Tro­pisme

Trois ré­cits, trois es­ca­pades, plongent les lec­teurs dans l’émo­tion avec, pour toile de fond, la di­ver­si­té des pay­sages nor­mands et les ma­jes­tueuses fa­laises blanches ac­cro­chées à la Manche.

Lire - - La Tendance - Trou­ville Ca­si­no par Fer­niot 256 p.,

our Ch­ris­tine Mon­tal­bet­ti, c’est Trou­ville qui mé­rite la vi­site, flan­quée de son ca­si­no à fa­çade pâ­tis­sière. La ro­man­cière campe une Nor­man­die es­ti­vale avec, en point de mire, un homme étrange, le nez et la bouche dis­si­mu­lés par une écharpe pour fran­chir le seuil du bâ­ti­ment. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’il vient – fai­sant le tra­jet entre Ga­cé et Trou­ville – pour jouer au ban­dit man­chot ou à la rou­lette. Mais ce 25 août 2011, la si­tua­tion est dif­fé­rente car c’est le jour du bra­quage. Ce­lui du pis­to­let poin­té sur la cais­sière, de la fuite par l’ar­rière, du re­tour vers la mai­son et du plan Éper­vier dres­sé par la gen­dar­me­rie. À la fois pré­cise au mil­li­mètre et di­vi­ne­ment di­gres­sive, la prose de Ch­ris­tine Mon­tal­bet­ti vi­re­volte en pays d’Auge. Elle mul­ti­plie les points de vue et les es­paces-temps, ins­pi­rés d’un fait di­vers bien mo­deste, sans ja­mais lâ­cher son in­trigue, ni son an­ti­hé­ros. Elle dé­crit un quo­ti­dien sans as­pé­ri­té, un vol sans gran­deur qui, grâce à elle et à son ta­lent d’écri­vaine, vi­vront in­ten­sé­ment sous une forme lit­té­raire.

Pour Jé­rôme Gar­cin, le pro­jet au­to­bio­gra­phique en­ta­mé il y a vingt ans avec La Chute de che­val se pour­suit avec Le Syn­drome de Gar­cin. Un voyage en Ver­sailles pour re­joindre Saint-Laurent-surMer, dans le Bes­sin nor­mand, à la pointe du Hoc et nous voi­là chez le grand- père de l’au­teur, le neu­ro­logue Ray­mond Gar­cin, né à Bas­sePointe, étu­diant en mé­de­cine à Pa­ris, ma­rié à une Nor­mande de la grande bour­geoi­sie. Nous fai­sons éga­le­ment la connais­sance de l’autre grand-père, Clé­ment Lau­nay, pé­do­psy­chiatre. De ces an­cêtres, Jé­rôme Gar­cin parle avec dé­vo­tion : « Ils mê­laient la gour­man­dise des hé­do­nistes et la spi­ri­tua­li­té des pè­le­rins » , dit-il. Souf­france et com­pas­sion tra­versent ce ré­cit sub­mer­gé d’émo­tion, à l’heure de cé­lé­brer les morts et de ché­rir les vi­vants.

On ne peut clore cette es­ca­pade nor­mande sans évo­quer le nou­veau livre de Pa­trick Grain­ville, Fa­laise des fous, sis à Étretat. Voi­ci une fresque somp­tueuse, sous l’oeil de Mo­net et de ses amis. Un voyage his­to­rique ma­jes­tueux qui s’achève par ces mots : « Le temps est aveugle. C’est ain­si de la beau­té, l’oeuvre voit dans la mort. » Du Grain­ville flam­boyant.

Ch­ris­tine

Ch­ris­tine Mon­tal­bet­ti, Jé­rôme Gar­cin, Pa­trick Grain­ville,

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