Le co­wor­king dé­cloi­sonne l’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail, y com­pris pour les SI

Mer­ci à la dé­ma­té­ria­li­sa­tion du poste de tra­vail. Le co­wor­king est en forte crois­sance : 10 à 20 % du parc de bu­reaux en France pour­raient y être dé­diés d’ici à cinq ans. Ques­tion : équipes in­for­ma­tiques des en­tre­prises et co­wor­king font-ils bon mé­nage ?

L'Informaticien - - SOMMAIRE - ❍ GUILLAUME PéRISSAT

En mars, « Bu­reaux à Par­ta­ger » inau­gu­rait un nou­vel espace de co­wor­king, im­plan­té dans une an­cienne école désaf­fec­tée, ave­nue Tru­daine dans le 9e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Son qua­tor­zième en Île-de-France, au to­tal 30 000 m2 dans le nord et l’ouest pa­ri­sien, pour quelque 3 000 co­wor­kers ! Dans une étude pu­bliée il y a quelques mois, De­loitte cal­cu­lait que 16,7 % des Fran­çais tra­vaillent au moins une fois par se­maine en de­hors du bureau. De son cô­té, Clé­ment Al­te­res­co, le pa­tron de BAP ex­pli­quait à l’ou­ver­ture de l’espace Tru­daine que 2 à 3 % du parc de bu­reaux est dé­dié au co­wor­king, un chiffre qui pour­rait grim­per à 10 % dans les pro­chaines an­nées. Ago­ra­pho­bie ? Et n’y voyez pas un ef­fet de mode por­té par les tra­vailleurs in­dé­pen­dants et les start-up. Même les grandes en­tre­prises, comme En­gie, ou Re­gus, s’y mettent. Tou­te­fois sor­tir ses dé­ve­lop­peurs ou ses équipes « pro­duit » de l’en­ceinte for­ti­fiée de l’en­tre­prise n’est pas for­cé­ment évident. Les craintes des DSI sont lar­ge­ment an­ti­ci­pables : est-il pos­sible d’avoir ac­cès au ré­seau pri­vé de l’en­tre­prise ? Les connexions sont- elles suf­fi­sam­ment sé­cu­ri­sées ? Dans un espace ou­vert, comment pro­té­ger ce nou­veau pro­duit ô com­bien sen­sible des re­gards in­dis­crets di­ri­gés vers l’écran de nos dé­ve­lop­peurs ? Dans les dif­fé­rents es­paces que nous avons pu vi­si­ter, ces in­quié­tudes quoique lé­gi­times semblent in­fon­dées : on y re­trouve la même qua­li­té de services qu’en en­tre­prise.

Sur la ques­tion du ré­seau, Christophe Bur­ckart, di­rec­teur France de Spaces et Re­gus, nous ex­plique

« pou­voir faire évo­luer le dé­bit du ré­seau in­for­ma­tique en fonc­tion des be­soins de ses clients, al­lant jus­qu’à leur pro­po­ser une bande pas­sante in­ter­net dé­diée, ou même leur per­mettre d’ins­tal­ler leur propre ma­té­riel au sein de notre salle in­for­ma­tique »

. De même, chez l’autre géant du sec­teur, WeWork, ins­tal­lé du cô­té des Grands ma­ga­sins à Pa­ris, les équipes in­for­ma­tiques aident les en­tre­prises, à l’ins­tar de Pi­vo­tal, à ins­tal­ler un ré­seau pri­vé via des VPN et des ser­veurs propres au client sur place. Une op­tion d’ailleurs en­vi­sa­gée par des struc­tures bien plus mo­destes. L’équipe à la tête du Bloc ré­flé­chit ain­si que pro­po­ser à la lo­ca­tion des « mi­ni- ser­veurs ». L’espace de co­wor­king du groupe Ey­rolles pro­pose deux liens en fibre op­tique de 1 Gb/s cha­cune et évi­dem­ment re­don­dants. Confi­den­tia­li­té et sé­cu­ri­té as­su­rées En outre, con­trai­re­ment à une idée as­sez ré­pan­due, les lieux de co­wor­king ne sont pas – que – des open spaces équi­pés d’un mo­bi­lier ten­dance et fla­shy con­çu par un de­si­gner sué­dois. Certes les es­paces com­muns oc­cupent une grande place dans ces bâ­ti­ments, aux­quels il faut ajou­ter di­verses zones plus tour­nées vers la « détente », du coin ca­fé à la salle de sieste, en pas­sant par les in­évi­tables ba­by­foots, et par­fois une ti­reuse à bière. Mais comp­tez éga­le­ment sur des salles de réunion sur ré­ser­va­tion, des es­paces de tra­vail pri­va­ti­sés, des al­côves dis­sé­mi­nées ça et là dans les édi­fices les plus im­po­sants, ou en­core des ca­bines té­lé­pho­niques in­so­no­ri­sées, ga­ran­tis­sant un iso­le­ment com­plet. De quoi com­bler tous les be­soins en termes de confi­den­tia­li­té. En ce qui concerne la sé­cu­ri­té in­for­ma­tique, là en­core les es­paces de co­wor­king se doivent d’être exem­plaires. Chez Re­gus, on nous ex­plique que la sé­cu­ri­té par dé­faut re­pose sur un pare-feu avec des fil­trages stan­dard. Et tou­jours cette pos­si­bi­li­té pour les en­tre­prises de mon­ter en gamme :

