Les Terres dé­vas­tées d’Emi­lia­no MONGE

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FACE À UN DRAME COMME CE­LUI DES RÉ­FU­GIÉS PO­LI­TIQUES, DE TOUT TEMPS ET SUR TOUS LES CONTINENTS, IL N’EST JA­MAIS SIMPLE DE FAIRE LIT­TÉ­RA­TURE la tra­gé­die oblige à l’em­pa­thie (pour les « mi­grants ») et à l’ac­cu­sa­tion (en­vers les pas­seurs et les tra­fi­quants). An­cien jour­na­liste de­ve­nu écrivain et édi­teur au Mexique, Emi­lia­no Monge pri­vi­lé­gie une forme de té­moi­gnage poé­tique dans son qua­trième ro­man (le pre­mier tra­duit en France). Ces Terres dé­vas­tées sont celles d’une jungle mexi­caine où ani­maux et vé­gé­taux ont en­core droit de ci­té (« une clai­rière cer­née d’arbres tra­pus et de lianes pri­mi­tives »), mais où les groupes de mi­grants se voient tra­his par leurs pas­seurs ou pour­sui­vis par la po­lice de l’im­mi­gra­tion. Ceux qui sur­vivent de­viennent des corps « sans voix, sans âme et sans nom » . Ces « corps ef­frayés », Monge en a fait non pas des per­son­nages, mais un choeur. Qui fait face à Es­te­la et à Epi­ta­fio, deux pas­seurs et chefs de bande, amants pas­sion­nés et contra­riés qui jouissent des exac­tions qu’ils com­mettent. Mixant le ré­cit fac­tuel, les dia­logues de per­son­nages, la com­plainte du choeur des ré­fu­giés et des ex­traits de La Di­vine Co­mé­die, le ro­man ra­conte une ar­dente et noire pro­ces­sion. A cette chair lit­té­raire s’ajoutent des té­moi­gnages en prise di­recte avec la réa­li­té, re­cueillis au­près de di­verses ONG et as­so­cia­tions d’aide aux ré­fu­giés. Brillant et brû­lant.

HHH Les Terres dé­vas­tées (Las tier­ras ar­ra­sa­das) par Emi­lia­no Monge, tra­duit de l’es­pa­gnol (Mexique) par Ju­liette Bar­ba­ra, 348 p., Phi­lippe Rey, 22 €

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