Les ar­tistes as­so­ciés

Les affres d’un scé­na­riste mau­dit qui va ren­con­trer son hé­ros : le ci­néaste Mi­chael Ci­mi­no. Un ro­man co­casse et réus­si.

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Les ro­mans de Yan­nick Hae­nel jouent sur l’er­rance et la déam­bu­la­tion. Na­viguent à vue d’oeil, avec un vrai contrôle. Tiens ferme ta cou­ronne em­prunte un nou­veau che­min si­nueux. Le nar­ra­teur est écrivain. Jean ap­proche de la cin­quan­taine. Il vit re­clus dans un stu­dio du 20e ar­ron­dis­se­ment. Se pré­tend fou, du moins pos­sé­dé. Son der­nier pro­jet est un scé­na­rio de sept cents pages sur la vie so­li­taire de Her­man Mel­ville. Avec la vo­lon­té d’en­tendre « ce qu’il y a dans une tête si mys­ti­que­ment al­véo­lée ». Jean a une autre ob­ses­sion: l’oeuvre de Mi­chael Ci­mi­no, à ses yeux le « der­nier grand met­teur en scène amé­ri­cain ». Un ci­néaste gé­nial qui, à l’ins­tar de Mel­ville, a connu la gloire et l’échec. L’échec, Jean, lui, n’y croit pas, pré­fé­rant s’ac­cro­cher à sa bonne étoile.

Chaque jour, le hé­ros de l’au­teur de Cercle et de Jan Kars­ki force sur la bois­son et regarde in­las­sa­ble­ment Apo­ca­lypse Now, de Cop­po­la, puis­sante ex­plo­ra­tion « des en­fers d’un monde qui n’en fi­nit pas de som­brer ». Il es­saye de ne pas ou­blier de veiller sur Sab­bat, le dal­ma­tien de son voi­sin – un joueur de po­ker dé­pour­vu de té­lé­phone por­table et d’adresse mail –, qu’il doit sor­tir et nour­rir. Sur­prise, Jean fi­nit par en­trer en contact avec Ci­mi­no. Ce­lui-ci lui fixe même ren­dez-vous à New York. Où ils se re­trou­ve­ront et par­ta­ge­ront de la vod­ka sur un fer­ry en ba­var­dant. Une conver­sa­tion où le gé­ni­teur de Voyage au bout de l’en­fer l’en­tre­tient de l’oeuvre de Charles Rez­ni­koff, ma­nière de « Faulk­ner sec » ou de « Mel­ville juif sans ba­leine ». Jean par­vient aus­si à se glis­ser hors de chez lui pour dî­ner chez Bo­fin­ger. L’oc­ca­sion de croi­ser Isa­belle Hup­pert, qui se rap­pelle du tour­nage des Portes du pa­ra­dis. Plus loin, nous le ver­rons faire l’amour avec une lec­trice d’Ovide, pleu­rer en écou­tant le plus fa­meux mor­ceau de Joy Di­vi­sion ou se mettre à écrire au bord d’un lac ita­lien. Une fois en­core, la dé­rive donne des ailes à un Yan­nick Hae­nel dont la fièvre et la fer­veur lit­té­raire sont com­mu­ni­ca­tives. Son écri­ture, fluide et vir­tuose, fait des mer­veilles.

Tiens ferme ta cou­ronne par Yan­nick Hae­nel, 352 p., Gal­li­mard, 20 €

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