Chats let­trés

L'Obs - - Palmarès Livres - Vé­ro­nique Cassarin-Grand

Mon chat zen, par Lu­do­vi­ca Scar­pa, tra­duit de l’ita­lien par Caroline Rop­tin, illus­tré par Jo­sé Reis de Matos, Au­tre­ment, 128 p., 10 eu­ros. L’An­née du chat par Karine Mier­mont, Seuil, 132 p., 15 eu­ros. Les Chats de Louise-Mi­chel par Ch­ris­tian Wacrenier, Joëlle Los­feld, 200 p., 16,90 eu­ros.

Les ai­lu­ro­philes sont lé­gion par­mi les écri­vains. Mon­taigne vé­cut de riches heures en com­pa­gnie de Ma­dame Va­ni­ty, Cha­teau­briand hé­ri­ta du pape Léon XII le di­vin Mi­cet­to, Pierre Lo­ti ado­ra sa Mou­moutte blanche et Cé­line voua un culte à Bé­bert. Et voi­ci trois nou­velles ex­pres­sions de ce com­pa­gnon­nage sé­cu­laire et fé­cond. Rap­pe­lons que nul n’est ja­mais le maître de ce fé­lin hié­ra­tique. Il ne se plie à au­cune règle qu’il n’ait lui-même éta­blie. L’hu­main qui se re­fuse à ad­mettre ce prin­cipe s’ex­pose aux pires dé­con­ve­nues. En re­vanche, pour ce­lui qui le laisse al­ler et ve­nir à sa guise, la porte d’un pa­ra­dis s’en­trouvre. La phi­lo­sophe Lu­do­vi­ca Scar­pa en a fait l’ex­pé­rience avec Zor­ro, un beau chat ti­gré, qui lui a don­né des « le­çons de sé­ré­ni­té » : « Grâce à Zor­ro, j’ai ap­pris à quel point notre lo­gor­rhée per­ma­nente est va­ni­teuse. Ap­prendre de Zor­ro si­gni­fie ap­prendre à se taire. Nous te­nir com­pa­gnie en si­lence. » Une com­pa­gnie dont la perte peut être aus­si éprou­vante que celle d’un proche, c’est ce que Karine Mier­mont re­late dans le Jour­nal qu’elle a te­nu pen­dant l’an­née où la ma­la­die a em­por­té Niña: « Cons­cien­cede la­mort, cel­le­du­chat, cel­lede ceux que j’aime, la­mienne, in­sup­por­table. » Chat mi­roir de la conscience qui doute et déses­père de la condition hu­maine comme le fait le nar­ra­teur mi­san­thrope du Clue­do mont­mar­trois de Ch­ris­tian Wacrenier où les membres de l’as­so­cia­tion du Chat Sans Abri se soup­çonnent de la mort pas tout à fait for­tuite de cer­tains d’entre eux. On le lais­se­ra conclure. « Je­ne­peux­vi­vre­qu’avecdes chats­parce que les chats vous foutent lapaix. Ilsne vous font pas de chan­tage. Ils se dé­brouillent seuls. Ils res­tent beaux jus­qu’à la mort. » Pauvres non-chats que nous sommes…

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