L’air du “pas chez nous”

Dans cette pe­tite com­mune de l’Aisne, le sen­ti­ment d’aban­don laisse le champ libre au nou­veau maire FN

L'Obs - - Politique - Par Na­tha­lie Fu­nès

De­puis com­bien de temps la pai­sible rue du Gé­né­ral-Man­gin n’avai­telle pas connu pa­reille af­fluence? Vingt, trente, cin­quante ans? Ce jour-là, le 10 mai, ils étaient des cen­taines à s’être ras­sem­blés dans cette ar­tère tran­quille du coeur de Villers-Cot­te­rêts. Là, de­vant l’an­cien hô­tel de l’Epée où est mort le gé­né­ral Du­mas, dra­gon de la reine, fils d’une es­clave afri­caine et père de l’au­teur des « Trois Mous­que­taires », sous une pluie bat­tante, se dres­sait une fo­rêt de pa­ra­pluies noirs et de dra­peaux rouges. De­puis sept ans, l’en­droit ac­cueille la Jour­née com­mé­mo­ra­tive de l’Abo­li­tion de l’Es­cla­vage. Mais, cette an­née, le nou­veau maire, le fron­tiste Franck Brif­faut, a re­fu­sé d’or­ga­ni­ser la cé­ré­mo­nie. Et pour­quoi donc? Parce que l’édile d’ex­trême-droite n’en­tend pas cé­der à ce qu’il appelle la « culpa­bi­li­sa­tion­per­ma­nente ».

As­so­cia­tions, par­tis de gauche et syn­di­cats se sont donc pas­sés des ser­vices mu­ni­ci­paux pour cé­lé­brer la fin du Code noir. Sur la tribune de for­tune, une caisse de bois re­tour­née, leurs res­pon­sables se sont re­layés pour fus­ti­ger tour à tour le Front na­tio­nal. Et puis, vers mi­di, la pro­prié­taire de la bou­tique où la so­no avait été ins­tal­lée a fi­ni par s’aga­cer des dis­cours de SUD et de la CGT. Parce que tout lasse, même l’in­di­gna­tion, parce que tout passe, même le FN et son étonnant re­fus de com­mé­mo­rer l’abo­li­tion de l’es­cla­vage, elle a ré­cla­mé la fin de la par­tie. Une voi­sine: « D’ha­bi­tude, ça n’in­té­resse pas grand monde, il n’y a qu’une di­zaine de per­sonnes. Ce jour-là, ils ont dé­bar­qué de Pa­ris. Il y avait même un mi­nistre, pa­raît-il [George Pau-Lan­ge­vin, la mi­nistre des Outre-Mer, NDLR]. Comme s’iln’avait­pas­mieuxà­faire en ce­mo­ment! » La gé­rante d’une agence im­mo­bi­lière: « Et pour­quoi pas une com­mé­mo­ra­tion­pour la­finde la­dîme, pen­dant qu’ony est? Le gé­né­ralDu­mas n’est qu’un pré­texte. Tout ça, c’est de la ré­cu­pé­ra­tion­po­li­tique! »

Bien­ve­nue à Villers-Cot­te­rêts, sa fo­rêt do­ma­niale peu­plée de cerfs, son châ­teau Re­nais­sance bâ­ti par Fran­çois Ier, ses an­ciens re­lais de poste pour les di­li­gences qui fai­saient la route Pa­risReims… et dé­sor­mais sa mai­rie FN. Comme un sym­bole du ma­laise de ce bourg de l’Aisne, qui se vit sur le dé­clin.

Franck Brif­faut, l’édile fron­tiste de VillersCot­te­rêts

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