L’édi­to

Lire - - Contents - DE BAP­TISTE LI­GER

IL FAU­DRAIT UN JOUR S’IN­TER­RO­GER SUR LA SI­GNI­FI­CA­TION EXACTE DE FOR­MULES RI­TUELLES QUE, NA­TU­REL­LE­MENT, NOUS UTI­LI­SONS CHAQUE DÉ

BUT D’AN­NÉE. Sans vé­ri­ta­ble­ment ré­flé­chir, comme des ré­flexes, des au­to­ma­tismes de lan­gage. Que sont vrai­ment ces « bonnes ré­so­lu­tions » que l’on es­saie, tant bien que mal, de te­nir ? Et ces « meilleurs voeux » – qui pour­raient être rem­pla­cés par des « sou­haits », « pro­messes » ou « ser­ments » ? Tou­jours est-il qu’à l’heure où ces mots sont spon­ta­né­ment pro­non­cés, une an­née s’est écou­lée et une autre dé­bute avec, évi­dem­ment, ses em­blèmes tran­si­tion­nels de dé­cembre. Par­fois tra­giques.

AIN­SI, VINGT JOURS AVANT NOËL, JEAN D’OR­MES­SON

NOUS A QUIT­TÉS, À L’ÂGE DE 92 ANS. Ce­lui qui fut l’un des écri­vains fran­çais les plus po­pu­laires du de­mi-siècle pas­sé au­ra in­dé­nia­ble­ment mar­qué, de son vi­vant, la France en­tière. Mais quelle trace lais­se­ra-t-il dans le pa­tri­moine lit­té­raire ? C’est l’un des pro­blèmes que l’au­teur de La Gloire de l’Em­pire a souvent abor­dés non sans pa­nache dans son oeuvre, et qui se re­trouve à nou­veau ex­po­sé avec la pu­bli­ca­tion, un mois après son dé­cès, d’un nou­vel opus­cule : Et moi, je vis tou­jours (Gal­li­mard) – notez évi­dem­ment la por­tée de l’in­ti­tu­lé… Un tel ob­jet nous met face à une dé­rou­tante po­si­tion de lec­ture : faut-il lire cet ou­vrage sous le coup de l’émo­tion ? Ne vau­drait-il pas mieux faire abs­trac­tion de toute sen­si­bi­li­té fac­tuelle ? Et est-ce pos­sible de dé­ga­ger un tel livre de son con­texte ? Il en va de même avec un autre vo­lume post­hume – ce­lui d’Anne Du­four­man­telle. Dé­cé­dée en juillet der­nier alors qu’elle ten­tait de sau­ver un en­fant de la noyade, la phi­lo­sophe et psy­cha­na­lyste avait re­mis à son édi­teur son se­cond ro­man, dont le titre prend dé­jà un sens très par­ti­cu­lier : Sou­viens-toi de ton ave­nir (Al­bin Mi­chel). Les pre­mières lignes s’avèrent, elles aus­si, ex­trê­me­ment dé­rou­tantes, poi­gnantes : « Quelle as­su­rance avons-nous que le temps existe ? C’est notre croyance la mieux gar­dée. La mort semble lui don­ner réa­li­té, nos vies le confir­mer, nos his­toires aus­si. » S’IL NE FAUT JA­MAIS OU­BLIER DE RE­GAR­DER – COMME EN VOI­TURE – DANS LE RÉ­TRO­VI­SEUR, LA VIE DOIT RE­PRENDRE LE DES­SUS ET IL CONVIENT

D’AL­LER DE L’AVANT. De dé­cou­vrir et d’ap­pré­cier le tra­vail d’au­teurs bel et bien vi­vants. Dans cette ren­trée hi­ver­nale riche en bons livres, la ré­dac­tion de Lire vous pro­pose dans ce nu­mé­ro une pre­mière salve d’en­thou­siasmes. Et, à tout sei­gneur tout hon­neur, on ac­cor­de­ra une men­tion toute par­ti­cu­lière à Ré­gis Jauf­fret : re­pre­nant le mo­dèle ima­gi­né onze ans plus tôt, les Mi­cro­fic­tions 2018 (Gal­li­mard) nous rap­pellent que les his­toires courtes sont par­fois aus­si pas­sion­nantes que les ro­mans. Leur au­teur ne se­rait-il pas un dis­ciple (certes loin­tain) de La Fon­taine, au­quel nous consa­crons une par­tie de notre dos­sier prin­ci­pal, à l’oc­ca­sion des 350 ans du pre­mier tome de ses Fables ? Par­mi toutes ces pa­ru­tions, nous pou­vons éga­le­ment vous re­com­man­der les ou­vrages de plumes dé­sor­mais ins­tal­lées comme Pierre Le­maitre, Paul Aus­ter ou Del­phine de Vi­gan, mais aus­si des ta­lents moins connus tels Ha­nya Ya­na­gi­ha­ra, Kjell Westö, Ber­nard Qui­ri­ny ou Ch­ris­tian Guay-Po­li­quin. Et, à l’heure où l’on boucle ces lignes, on re­grette dé­jà de ne pas pou­voir écrire sur deux pe­tits ro­mans épa­tants : Jan­vier de Ju­lien Bouis­soux (L’Oli­vier) et Ha­bi­le­tés so­ciales de Ca­mille Cor­nu (Flam­ma­rion).

AUS­SI, LIRE ÉVO­LUE ET VOUS PRO­POSE QUELQUES

NOU­VEAU­TÉS : outre les pages consa­crées à la langue fran­çaise (dé­jà pré­sentes dans le pré­cé­dent nu­mé­ro) sous l’égide de Bru­no De­waele, nous sommes heu­reux de sa­luer l’ar­ri­vée de plu­sieurs chro­ni­queurs. Chaque mois, vous pour­rez en ef­fet re­trou­ver les tri­bunes – très di­verses – de Diane Du­cret, Jo­syane Sa­vi­gneau, Luc Fer­ry et Phi­lippe De­lerm. Nous es­pé­rons que leur li­ber­té de ton vous plai­ra.

EN GUISE DE CONCLU­SION, ON SE TOUR­NE­RA VERS LA SA­GESSE DE KAZUO ISHIGURO, QUI TER­MI­NAIT SA CONFÉRENCE AU NO­BEL ( MA SOI­RÉE DU XXE SIÈCLE ET AUTRES PE­TITES IN­CUR­SIONS, ÉDI­TÉE

CHEZ GAL­LI­MARD) SUR CES MOTS : « En un temps où s’ac­cé­lère dan­ge­reu­se­ment la di­vi­sion, nous de­vons écou­ter. Des écrits et des lec­tures bri­se­ront les bar­rières. Nous trou­ve­rons peu­têtre même une idée neuve, une grande vi­sion hu­maine, au­tour de la­quelle nous ras­sem­bler. »

Alors, tant pis pour le cli­ché : « Bonnes ré­so­lu­tions » et « meilleurs voeux » !

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