Odys­sée de l’es­pace-temps

Une re­lec­ture fan­tai­siste et contem­po­raine du des­tin de Ca­lyp­so, la cé­lèbre nymphe d’Ho­mère.

Lire - - Littératurefrançaise - Anne LU­THAUD Ca­lyp­so par 160 p., Bu­chetC­has­tel, 13

On connaît l’his­toire d’Ulysse, mais per­sonne ne sait ce qu’il ad­vint de la belle Ca­lyp­so, une fois son amant re­par­ti vers Ithaque. Dans ce court ro­man ex­pé­ri­men­tal et lou­foque, Anne Lu­thaud ima­gine le de­ve­nir de la cé­lèbre nymphe, et la fait voya­ger dans le temps et l’es­pace. En­fin dé­bar­ras­sée d’un amour de­ve­nu en­com­brant, Ca­lyp­so plie ba­gage et part ex­plo­rer le conti­nent. À des an­nées-lu­mière de là, dans un monde qui semble plus proche du nôtre, un jeune homme passe ses jour­nées en­fer­mé chez lui à ob­ser­ver la pla­nète sur des écrans : tra­quant des hommes et des femmes par ca­mé­ras in­ter­po­sées, il zoome, dé­zoome et les es­pionne. Un jour, les per­son­nages qu’il suit à la trace com­mencent à sur­gir dans le pé­riple pa­ral­lèle de Ca­lyp­so. Et in­ver­se­ment ! Par une sé­rie de jeux de mi­roirs, Anne Lu­thaud met en scène un monde dans le­quel les rap­ports entre réel et image du réel se brouillent et s’in­versent. Certes, on se perd par­fois dans le zig­zag alam­bi­qué de ce la­by­rinthe nar­ra­tif. Mais le re­gistre est en­le­vé et les des­crip­tions font mouche : « Dans la fa­brique, on na­vigue d’une chose à l’autre avec tran­quilli­té, rien ne dé­range. On croise ceux que l’on connaît dé­jà, pas de dan­ger ap­pa­rent. On est main­te­nu, pris en charge par la fa­brique et sa ca­dence. Il y a un confort à être dans la ré­pé­ti­tion, la re­pro­duc­tion. Rien ne peut ad­ve­nir qu’on ne sache dé­jà. On se re­trouve iden­tique ma­tin et soir. Les jours se dé­ploient de fa­çon étale et constante […]. On ne se rend pas compte qu’on se ré­duit peu à peu. » In­tri­gant. Es­telle Le­nar­to­wicz

Anne Lu­thaud

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