Da­niel Co­hen “Cor­ri­ger un dé­faut de construc­tion”

L'Obs - - Économie -

J’ai ap­pré­cié la bonne te­nue du dé­bat et consta­té avec plai­sir qu’il n’y a ni eu­ro-béa­ti­tude de la part des par­ti­sans de l’eu­ro, conscients de ses ex­cès, ni dia­bo­li­sa­tion de la part de ses ad­ver­saires qui me­surent la dif­fi­cul­té de le quit­ter bru­ta­le­ment. Cha­cun voit bien que l’eu­ro et la zone eu­ro sont en crise et qu’à l’in­ter­sec­tion des deux fi­gurent les dé­fauts ori­gi­nels de sa construc­tion: Banque cen­trale pri­vée du droit d’in­ter­ve­nir sur le mar­ché de la dette, manque de mé­ca­nisme de so­li­da­ri­té fi­nan­cière, ab­sence, jus­qu’à l’union ban­caire, de fi­let de sé­cu­ri­té pour les banques en dif­fi­cul­té… Cer­tains dé­fauts ont été iden­ti­fiés. Puis pro­gres­si­ve­ment cor­ri­gés. Sans qu’on ait en­core trou­vé, après toutes ces crises, les bons mé­ca­nismes d’ajus­te­ment, tech­niques et po­li­tiques. S’il faut tant de temps pour trou­ver la so­lu­tion, c’est sans doute que le pro­ces­sus de dé­ci­sion n’est pas bon. En 2008, quand la banque Leh­man Bro­thers a fait faillite, il n’a fal­lu que dix jours au gou­ver­ne­ment fé­dé­ral amé­ri­cain pour faire vo­ter un pa­quet de 700mil­liards de dol­lars. En Eu­rope, il a fal­lu deux ans pour faire la même chose. Au­jourd’hui, la crise de l’eu­ro ré­vèle son vrai visage, ce­lui d’une crise mul­tiple – « triple », disent les éco­no­mistes – qui touche à la fois les fi­nances pu­bliques, les banques et la com­pé­ti­ti­vi­té. Elle nous ren­voie à une ques­tion fon­da­men­tale: comment avons-nous pu lais­ser s’ac­cu­mu­ler tous ces dés­équi­libres à la fois? Sans doute faut-il y voir un dé­faut de gou­ver­nance, un manque de vo­lon­té…

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