Con­cer­to pour Game Boy

Ex­hu­mer sa vieille con­sole de jeux vi­déo pour com­po­ser de la mu­sique élec­tro, c’est ten­dance. “Let it bleep”

L'Obs - - Arts-spectacles - Fa­brice Pliskin

Lyon­nais de 33 ans. En­fant, j’ai gran­di avec la Game Boy, bien avant d’avoir un ra­dio­cas­sette ou un lec­teur CD. En jouant à “Me­ga­man II” ou “Sha­dow of the Beast”, je bai­gnais dans les sons bruts de cette mu­sique de puces. J’ado­rais l’in­tro de “Cap­tain Blood”, ins­pi­rée de JeanMi­chel Jarre. C’était mes Beatles à moi, mes stan­dards » La Game Boy de Nin­ten­do est née en 1989. Elle n’est plus fa­bri­quée de­puis 2003. Comme les sons de la con­sole NES ou de l’or­di­na­teur Com­mo­dore 64, les siens ont pris la sa­veur d’une ma­de­leine ou d’un Ca­ram­bar. Mis­tral ga­gnant ? Avec ses li­mi­ta­tions tech­no­lo­giques qui exer­ce­raient à la fois une contrainte fé­conde et un charme de bon­bon gé­li­fié, la Game Boy mu­sic se­rait-elle l’arte po­ve­ra de la mu­sique élec­tro ? Faut-il par­ler d’un choc de sty­li­sa­tion, d’une es­thé­tique de l’ob­so­les­cence, ou d’une ma­la­die de la ré­gres­sion ? Sur le Net, un documentaire, « Eu­rope in 8 Bits », re­trace l’épo­pée du genre, né au Ja­pon dans les an­nées 2000, tan­dis que le film « la Grande Aven­ture Le­go » et le clip de la chan­teuse an­glaise Li­ly Al­len (« L8 CMMR »), ins­pi­ré no­tam­ment du jeu « Space In­va­ders », cé­lèbrent la fruste et naïve beau­té vi­suelle des pro­ces­seurs 8-bits. « Ce n’est pas de la nos­tal­gie, ex­plique 2080. Des gens de ma gé­né­ra­tion ac­cèdent au­jourd’hui à des postes dé­ci­sion­naires. Ils n’ont plus peur des jeux vir­tuels, con­trai­re­ment aux dé­ci­deurs qui les pré­cé­daient. » A 35 ans, Tho­mas Four­ny pra­tique la chip­tune au sein du trio We Are En­fant Ter­rible, avec le logiciel Lit­tle Sound DJ. Ce Lil­lois ne se lasse pas des so­no­ri­tés « écor­chées vives » qu’il a té­tées entre 8 et 15 ans, en jouant à « Ma­rio Bros » et « Me­troid ». « Avec ces so­no­ri­tés crades qui hé­rissent le poil, la “chip­tune” a un cô­té punk » , dit-il, même si, en ce mo­ment, il écoute « plu­tôt Bras­sens ». Au Stun­fest, on en­ten­dra aus­si l’en­semble Se­ga, un or­chestre sym­pho­nique is­su du Con­ser­va­toire na­tio­nal de Pa­ris, in­ter­pré­ter les thèmes des bons vieux jeux vi­déo d’an­tan.

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