L’heure des thés Katherine Pancol

Dans son ap­par­te­ment de Neuilly-sur-Seine, l’au­teure-star des Yeux jaunes des cro­co­diles aime tra­vailler en bu­vant du Earl Grey et en écou­tant du John­ny. En com­pa­gnie de son bor­der ter­rier.

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Il y a un zoo se­cret, à Neuilly-surSeine. Et il n’a rien à voir avec un coin ca­ché du Jar­din d’acclimatation. Les ani­maux ici réunis ne sont d’ailleurs pas vrai­ment de chair et de sang, mais plu­tôt de pa­pier. Les lec­teurs ayant croi­sé ces créa­tures se comptent par cen­taines de mil­liers, si l’on en juge par les ventes phé­no­mé­nales des Yeux jaunes des cro­co­diles, de La Valse lente des tor­tues ou des Ecu­reuils de Cen­tral Park sont tristes le lun­di. La « maî­tresse » de toutes ces bêtes ? Katherine Pancol, qui nous re­çoit cet après-mi­di de septembre – quelques jours avant un sé­jour en Bo­li­vie ! – dans son grand ap­par­te­ment de la ci­té mi­toyenne de Pa­ris, où elle ré­side de­puis près de vingt ans. « En­fin, de­puis deux ans, je vis une par­tie de l’an­née dans un pe­tit vil­lage, à cô­té de Fé­camp, où il y a trente ha­bi­tants en hi­ver ! » Elle y a en ef­fet construit la mai­son de ses rêves, tout en verre et bois. En ren­trant chez elle ( « at­ten­tion, en­le­vez vos chaus­sures ! » ), on s’at­tend à croi­ser des bes­tioles exo­tiques, mais c’est un ani­mal plus at­ten­du qui nous ac­cueille : un chien. Plus pré­ci­sé­ment, un bor­der ter­rier. « Il a 2 ans et s’ap­pelle Boy. J’aime beau­coup les tou­tous de cette race car ils se calquent sur votre fa­çon de vivre, sur vos ho­raires, et ils sont très af­fec­tueux. » Avec son re­gard en­fan­tin, Boy – il faut le re­con-

naître – n’a rien d’un mo­losse mon­trant les crocs… Pas de pan­carte « at­ten­tion, chien mé­chant » de­vant la porte à cô­té de la­quelle est si­tuée une ar­moire où sont ali­gnées les édi­tions étran­gères (en­fin, une par­tie…) des best-sel­lers de notre hôte. « Je dois vous avouer que, pour cer­taines d’entre elles, je ne connais pas le pays. Celle-ci par exemple, je n’en sais rien » . Voyant « Ti­ra­na » ins­crit à l’adresse de l’édi­teur, on émet l’hy­po­thèse qu’on tient là une tra­duc­tion al­ba­naise… Pas sûr, tou­te­fois, qu’on ait pu at­tri­buer une contrée à cha­cun des livres, sou­vent très co­lo­rés – sa­chant que Katherine Pancol peut se tar­guer d’être tra­duite dans plus d’une tren­taine de langues !

BLANC, C’EST BLANC

On s’ins­talle alors dans la salle à man­ger, très lu­mi­neuse, au­tour d’un café. Le long du mur d’un blanc écla­tant, un grand meuble contient d’in­nom­brables plats et as­siettes, l’au­teure ai­mant par­ti­cu­liè­re­ment re­ce­voir. Sur la table, un très beau bou­quet de fleurs blanches trouve na­tu­rel­le­ment place. « Ce sont des vraies ! », pré­cise la ro­man­cière. « Con­trai­re­ment aux plantes vertes sur le bal­con. Elles sont toutes dé­fraî­chies au­jourd’hui. Vous vous ren­dez compte? Si même les plantes ar­ti­fi­cielles souffrent de la pol­lu­tion… » Tout le na­tu­rel de Katherine Pancol est là, elle qui est ar­ri­vée dans la lit­té­ra­ture un peu par ha­sard. « J’étais à Cos­mo et je fai­sais des pa­piers psy­cho- drôles de quinze feuillets. Au­jourd’hui, ce sont des for­mats qui semblent énormes… L’édi­teur Ro­bert Laf­font m’avait re­pé­ré grâce à ceux-ci et m’a pro­po­sé, au cu­lot, d’écrire un ro­man ! » Après bien des re­bon­dis­se­ments – en par­ti­cu­lier l’in­ter­ven­tion de Ro­main Ga­ry ! – et l’in­té­rêt de plu­sieurs mai­sons d’édi­tion pour son tra­vail, la jeune femme fi­nit par si­gner au Seuil. « Le pa­tron d’alors, Paul Fla­mand, m’a mon­tré un chéquier et m’a dit d’écrire le mon­tant que je sou­hai­tais ! » Le ro­man – Moi d’abord – est pu­blié, la dé­bu­tante se fait re­mar­quer lors de son pas­sage à Apos­trophes, et là voi­là dans la spi­rale du suc­cès. « Je me re­trou­vais avec beau­coup d’ar­gent, ce qui tom­bait bien car je vou­lais voya­ger. » Elle part alors, à l’âge de 25 ans, aux Etats-Unis. « Pour faire la fête. » Mais, quelque mois plus tard, le Seuil la rap­pelle pour s’in­for­mer sur l’avan­ce­ment de son deuxième ro­man – alors au point mort. De plus, Katherine Pancol avait ou­blié une chose es­sen­tielle : ses im­pôts… Elle fré­quente alors les ate­liers d’écri­ture (entre autres), et se re­met au tra­vail pour si­gner, en 1981, La Bar­bare ( « pas mon meilleur livre, ce­lui-là… » ).

