­cky Tri­chet se­ra à l’ho­ri­zon 2025 un éco­sys­tème « au­da­cieux et ins­pi­rant qui compte en Eu­rope »

Nous avons lais­sé plus de li­ber­té à l’éco­sys­tème Fran­cky Tri­chet, ad­joint au maire de Nantes en charge de l’in­no­va­tion et du nu­mé­rique et conseiller mé­tro­po­li­tain

Haut lieu du nu­mé­rique à Nantes, la Can­tine nu­mé­rique, qui a su­bi un in­cen­die, était plus qu’un bâ­ti­ment : c’était une com­mu­nau­té forte de sa « bien­veillance ». Un état d’es­prit qui, lui, n’est pas par­ti en fu­mée.

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