Ma­cho men

Un ré­cit éton­nant sur le culte du corps mas­cu­lin hy­per­tro­phié.

Lire - - Littératureétrangère - William GI­RAL­DI Le Corps du hé­ros (The He­ro’s Bo­dy : A Me­moir) tra­duit de l’an­glais (États-Unis) par Vincent Ray­naud, 320 p., Globe, 22

Les corps de deux hommes se font face : le père et le fils. Amé­ri­cains d’as­cen­dance ita­lienne, ce sont deux durs à cuire qui n’ont ja­mais vrai­ment su se par­ler. Deux gaillards éle­vés dans un mi­lieu où les hommes ne pleurent pas et où l’hon­neur se me­sure en coups de poing dans la fi­gure. Bien­ve­nue à Man­ville, la bien nom­mée ville ou­vrière du New Jer­sey où a gran­di William Gi­ral­di, de­ve­nu cri­tique lit­té­raire. Ado­les­cent, le gar­çon se­crè­te­ment amou­reux des livres se prend aus­si de pas­sion pour le cultu­risme. Jus­qu’au dé­but de l’âge adulte, il prend des sté­roïdes, sou­lève des hal­tères et, entre un James Joyce et un Ray­mond Car­ver, s’ap­plique à faire jaillir, ban­der et gon­fler le moindre des muscles de son dos, de ses jambes, de sa poi­trine. Pour­quoi ce pas­sage par l’art in­com­pris du bo­dy-buil­ding ? Ra­con­tant les croyances et les rites de cette fas­ci­nante sous­cul­ture, Le Corps du hé­ros nous fait en­trer dans cette église de chair et d’acier qu’est la salle de sport, tout en ana­ly­sant l’édu­ca­tion re­çue. Culte de la vi­ri­li­té, es­thé­ti­sa­tion à ou­trance, mas­cu­li­ni­té, ma­chisme pri­maire ser­vant souvent à re­fou­ler l’ab­sence d’échap­pa­toire psy­chique et so­ciale. Et sur­tout, rôle es­sen­tiel de la fi­gure du père, grosse brute et mo­tard sen­sible quit­té par sa femme et éle­vant seul ses en­fants. Dé­cla­rant son amour à cet homme bru­ta­le­ment tué dans un ac­ci­dent de mo­to, William Gi­ral­di livre un ré­cit unique, émou­vant. Et mus­clé. E.L.

William Gi­ral­di,

HHHII

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.