« Des confi­gu­ra­tions spé­ci­fiques peuvent être mises à dis­po­si­tion avec no­tam­ment des VLANs dé­diés qui per­mettent d’éta­blir des règles plus strictes si né­ces­saires. Ce­la doit être dé­fi­ni avec un ca­hier des charges client et l’IT pro­ject ma­na­ger du client. » Du cô­té du Bloc, on s’ap­puie sur ClearPass d’Aru­ba pour iden­ti­fier chaque uti­li­sa­teur connec­té. La fi­liale de HPE, par­te­naire de l’espace de co­wor­king du groupe Ey­rolles, a sé­cu­ri­sé les connexions au moyen, là en­core, de VLANs dé­diés dy­na­miques. Bou­le­ver­ser les pro­cess On re­trouve donc dans les dif­fé­rents es­paces les mêmes ga­ran­ties en termes de sé­cu­ri­té et de confi­den­tia­li­té que dans les lo­caux d’une en­tre­prise. Et si la vé­ri­table dif­fi­cul­té à fran­chir le pas ne dé­pen­dait pas tant des fac­teurs tech­niques de la re­mise en cause d’une cer­taine or­ga­ni­sa­tion du tra­vail. Grande nou­velle, à l’heure où on nous mar­tèle les mé­rites du de­vops, du col­la­bo­ra­tif, de « l’agi­li­té », la trans­for­ma­tion passe aus­si par l’or­ga­ni­sa­tion des équipes, de plus en plus dé­cloi­son­nées. Plus ou­vertes sur l’ex­té­rieur donc : cette mixi­té entre sa­la­riés de vé­né­rables ESN, por­teurs de pro­jets, start-up­pers et autres au­to-en­tre­pre­neurs « C’est le sens même du co­wor­king »

, se­lon Mu­riel Ha­vas, Head of Fa­ci­li­ties chez BlaB­laCar. Cet as­pect com­mu­nau­taire, où les idées cir­culent et où les en­tre­prises, leurs clients et les clients de leurs clients se cô­toient, est l’as­pect le plus im­por­tant du co­wor­king. Un cô­té très « start-up » ; donc, on com­prend qu’il puisse ef­frayer plus d’un di­rec­teur des services. Gon Zi­fro­ni, di­rec­teur France de Pi­vo­tal Lab, va jus­qu’à par­ler de « Cas­ser les si­los dans les en­tre­prises »

. Dans un tel en­vi­ron­ne­ment, les pro­cess lourds et lents n’ont pas leur place. Sur la mul­ti­dis­pli­na­ri­té, il sou­ligne que, « au lieu d’avoir à suivre une cer­taine pro­cé­dure pour pas­ser d’une com­pé­tence à l’autre, on va avoir l’en­semble des mé­tiers qui col­la­borent, mettre au­tour de la table les dif­fé­rentes com­pé­tences IT, bu­si­ness, mar­ke­ting... »

. Pour au­tant, re­cou­rir à ces es­paces ne si­gni­fie pas aban­don­ner ses fa­çons ha­bi­tuelles de tra­vailler. Au contraire. Aux yeux de Gon Zi­fro­nis, ces nou­veaux modes d’or­ga­ni­sa­tion ne sont que le pro­lon­ge­ment des mé­thodes agiles em­ployées par les en­tre­prises de­puis plus d’une dé­cen­nie. Et vous trou­ve­rez dans ces es­paces les salles pri­vées, les ta­bleaux blancs et vos ou­tils de sui­vi de pro­jet chers aux adeptes du Scrum ou du Test Dri­ven De­ve­lop­ment. Grâce à la flexi­bi­li­té de leurs offres et à leurs services à la carte, les es­paces de co­wor­king peuvent ap­pa­raître comme les lieux les plus ap­pro­priés à ce fonc­tion­ne­ment en mode pro­jet.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.