« L’IA REND AU­JOURD’HUI BEAU­COUP PLUS DE SER­VICES QU’ELLE NE FAIT COU­RIR UN VÉ­RI­TABLE DAN­GER À L’HU­MA­NI­TÉ »

L'Informaticien - - RENCONTRE -

PEN­SEZ- VOUS QUE, DANS CE CADRE, LE DÉ­VE­LOP­PE­MENT DE L’IN­TEL­LI­GENCE AR­TI­FI­CIELLE PUISSE ÉCHAP­PER AU CONTRÔLE HU­MAIN ? ❚ Je n’y crois pas trop. De toute fa­çon lors­qu’elles ap­prennent par el­les­mêmes, les ma­chines le font par le biais d’une lo­gique d’ « éti­que­tage » et de clas­si­fi­ca­tion des don­nées qui pro­vient du cer­veau hu­main.

COMMENT L’ÉVO­LU­TION DE L’IA SE TRA­DUIT- ELLE DANS LES AP­PLI­CA­TIONS IN­FOR­MA­TIQUES ? ❚ Toute l’évo­lu­tion de l’in­for­ma­tique est ac­tuel­le­ment condi­tion­née par l’évo­lu­tion de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, et ses ap­pli­ca­tions sont ex­trê­me­ment nom­breuses. Dans les an­nées 60, la no­tion d’hy­per­texte, qui se trouve à l’ori­gine de la Toile, vient de l’IA. On peut aus­si ci­ter, dans les ap­pli­ca­tions in­for­ma­tiques qui uti­lisent l’IA, les mé­tiers du lo­gi­ciel, la pla­ni­fi­ca­tion des tâches, la re­con­nais­sance des formes – pour la bio­mé­trie ou les ca­mé­ras de sur­veillance –, le trai­te­ment d’images, l’ap­pren­tis­sage ma­chine, la re­con­nais­sance de la pa­role – lan­gage Si­ri d’Apple, Alexa –, le pro­fi­lage, l’évo­lu­tion des mo­teurs de re­cherche, pro­fitent de l’évo­lu­tion de l’IA, comme les lan­gages orien­tés ob­jets, la ro­bo­ti­sa­tion, l’au­to­ma­ti­sa­tion, le tra­ding haute fré­quence, etc. D’autre part, de plus en plus d’ad­mi­nis­tra­tions et d’en­tre­prises uti­lisent les mé­ca­nismes d’IA, prin­ci­pa­le­ment dans des tech­niques de Ma­chine Lear­ning, en par­ti­cu­lier de Deep Lear­ning – ap­pren­tis­sage pro­fond. En­fin, cer­taines ap­pli­ca­tions très concrètes existent d’ores et dé­jà, comme la dé­tec­tion de fraude à la CNAF, mais aus­si la re­con­nais­sance fa­ciale pour le fran­chis­se­ment des fron­tières – comme pour l’Eu­ros­tar. De plus, l’IA est con­si­dé­rée comme un do­maine de pré­di­lec­tion pour les in­ves­tis­seurs, compte- te­nu de ses pro­messes : se­lon cer­taines sta­tis­tiques, 140 start- up dans le do­maine de l’IA au­raient été ava­lées par les grands groupes entre 2011 et 2016. Et des start- up em­blé­ma­tiques, pour la plu­part si­tuées en Ca­li­for­nie, ont le­vé des mon­tants très im­por­tants comme cette en­tre­prise de San Fran­cis­co qui si­mule le cer­veau hu­main et a le­vé pas moins de 70 mil­lions de dol­lars sur un pro­gramme ca­pable de ré­flé­chir et d’ap­prendre en se fon­dant sur les prin­cipes com­pu­ta­tion­nels du cer­veau hu­main, et uti­li­sé dans le décodage des « capt­chas » .