UNE TOUCHE D’AMÉ­RIQUE

Dans la pièce, la pré­sence de l’Amé­rique n’est guère per­cep­tible, si ce n’est un beau livre réunis­sant des pho­tos de Wal­ker Evans, po­sé sur une table éclai­rée par une lampe-mé­duse; et un grand cac­tus qui se dresse à cô­té de la che­mi­née et de la bi­blio­thèque conte­nant quelques Pléiades. On y trouve pê­le­mêle Flau­bert, Sten­dhal, Pé­guy ou Bal­zac. Et ce der­nier n’y est pas pour rien dans la ge­nèse de tous les ou­vrages ayant va­lu à Katherine Pancol, après un pas­sage à vide (tout re­la­tif…) dans les an­nées 1990, de chan­ger d’édi­teur (Al­bin Mi­chel, dé­sor­mais) et de connaître un suc­cès en­core plus re­ten­tis­sant. « Les his­toires avec plein, plein de per­son­nages qui ont tous des liens entre eux, j’adore ça ! » Après la tri­lo­gie « Cro - co­diles-Tor­tues-Ecu­reuils » et les trois tomes de Mu­cha­chas, les fans de la ro­man­cière au­ront plai­sir à re­trou­ver Jo­sé­phine et la pas­sion­née de mode Hor­tense Cor­tès ; Stel­la Va­len­ti et son com­pa­gnon Adrian Ko­su­li­no ; sans ou­blier les Grobz, les Cour­tois – avec le per­son­nage es­sen­tiel de Ju­nior ! – ; et

lll tant d’autres à ve­nir dans les huit cents pages, feuille­ton­nesques à sou­hait, de Trois Bai­sers. Une grande fresque po­pu­laire à ti­roirs qui fe­rait pas­ser Plus belle la vie pour un épi­sode de Scoo­byDoo, et dont il faut re­con­naître – qu’on aime ou pas le style très di­rect de Katherine Pancol – le sa­cré tour de force nar­ra­tif. « Oh, vous sa­vez, mes per­son­nages, je les connais de­puis si long­temps que je n’ai plus be­soin de fiche. » , nous dit-elle, ins­tal­lée sur l’un des deux ca­na­pés de la pièce, aux cous­sins aus­si co­lo­rés que la cou­ver­ture de ses ro­mans.

La dis­cus­sion conti­nue sur la ma­nière qu’a cette bou­li­mique de tra­vail de plan­cher sur son texte (tous les jours, de 14 heures à 19h30). C’est alors que Boy se rap­pelle à nous, avec « ba­balle » po­sée à nos pieds et re­gard ex­pres­sif. Si les chiens ne savent pas lire, ils savent néan­moins ex­pri­mer bien des choses… sans les mots. Après des échanges spor­tifs avec notre in­sa­tiable ami à quatre pattes, nous pas­sons au bu­reau. Tous les ou­tils de l’écri­vaine sont là : l’ordinateur et les dif­fé­rents pots à crayons ou sty­los po­sés sur le se­cré­taire, mais aus­si les dic­tion­naires et en­cy­clo­pé­dies dans la bi­blio­thèque. « Sans eux, je ne se­rais rien ! » Elle sort alors ses « meilleurs amis » : Le Ro­bert, Le Dic­tion­naire vi­suel, le Thé­sau­rus, le La­rousse des dif­fi­cul­tés de la langue fran­çaise, Le Bou­quet des ex­pres­sions ima­gées et quelques ro­mans de… Co­lette! Dans cette pièce, lors­qu’elle n’écrit pas, Katherine Pancol peut se re­po­ser sur son ca­na­pé rouge où trônent deux cous­sins en forme de coeur. Sur la che­mi­née, on trouve dif­fé­rents bi­be­lots, par­mi les­quels un fla­con du par­fum que porte l’au­teur – « San­tal de My­sore » du créa­teur Serge Lu­tens – et un pe­tit cro­co­dile. « Mes lec­teurs m’en ont of­fert beau­coup. J’ai une cer­taine ten­dresse pour ce­lui-ci, il a une bonne bouille. At­ten­dez, j’en ai un autre à vous mon­trer. » Elle se di­rige alors vers sa chambre et en re­vient avec une pe­luche de caï­man, au re­gard par­ti­cu­liè­re­ment cré­tin. « Je l’adore ! » Cou­ché sur le sol, Boy se montre tou­te­fois plus scep­tique…

