“DÉ­VA­LUER SE­RAIT UN JEU DE DUPES”

L'Obs - - Économie - ALEXANDRE SAUBOT CHEF D’EN­TRE­PRISE*

— 60% de nos ventes sont fac­tu­rées en eu­ros. Ce­la re­couvre non seule­ment la zone eu­ro, mais aus­si la Tur­quie, la Rus­sie et l’es­sen­tiel de l’Eu­rope de l’Ests. A 70%, nos coûts de pro­duc­tion (siège, sa­laires, four­nis­seurs…) sont aus­si en eu­ros. Pour l’es­sen­tiel de notre ac­ti­vi­té, nous n’avons donc pas à nous pré­oc­cu­per de la fluc­tua­tion des mon­naies. Hors zone eu­ro, nous ven­dons en dol­lars alors que nos coûts de fa­bri­ca­tion et de com­mer­cia­li­sa­tion en Asie comme en Amé­rique la­tine sont dans des de­vises lo­cales. Nous sommes en per­ma­nence en risque de change. Certes, avoir un eu­ro moins fort nous ai­de­rait face à nos concur­rents amé­ri­cains. Le bon ni­veau de pa­ri­té, à mon avis, le ni­veau d’équi­libre, se­rait de 1,15 à 1,20 dol­lar pour un eu­ro contre 1,39 ac­tuel­le­ment. Mais est-ce si grave ? Même si l’eu­ro bais­sait de 10%, nous n’au­rions pas le bé­né­fice to­tal de ces 10%, car le coût de l’éner­gie, des ma­tières pre­mières ou pro­duits im­por­tés aug­men­te­rait. Quant à sor­tir de l’eu­ro pour ac­cé­lé­rer la dé­va­lua­tion, ce­la ne nous ai­de­rait en au­cun cas ! Certes le franc bais­se­rait face au mark, mais la lire et la pe­se­ta bais­se­raient sans doute en­core plus, ce qui fe­rait de nos voi­sins de plus fa­rouches concur­rents. D’au­tant que, comme la base in­dus­trielle fran­çaise s’est af­fai­blie, au­jourd’hui les deux tiers des pièces né­ces­saires pour pro­duire une ma­chine sont ache­tées hors de France. Or si le franc bais­sait, nous les paie­rions plus cher. Dé­va­luer se­rait donc un jeu de dupes, y com­pris pour les sa­la­riés et consom­ma­teurs qui su­bi­raient plus d’in­fla­tion. (*) Di­rec­teur gé­né­ral du groupe Haulotte, un des trois lea­ders mon­diaux des na­celles élé­va­trices.

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