Sou­dan du Sud : guerre eth­nique

L'Obs - - Monde - Par Re­né Ba­ck­mann R. B.

Quatre ans après sa nais­sance, la Ré­pu­blique du Sou­dan du Sud est dé­chi­rée par un conflit in­terne qui a dé­jà fait, en cinq mois, plus de 10000morts et pro­vo­qué le dé­pla­ce­ment de 1,2mil­lion de per­sonnes. Cruel hé­ri­tage. Car ce jeune pays est is­su d’une autre guerre ci­vile. Celle qui a op­po­sé pen­dant plus de trente-cinq ans le ré­gime de Khar­toum, mu­sul­man, à la ré­bel­lion su­diste, chré­tienne et ani­miste, au prix de 2,5 mil­lions de morts. Après la si­gna­ture d’un ac­cord de paix en 2005, le Sou­dan du Sud est de­ve­nu en juillet 2011 le 193eE­tat de l’ONU, fort de quelques atouts spec­ta­cu­laires qui ne ca­chaient pas ses mul­tiples et re­dou­tables han­di­caps. Car les gi­se­ments de pétrole qui four­nissent au jeune Etat 98% de ses re­cettes, le sou­tien ap­puyé des Etats-Unis et la sym­pa­thie de quelques stars de Hol­ly­wood ne com­pensent pas ses vul­né­ra­bi­li­tés : manque de cadres et d’in­fra­struc­tures, ri­va­li­tés po­li­tiques entre les di­ri­geants, in­ter­fé­rences des pays voi­sins et, sur­tout, ran­cune his­to­rique entre les deux prin­ci­paux groupes eth­niques – les Din­ka et les Nuer – dans un pays qui en compte plus de soixante. Et dont les 11mil­lions d’ha­bi­tants s’ex­priment en 80 idiomes. C’est une que­relle po­li­tique entre le pré­sident, Sal­va Kiir, et son vice-pré­sident, Riek Ma­char, ac­cu­sé de convoiter la pré­si­dence, qui a pro­vo­qué, le 15dé­cembre 2013, l’im­plo­sion du par­ti et de l’ar­mée hé­ri­tés de la guerre d’in­dé­pen­dance. Mais c’est se­lon les lignes de sé­pa­ra­tion eth­niques que le jeune Etat s’est dis­lo­qué. Car Kiir ap­par­tient à l’eth­nie din­ka et Ma­char à l’eth­nie nuer. A un mas­sacre de ci­vils nuer, dans la ca­pi­tale Juba, par des mi­li­taires din­ka par­ti­sans de Kiir, ont ré­pon­du des re­pré­sailles de mi­li­ciens nuer contre des Din­ka. Et la spi­rale des tue­ries, viols et autres vio­lences sexuelles à l’en­contre des ci­vils est de­ve­nue in­con­trô­lable, « dé­vas­ta­trice », se­lon un rap­port de l’ONU pu­blié jeu­di der­nier, qui dé­nonce les vio­lences eth­niques et sou­ligne le risque de crimes contre l’hu­ma­ni­té. « Nous sommes dans un­con­tex­teoù­po­li­ti­quee­teth­ni­ci­té­son­tab­so­lu­ment in­sé­pa­rables », es­time un ex­pert. Comment mettre un terme à ce conflit, qui, se­lon l’ONU, ex­pose le pays à un « risque éle­vé de fa­mine » et me­nace de dé­sta­bi­li­ser l’est de l’Afrique ? Pour l’ins­tant, les 8 700 casques bleus de l’ONU se sont mon­trés im­puis­sants. Sous la pres­sion de Wa­shing­ton, une né­go­cia­tion a per­mis ven­dre­di der­nier la si­gna­ture d’un ac­cord de ces­sez-le-feu. Vio­lé sur le champ, comme le pré­cé­dent. Au Sou­dan du Sud, l’ins­tau­ra­tion d’une paix vé­ri­table re­quiert vi­si­ble­ment des bel­li­gé­rants, des Na­tions unies et des autres ac­teurs une vo­lon­té et des moyens qui, jusque-là, ont fait dé­faut.

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