L’AM­BIANCE EST FEUTRÉE

Puis, on tra­verse le cou­loir où sont ex­po­sées de ma­gni­fiques pho­tos en noir et blanc d’elle, en com­pa­gnie de ses en­fants. « C’était en 2001, et elles sont si­gnées Jean­loup Sieff. » Il convient alors de s’ar­rê­ter quelques mi­nutes de­vant la grande bi­blio­thèque pleine de livres du pe­tit sa­lon. L’oc­ca­sion pour Katherine Pancol de nous chan­ter les louanges de quelques-unes de ses lec­tures ré­centes – Un­der­ground Rail­road de Col­son Whi­te­head et Mrs He­ming­way de Nao­mi Wood. Mais elle y classe éga­le­ment tout un tas de DVD – en par­ti­cu­lier des sé­ries TV (elle qui peut se van­ter d’avoir tra­vaillé, il y a long­temps, sur un pro- gramme pour la HBO!) – et de nom­breux CD, non loin de la chaîne hi-fi. La mu­sique clas­sique est à l’hon­neur, même si un ar­tiste un peu dé­ca­lé a trou­vé sa place entre Mo­zart et Bee­tho­ven: John­ny Hal­ly­day. « Voi­là: je suis une fan. J’ai dû al­ler à peu près à tous ses concerts. J’avais même un grand por­trait de lui dans ma cui­sine. » Et c’est dans cette pièce – à l’es­thé­tique très « bri­tish », com­bi­nant ex­clu­si­ve­ment le rouge et le blanc – qu’on se rend alors, his­toire de prendre un thé. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on a le choix : « Tsar Alexandre », « Mar­co Po­lo », « Roi de Earl Grey », « Thé sur le Nil », « Su­ra­baya » et autre « Thé des écri­vains ja­po­nais » font par­tie de la large sé­lec­tion de Katherine Pancol, pos­sé­dant (ce­la va de soi) un grand nombre de mugs – à chaque breu­vage sa tasse…

Non loin de l’évier, on aper­çoit une boîte de conserve n’ayant pas grand rap­port avec la nour­ri­ture de Boy: du ca­viar Pe­tros­sian. « Elle est vide ! » , pré­cise-telle avant de nous mon­trer d’autres pho­tos de ses en­fants, et du chien nom­mé Chaus­sette ja­dis pré­sent dans ces lieux. « J’aime écou­ter la ra­dio, ici, en fai­sant la cui­sine. En­fin, de ma­nière plus gé­né­rale, j’adore écou­ter la ra­dio… Même quand je pars à l’autre bout du monde, j’ai mon poste pour écou­ter mes sta­tions fa­vo­rites. » Avant de par­tir, l’au­teur de ces lignes, fé­ti­chiste des ins­tru­ments, ne peut s’em­pê­cher de je­ter un oeil au très beau pia­no droit dans la salle à man­ger ( « c’est le Ga­veau de mon grand-père. Il m’a sui­vie par­tout. » ), de le tes­ter – trop ten­tant – et de jouer L’En­vie de John­ny. Au grand déses­poir du bor­der ter­rier, peu convain­cu par la pres­ta­tion mu­si­cale et par­ti se lo­ver dans son pa­nier…

Bap­tiste Li­ger Pho­tos : A. Isard/

Pas­co pour Lire

A droite, une bi­blio­thèque avec quelques ou­vrages de la Pléiade.

Ci-des­sus, l’un des cro­co­diles que Katherine Pancol a re­çus de ses lec­teurs et qu’elle af­fec­tionne tout par­ti­cu­liè­re­ment.

Ci-des­sous, dans la salle à man­ger trône en bonne place un pia­no droit (Ga­veau) qui a ap­par­te­nu au grand-père de l’au­teure.

Ci-contre, des cou­ver­tures étran­gères des ou­vrages de l’au­teure – tra­duits dans plus d’une tren­taine de langues.

le ca­na­pé. A droite, dans la cui­sine, une im­pres­sion­nante col­lec­tion de thés est ali­gnée sur une éta­gère.

Ci-des­sus, bu­reau et ou­tils de tra­vail in­dis­pen­sables à notre hôte. En haut, deux pe­tits cous­sins coeurs dé­corent

HH Trois bai­sers par Katherine Pancol, 864 p., Al­bin Mi­chel, 24,90 €

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