Alice Rohr­wa­cher : le re­nou­veau du ci­né­ma ita­lien

Cette réa­li­sa­trice de 32 ans in­carne le re­nou­veau d’un ci­né­ma ita­lien qui se veut ré­so­lu­ment eu­ro­péen. Ren­contre

L'Obs - - Sommaire - Mar celle PA­DO­VA­Ni (COR­RES­PON­DANTE EN ITA­LIE)

Le Me­ra­vi­glie, par Alice Rohr­wa­cher, en com­pé­ti­tion à Cannes.

Au com­men­ce­ment, il y a les abeilles. Bu­ti­neuses, miel­leuses, af­fai­rées, et vi­tales, comme il se doit. Puis les arbres, le travail aux champs, la fa­mille : un mé­lange ap­pa­rem­ment sur­an­né, mais où la mo­der­ni­té dé­boule sous les traits d’un jeu té­lé­vi­sé, qui met­tra sens des­sus des­sous les va­leurs fa­mi­liales. Nous sommes dans l’Ita­lie d’au­jourd’hui. Oui, on n’a pas fi­ni de ra­con­ter tout ce que le pe­tit écran a pu cham­bou­ler dans la pé­nin­sule. « Le Me­ra­vi­glie », « les Mer­veilles », est l’oeuvre d’Alice Rohr­wa­cher, 32 ans, qui en est à son deuxième es­sai der­rière la ca­mé­ra. Ni néo­réa­liste ni dans la com­me­dia all’ita­lia­na, elle fait par­tie de ces met­teurs en scène qui s’em­ploient à ré­in­ven­ter à in­ter­valles ré­gu­liers un nou­veau ci­né­ma. Mo­dèle : Pao­lo Sor­ren­ti­no. Et son film mé­rite dou­ble­ment le qua­li­fi­ca­tif d’eu­ro­péen. D’abord parce que « les ac­teurs y parlent en fran­çais et en al­le­mand, en plus de l’ita­lien » , comme elle le re­ven­dique, mais aus­si parce que la pro­duc­tion, la mai­son Tem­pes­ta, est née ex­pli­ci­te­ment pour « faire du ci­né­ma eu­ro­péen » .

« Nous étions en 2009, le ca­pi­ta­lisme était mo­ri­bond, le ci­né­ma aus­si. J’avais 10 000 eu­ros à ma dis­po­si­tion. J’ai pen­sé : c’est le bon mo­ment pour créer une mai­son de pro­duc­tion dont le nom s’ins­pire de Sha­kes­peare, Tem­pes­ta » , ré­sume, iro­nique, Car­lo Cres­to-Di­na. A 51 ans, ce pro­duc­teur a dé­jà quelques beaux ré­sul­tats à son ac­tif. Sa chance ? Avoir été adop­té par ce « bien­fai­teur de l’hu­ma­ni­té ci­né­ma­to­gra­phique » qu’est la Ci­né­ma­thèque de Bo­logne, bien connue des spé­cia­listes, qui a lan­cé il y a une di­zaine d’an­nées un chan­tier de res­tau­ra­tion pour re­mettre à neuf une sé­rie de chefs-d’oeuvre (de Cha­plin et une par­tie des ar­chives des frères Lu­mière). « Le Me­ra­vi­glie », qu’elle a fi­nan­cé, a coû­té 2 700 000 eu­ros, deux ans de travail et des ki­lo­mètres de bouts d’es­sai. Ce film « d’au­teur » , « de scé­na­rio » et « de pro­ces­sus » , comme dit Cres­to-Di­na, dé­marre sur le pay­sage agraire pé­nin­su­laire, qui fut si dé­ci­sif dans la pein­ture. « Ce pay­sage a été ra­con­té comme lieu du bien-être per­du ou comme lieu du mal de vivre. J’ai vou­lu l’évo­quer comme lieu de la contem­po­ra­néi­té » , ajoute Alice. Quelque chose donc qu’il ne faut « ni dé­truire ni trans­for­mer en musée » . Alice sait de quoi elle parle : si sa mère est ita­lienne, son père, Rein­hard, est un api­cul­teur trans­hu­mant al­le­mand, et elle a par­cou­ru avec eux de long en large l’Ita­lie des cam­pagnes. C’est dire si elle connaît les abeilles.

Al­ba Rohr­wa­cher, soeur d’Alice, en mère de fa­mille

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