Le pa­vé de Pl enel

L'Obs - - Politique - F. B.

Et vlan! Dans ce texte qui a gar­dé toute son ac­tua­li­té, Cambadélis parle au pas­sé. Ce pas­sé qui pré­ci­sé­ment ne passe pas, chez Ple­nel et tant d’autres de sa fa­mille. Les ex-li­guards de chez Kri­vine et les Mao de tout poil ont été ab­sous de leurs dé­lires d’an­tan. Il est vrai qu’en en­va­his­sant le monde de la presse et de la pub, ils ont ac­quis le privilège de ra­con­ter eux­mêmes leur his­toire. Celle d’une gé­né­ra­tion qui est al­lée au peuple comme d’autres vont à la cam­pagne. Les lam­ber­tistes, re­pliés sur leurs bou­tiques et autres dé­pen­dances – FO, le Grand Orient, l’Unef…– n’ont pas su im­po­ser leur grille de lec­ture. Lors­qu’en 2012, le nou­veau pre­mier se­cré­taire du PS était dé­jà mon­té à l’as­saut du par­ti, beau­coup l’avaient aver­ti que son pas­sé, en re­mon­tant à la sur­face, le lais­se­rait ex­sangue. Au­jourd’hui que la mode est aux pro­fes­sion­nels et que l’équipe Valls a ré­cu­pé­ré les der­niers hé­ros de cette gé­né­ra­tion per­due, le suc­ces­seur de Dé­sir dit dor­mir sur ses deux oreilles. Même quand Ple­nel sonne le toc­sin, sur France-Culture à 7h10 du ma­tin. (1) « Les Rouges », par Pas­cale Fau­trier, Seuil, 560 pages. — C’est Edwy Ple­nel qui, le pre­mier, a lan­cé le pa­vé. 550pages et un titre qui claque comme une ban­nière au grand vent de la ré­vo­lu­tion: « les Rouges » (1), tout sim­ple­ment! Dans sa chro­nique heb­do­ma­daire de France-Culture, ce 16avril, le pa­tron de Me­dia­part rend un ser­vice et règle un compte à la fois. L’au­teur du ro­man, Pas­cale Fau­trier, tient un blog sur son site. Un des hé­ros de cette sa­ga qui couvre deux siècles du com­bat ré­vo­lu­tion­naire en France s’appelle « JC ». Il est lam­ber­tiste et, pour Ple­nel – qui ou­blie au pas­sage de rap­pe­ler qu’il fut un des ac­teurs de l’aven­ture trots­kiste– ces deux lettres dé­si­gnent, à l’évi­dence, le nou­veau pre­mier se­cré­taire du PS: Jean-Ch­ris­tophe Cambadélis. Les ini­tiés, ceux qui, sur la place de Pa­ris, ont par­ti­ci­pé aux aven­tures de cette gé­né­ra­tion d’ex­trême gauche, n’avaient pas be­soin de Ple­nel pour en­le­ver ce faux nez. Plus que l’ou­ting, c’est l’ar­gu­men­taire uti­li­sé qui dit la per­sis­tance de haines re­cuites dans un mi­lieu qui n’ou­blie ja­mais rien. D’un cô­té les purs, de l’autre les cor­rom­pus, dans tous les sens du terme. Quand le roi des « lam­ber­tos » – Cambadélis– prend du ga­lon, l’hé­ri­tier des « pa­blistes » – Ple­nel– re­tient un haut-le-coeur. « Cam­ba », pour lui, est un mar­queur qui dit à lui seul la dé­gé­né­res­cence d’une cer­taine gauche en­va­hie par l’es­prit de secte et l’op­por­tu­nisme tac­ti­cien. Vieille his­toire… Dans une interview à « l’Obs », en juin 2000, Cambadélis l’avait re­lue à sa fa­çon: « La gé­né­ra­tion mo­rale a un com­bat: l’an­ti­ra­cisme et une ob­ses­sion: la trans­pa­rence. Elle stig­ma­tise ma gé­né­ra­tion sur la ques­tion des moyens. Pour nous, le but était tout. Seule comp­tait la conquête du pou­voir. D’où notre mit­ter­ran­disme la­tent. Mais cette cri­tique po­si­tive et jus­ti­fiée com­por­tait un re­vers que j’es­time aus­si dom­ma­geable que nos tra­vers et qui est le re­fus de la po­li­tique per­çue ins­tinc­ti­ve­ment comme l’uni­vers des ma­noeuvres, du com­pro­mis et des com­pro­mis­sions. La gé­né­ra­tion mo­rale n’a pas le sens de l’His­toire. »

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