Ga­ry à tout prix

Quelques mots de Ro­main Ga­ry et voi­là notre jeune au­teur par­ti à la re­cherche d’un homme, M. Pie­kiel­ny, ci­té dans cette fa­meuse phrase.

Lire - - L’algérie - Fran­çois-Hen­ri DÉ­SÉ­RABLE

En 2015, Fran­çois-Hen­ri Dé­sé­rable res­ti­tuait la vie du « Rim­baud des ma­thé­ma­tiques », Eva­riste Ga­lois, mort à 20 ans, fai­sant jon­gler les chiffres et les faits, l’amour et la ré­vo­lu­tion, la vé­ri­té bio­gra­phique et une cer­taine li­ber­té avec la ver­sion of­fi­cielle. Ce pa­ri lit­té­raire était te­nu par une fan­tai­sie d’écri­ture qui trans­for­mait les équa­tions en ma­nège de fête fo­raine. Un cer­tain M. Pie­kiel­ny laisse croire un ins­tant que l’écrivain s’est as­sa­gi, mais ce n’est qu’une fa­çade, à l’ins­tar de son per­son­nage de ré­fé­rence : Ro­main Ga­ry. Re­pre­nant Les Pro­messes de l’aube, au­to­bio­gra­phie ro­man­cée de ce der­nier, Fran­çois-Hen­ri Dé­sé­rable se concentre sur un pas­sage du livre : « au n° 16 de la rue Grande-Po­hu­lan­ka, à Wil­no, ha­bi­tait M. Pie­kiel­ny ». Cette phrase mys­té­rieuse au­tant que ba­nale l’ob­sède et de­vient su­jet d’une en­quête du cô­té de Vil­nius. M. Dé­sé­rable veut re­trou­ver M. Pie­kiel­ny, per­son­nage ba­roque qui ap­pa­raît de-ci de-là dans l’oeuvre de Ga­ry. Fu­til brû­lé dans les fours cré­ma­toires des na­zis ou a-t-il sur­vé­cu dis­crè­te­ment, telle une « sou­ris triste » ?

Fran­çois-Hen­ri Dé­sé­rable com­pose un ro­man pi­ca­resque où cha­cun de­vient quel­qu’un d’autre, telle une oeuvre en trompe-l’oeil, re­pre­nant la phrase de Bo­ris Vian, « cette scène est vraie puisque je l’ai in­ven­tée ». En fait, le ro­man­cier cherche les ori­gines de la fic­tion et son che­mi­ne­ment dans la tête des écri­vains : Ro­main Ga­ry et M. Pie­kiel­ny, mais aus­si Pierre Mi­chon et le ta­bleau des Onze, ou Go­gol et son Re­vi­zor. Au­tant de ré­in­ven­tions per­ma­nentes de la réa­li­té, de jeux avec le faux sou­ve­nir et la mé­moire vé­ri­fiée pour par­ve­nir à l’es­sen­tiel, la vic­toire de la lit­té­ra­ture. Celle-ci peut tout se per­mettre: créer un per­son­nage his­to­rique, une toile, un hé­ros et tout mé­lan­ger dans un sha­ker pour le meilleur des cock­tails. Ma­gni­fique jeu de ma­trio­ch­kas, Un cer­tain M. Pie­kiel­ny est un pied de nez à la « vé­ri­té vraie », comme disent les en­fants, et un sa­lut au pou­voir su­prême de l’ima­gi­naire. C.F.

Un cer­tain M. Pie­kiel­ny par Fran­çoisHen­ri Dé­sé­rable, 272 p., Gal­li­mard, 19,50 €

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