L’Etran­ger

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C’ est un vil­lage fran­çais avec sa grand-place, son café des sports et sa po­pu­la­tion sans his­toires. Ly­die Sal­vayre l’a si­tué en Pro­vence car son per­son­nage cen­tral, Anas, a tou­jours sou­hai­té s’ins­tal­ler dans le Sud et sa ma­la­die lui per­met d’en­fin réa­li­ser son rêve. Il peut suivre le trai­te­ment de son can­cer en pre­nant le car pour se rendre à l’hô­pi­tal tout en soi­gnant son an­goisse à l’ombre des oli­viers. Mais un in­trus reste un in­trus, qu’il soit dans le pays du so­leil ou ailleurs. Et au tro­quet des ha­bi­tués, on ne to­lère pas les étran­gers qui ne se plient pas aux tra­di­tions. Il faut sa­voir se pré­sen­ter pour es­pé­rer un jour être ac­cep­té par les bu­veurs de Ri­card et les ama­teurs de chasse. « L’autre » est « fuyant comme une an­guille, comme s’il avait quelque chose à se re­pro­cher » . Et c’est par­ti comme une traî­née de poudre : les messes basses, les sup­po­si­tions, les men­songes, la chasse aux sor­cières. Ly­die Sal­vayre n’en dit guère plus et son ro­man à deux voix de­vient huis clos, vé­ri­table scène de théâtre an­tique. Le lec­teur ob­serve les sil­houettes se mou­voir dans l’arène et tente de sa­voir qui va l’em­por­ter : la horde sau­vage ou l’homme seul. Dia­logues di­rects et in­di­rects donnent à ce livre po­li­tique une dy­na­mique qui s’em­balle au fil des pages, d’abord en de­mi-teinte avant de fi­nir sur un des pires verbes qui soient : s’en­fuir. C.F.

HH Tout homme est une nuit par Ly­die Sal­vayre, 256 p., Seuil, 18,50 €. En li­brai­rie le 5 oc­tobre.

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