Du ni­ckel dans la tête

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Les ama­teurs d’An­tho­ny Pas­tor le savent : ce bé­déiste est un ro­man­cier. Dans ses his­toires, des per­son­nages de chair et de sang se confrontent, sans ca­ri­ca­ture, sans ma­ni­chéisme, sans mes­sage, mais pas sans tra­gique, en ver­tu du fa­meux pos­tu­lat de Jean Re­noir : « Ce qui est ter­rible sur cette Terre, c’est que tout le monde a ses rai­sons. » On re­trouve ici les per­son­nages du Sen­tier des reines, dé­pla­cés dans la Nou­velle-Ca­lé­do­nie des an­nées 1920 : la vieille Blan­ca et sa fille Pau­line, deux « femmes libres » ; Ar­pin, mau­vais su­jet, ja­mais re­ve­nu des tran­chées ; et le jeune Flo­ren­tin, nar­ra­teur de l’his­toire. L’am­biance co­lo­niale ajoute à cette co­mé­die hu­maine quelques fi­gures em­blé­ma­tiques qui ne sont pas faites pour apai­ser les pas­sions : un an­cien ba­gnard à la gâ­chette ra­pide, un com­mer­çant vé­reux, un co­lon do­mi­na­teur, un ka­nak plein de res­sen­ti­ment contre les Blancs… Tous les élé­ments sont en place pour une sorte de wes­tern cal­doche ti­rant vers le drame su­diste. Le diable qui donne son nom à la val­lée n’est autre que le ni­ckel, mais à lire Pas­tor on est vite convain­cu qu’il se ta­pit sur­tout dans la tête de chaque être hu­main. P.O.

HH La Val­lée du diable par An­tho­ny Pas­tor, 128 p., Cas­ter­man, 20 €

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