MOINS DE 10 % DES EM­PLOIS SE­RAIENT ME­NA­CÉS PAR LA RO­BO­TIQUE, L’IA ET LES TECH­NO­LO­GIES LIÉES À IN­TER­NET. MAIS PRÈS DE UN SUR DEUX A DE FORTES CHANCES D’ÊTRE TRANS­FOR­MÉ. QUELS NOU­VEAUX MÉ­TIERS VOYEZ- VOUS AP­PA­RAÎTRE AVEC L’ÉVO­LU­TION DE L’IA ? EST- ON COR­REC­TE­MENT FOR­MÉ DANS LES ÉCOLES ? ❚ Ces nou­veaux mé­tiers, par dé­fi­ni­tion, n’existent pas en­core tous sur le mar­ché. C’est pour­quoi la plu­part des écoles et des for­ma­tions en in­for­ma­tique offrent un so­lide ba­gage en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. C’est à mon sens la seule pos­si­bi­li­té pour an­ti­ci­per les évo­lu­tions fu­tures. Mais les mé­tiers à ve­nir sont lé­gions : tra­der spé­cia­liste du HFT, lin­guistes, au­to­ma­ti­ciens, tra­duc­teurs… Plus que la for­ma­tion ini­tiale, en constante évo­lu­tion dans ces do­maines- là, il faut être ca­pable de s’adap­ter à des évo­lu­tions tech­no­lo­giques et so­cié­tales qui n’existent pro­ba­ble­ment pas en­core : la ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion est, à mon sens, une for­ma­tion – ou un sa­voi­rêtre – sur la­quelle il faut mettre l’ac­cent dans les an­nées qui viennent, en plus d’un so­lide ba­gage scien­ti­fique sur l’IA.

VOUS AVEZ UNE DOUBLE FOR­MA­TION DE PHI­LO­SOPHE ET D’IN­FOR­MA­TI­CIEN. PEN­SEZ- VOUS QUE L’ÉMER­GENCE DES SCIENCES HU­MAINES DANS L’EN­SEI­GNE­MENT DE L’IN­FOR­MA­TIQUE EST UNE ÉVO­LU­TION SOU­HAI­TABLE, VOIRE UNE NÉ­CES­SI­TÉ ? ❚ Sans re­par­ler de so­lides no­tions d’éthique, qui per­mettent de si­tuer la place de l’évo­lu­tion in­for­ma­tique dans la so­cié­té, il est pour moi in­dis­pen­sable de pos­sé­der en pa­ral­lèle un ba­gage en sciences hu­maines : phi­lo­so­phie, his­toire, res­sources hu­maines… C’est à mon sens in­dis­pen­sable, si­non on forme des pro­fils qui sont com­plè­te­ment « à cô­té de la plaque » . Par exemple, à Jus­sieu, nous avons mis en place une bi- li­cence « Lettres et In­for­ma­tique » qui tra­vaille avec des équipes de lit­té­ra­ture de la Sor­bonne, no­tam­ment l’Ob­vil – l’Ob­ser­va­toire de la Vie lit­té­raire. Cette no­tion de mé­lange entre une culture in­for­ma­tique et une culture lit­té­raire ou is­sue des sciences hu­maines me pa­raît tout à fait es­sen­tielle. De plus en plus, et au fur et à me­sure qu’ils avancent dans leur mé­tier, les in­for­ma­ti­ciens doivent sa­voir écrire. Et puis, vous n’êtes pas sans sa­voir qu’un cer­tain nombre de nou­veaux mé­tiers mêlent les deux mondes, comme ce­lui de l’écri­ture de scé­na­rios de jeux vi­déo, de l’édi­tion nu­mé­rique, du jour­na­lisme des don­nées, ou en­core de l’in­ter­pré­ta­tion des don­nées sont en train d’ap­pa­raître… Les do­maines d’in­ter­ven­tion qui lient In­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle, lit­té­ra­ture et phi­lo­so­phie sont vastes. ❍

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