L’alz­hei­mer et moi

L'Obs - - Courrier Le Des Lecteurs -

« Ma­dame, les ré­sul­tats ne sont­pas­bons. » Mon sang se glace, la ma­la­die que je re­dou­tais le plus va de­ve­nir ma com­pagne, elle ne me lâ­che­ra plus, au­cun es­poir d’amé­lio­ra­tion, en­core moins de gué­ri­son, elle me gri­gno­te­ra le cer­veau jus­qu’à faire de moi une morte-vi­vante. Dé­jà je suis han­tée par cette fin de vie qui va pour­rir le quo­ti­dien de mes proches. J’ai une étrange sen­sa­tion de flot­te­ment dans le cer­veau, les pen­sées filent et se perdent, les mots n’ont plus de sens, la fa­tigue est chro­nique, la parole se ra­ré­fie, peur de bé­gayer, de ne pou­voir fi­nir sa phrase (l’in­ter­lo­cu­teur s’en charge), perdre le fil de sa pen­sée, noter tout mais éga­rer ou ne plus com­prendre les mes­sages. Re­ce­voir en­core mais pa­pillon­ner, al­ler et ve­nir comme un pou­let sans tête. Epui­sant ! Et cette ré­flexion idiote que j’en­tends par­fois : « L’alz­hei­mer, le ma­lade ne se rend pas compte ! » Oui, oui mais, seule­ment quand il bas­cule dans le néant. Ma grande in­quié­tude qui me ta­raude l’es­prit, « Vais-je être ca­pable de sen­tir le mo­ment d’après, où je ne se­rai plus maître de ma vie ? » En clair, pour­rai-je me sui­ci­der à temps ? Car je ne me fais pas d’illu­sion, la loi pour cette ma­la­die ne per­met­tra ja­mais l’eu­tha­na­sie… Je suis à l’aube de cette ma­la­die du diable, un jour la re­cherche abou­ti­ra. Une lueur ? Le pro­fes­seur Bau­lieu parle d’une piste cré­dible, dé­cou­verte de la pro­téine tau, qui se­rait res­pon­sable de cette ma­la­die. Qu’en pense votre ru­brique san­té ? J’ai mis long­temps à ré­di­ger cor­rec­te­ment, en­fin es­sayer, ce té­moi­gnage vi­vant. Pu­bliez-le ? Mais si­gnez de mes ini­tiales. Mer­ci in­fi­ni­ment. Mme J.D.C.

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