Et des dieux

Une im­pres­sion­nante trans­po­si­tion de la my­tho­lo­gie de Gil­ga­mesh par le grand bé­déaste al­le­mand, à l’es­thé­tique très ra­di­cale.

Lire - - Bd - Gil­ga­mesh (Gil­ga­mesch) tra­duit de l’al­le­mand par Sté­pha­nie Lux, 144 p., Actes Sud/L’An 2, 23

en­contre entre un texte ex­cep­tion­nel et un au­teur aty­pique ! L’un des signes de la res­pec­ta­bi­li­sa­tion du « 9e art » ré­side cer­tai­ne­ment dans la mul­ti­pli­ca­tion des adap­ta­tions en bande des­si­née (dé­jà trois) de ce qui s’est peu à peu ré­vé­lé comme la plus vieille épo­pée hu­maine. Celle-ci nous est par­ve­nue sous la forme de douze grandes ta­blettes d’ar­gile, cou­vertes de signes cu­néi­formes. On a d’abord re­te­nu de Gil­ga­mesh qu’il s’agis­sait du pre­mier texte où l’on par­lait du Dé­luge, bien avant ce­lui de la Bible. Puis on a com­men­cé à ap­pré­cier l’oeuvre pour elle-même, comme un éton­nant poème, d’un ly­risme somp­tueux, dans le­quel l’ami de Gil­ga­mesh, En­ki­du, est ap­pe­lé « mu­let im­pé­tueux, onagre des mon­tagnes, pan­thère de la steppe » . Et où la condi­tion hu­maine se ré­sume en quelques mots : « Lorsque les dieux ont créé les hommes, ils leur ont as­si­gné la mort ; la vie, ils l’ont gar­dée pour eux. »

Il y a une quin­zaine d’an­nées, Bon­ne­val et Du­cha­zeau réus­sis­saient un pe­tit bi­jou de fi­nesse et d’exo­tisme. Le pas­sage entre les mains de Jens Har­der, bé­déaste al­le­mand de tem­pé­ra­ment ra­di­cal, pro­met­tait un trai­te­ment plus sys­té­ma­tique et plus éru­dit, qui passe ou qui casse. Har­der est en ef­fet cet au­teur in­croyable qui a en­tre­pris d’édi­fier, seul, une sorte d’en­cy­clo­pé­die his­to­rique de la pla­nète, des ori­gines aux mondes fu­turs. Ici, il in­ter­rompt ce tra­vail de ti­tan pour s’at­ta­quer à l’épo­pée ori­gi­nelle. Son sé­rieux ha­bi­tuel se me­sure à cette ma­nière bien à lui de par­ta­ger son al­bum non pas en « cha­pitres » mais en « ta­blettes », ou au dos­sier di­dac­tique qui com­plète l’oeuvre pro­pre­ment dite. Mais le plus convain­cant ré­side dans le trai­te­ment gra­phique, tout en mo­no­chrome ocreux, dans les fi­gures ins­pi­rées de l’ico­no­gra­phie as­sy­rienne – et non su­mé­rienne. Dé­pay­se­ment ga­ran­ti, trouble as­su­ré. La sé­quence du Dé­luge, sou­te­nue par ce texte ébou­rif­fant vieux de trois mille ans, est un mor­ceau d’an­tho­lo­gie. Pas­cal Ory

Jens Har­der,

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.