IO TILLETT WRIGHT

Dans Dar­ling Days, l’ar­tiste amé­ri­cain, né femme, ra­conte comment il a sur­vé­cu à son en­fance dans East Village, aux cô­tés d’une mère fra­gile et ex­tra­va­gante.

Lire - - L’événement - Dar­ling Days (id.) par tra­duit de l’an­glais (ÉtatsU­nis) par Charles Re­cour­sé, 432 p., Seuil, 22,50

Le Man­hat­tan des an­nées 1980 fait rê­ver les nos­tal­giques d’une époque au­then­tique. Celle où SDF, toxi­cos, tra­ves­tis et ar­tistes fau­chés co­ha­bi­taient dans la 3e rue. C’est là, dans le quar­tier pauvre et mal­fa­mé d’East Village, que iO Tillett Wright est né, en 1985. Sa mère a le corps d’une Grace Jones et le vi­sage d’une déesse grecque. Ex-man­ne­quin, elle de­vient ac­trice et pho­to­graphe. Son père est un homme de théâtre. Ils donnent à leur fille le nom d’une lune de Ju­pi­ter , « iO ». Le peintre Jean-Mi­chel Bas­quiat est un ami de son père et la pho­to­graphe Nan Gol­din, sa mar­raine. La lé­gende est par­ache­vée. À iO Tillett Wright de la dé­truire.

Les courts cha­pitres illus­trés de pho­tos de fa­mille re­tracent la vie du nar­ra­teur, de sa nais­sance à ses 20 ans. Ils évoquent d’abord Just Kids de Pat­ty Smith, autre por­trait sai­sis­sant de la bo­hème new-yor­kaise. Mais l’écri­vain nous em­mène ra­pi­de­ment à l’op­po­sé des dar­ling days an­non­cés par le titre. Ses mé­moires se concentrent au­tour de deux sou­ve­nirs : son en­fance li­vrée à l’amour dé­bor­dant d’une mère in­stable, par­fois vio­lente, et la dé­cou­verte pré­coce de son iden­ti­té sexuelle hors norme.

Wright, iO Tillett

Avec une sin­cé­ri­té im­pres­sion­nante et des mots justes po­sés sur le lien fi­lial, l’au­teur ra­conte les deux « ver­sions » de Rhon­na, sa mère. Ex­cen­trique, elle danse et nage des heures du­rant, lui fait faire le tour du monde avec sa troupe de théâtre, lui ap­prend la vie de­hors, au mi­lieu des im­mi­grés russes de Lit­tle Odes­sa, et conserve le moindre ob­jet qu’il a tou­ché. Dan­ge­reuse : elle ne lui donne pas tou­jours de quoi man­ger, ne le couche ja­mais avant mi­nuit, le perd lors d’un voyage en Hon­grie et le fait vivre dans un lo­ge­ment in­sa­lubre. Alors, à 13 ans, il la dé­nonce à la Pro­tec­tion de l’en­fance pour sau­ver sa peau. Son père ob­tient sa garde, mais l’en­voie ra­pi­de­ment en pen­sion­nat en An­gle­terre.

Comment vivre quand ce­la im­plique de quit­ter ses pa­rents et de les lais­ser som­brer ? iO Tillett Wright sonde ma­gni­fi­que­ment cette ques­tion si dou­lou­reuse. L’autre est celle de son sexe, qui ne rentre dans au­cune case. Pen­dant huit ans, iO vit comme un gar­çon avant de re­de­ve­nir une fille à l’ado­les­cence. Il se fait des amis, tombe amou­reux d’une fille, puis d’un gar­çon, mais ja­mais sa mère ne le lâche. Il a 18 ans quand il com­prend les rai­sons de sa fo­lie. Au­jourd’hui, iO Tillett Wright est ar­tiste, pré­sen­ta­teur té­lé et mi­li­tant. Il pré­fère, pour le mo­ment, qu’on parle de lui au mas­cu­lin. Alors, di­sons-le ain­si : c’est un écri­vain à suivre de près. Gla­dys Ma­ri­vat

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