Fal­lait-il sauver le sol­dat Berg­dahl ?

Hé­ros d’une sale guerre pour les uns, traître et dé­ser­teur pour les autres… Sa li­bé­ra­tion contre celle de cinq ta­li­bans dé­te­nus à Guantá­na­mo dé­chaîne les pas­sions

L'Obs - - Sommaire - De notre cor­res­pon­dant Phi­lippe Bou­let-Ger­court

Hé­ros d’une sale guerre pour les uns, traître et dé­ser­teur pour les autres… Re­tour sur une his­toire qui pro­jette un jour étrange sur l’Amé­rique d’au­jourd’hui

Un type me­nace de faire ir­rup­tion dans la mai­rie avec un gi­let bour­ré d’ex­plo­sifs. Un autre har­cèle une mère de fa­mille au té­lé­phone, l’obli­geant à mettre ses jeunes en­fants à l’abri chez son père. Un troi­sième in­forme les as­pi­rants ton­tons flin­gueurs, sur un site bien ré­ac, que « Ro­bert Berg­dahl, sym­pa­thi­sant avec l’en­ne­mi et traître amé­ri­cain, ré­side au 555 Croy Creek

Road, Blaine, Ida­ho ». Trois ban­de­roles sa­luant la li­bé­ra­tion du sol­dat sont ar­ra­chées. Trois me­naces font l’ob­jet d’une en­quête du FBI. « Une ville en état de siège », ré­sume Lar­ry Schoen, le pré­sident du com­té…

Fal­lait-il sauver le sol­dat Berg­dahl ? C’est la ques­tion qui pas­sionne l’Amé­rique de­puis un mois, de­puis ce 31mai qui a vu l’échange du pri­son­nier contre cinq ta­li­bans dé­te­nus à Guantá­na­mo. Faut-il en­core sauver le sol­dat Bowe Berg­dahl? La ques­tion se pose à Hai­ley, un pe­tit pa­ra­dis de 8000ha­bi­tants voi­sin de Sun Val­ley, la « Val­lée du So­leil ». D’un cô­té, ceux qui conseillent de ne rien dire et de faire le dos rond. Comme le maire, un avo­cat à la car­rure de bû­che­ron. De l’autre, ceux qui ne sup­portent plus de voir le nom des Berg­dahl traî­né dans la boue – le fils, ac­cu­sé d’avoir dé­ser­té, mais aus­si les pa­rents, taxés de toutes les bi­zar­re­ries et col­la­bo­ra­tions avec les ta­li­bans. Ceux-là parlent, et ils par­le­ront jus­qu’à ce que le jeune sol­dat re­trouve sa fa­mille dans la paix de leur mai­son ni­chée au creux d’une val­lée en­tou­rée de mon­tagnes pe­lées.

Cette his­toire in­croyable sus­cite dé­jà deux pro­jets de films, dont l’un por­té par Ka­thryn Bi­ge­low (« Dé­mi­neurs », « Ze­ro Dark Thir­ty »). Pour ten­ter de la com­prendre, il faut re­mon­ter un quart de siècle en ar­rière et ima­gi­ner l’ar­ri­vée à Hai­ley de Ro­bert et Ja­ni Berg­dahl, deux jeunes ma­riés tout droit dé­bar­qués de Ca­li­for­nie. « Bob » a gran­di à Los An­geles, dans une fa­mille rea­ga­nienne. C’est un sur­feur et un cy­cliste de haut ni­veau, qui ne par­donne pas à Jim­my Car­ter d’avoir boy­cot­té les JO de 1980. Pour­quoi choi­sit-il de quit­ter la Ca­li­for­nie, après avoir aban­don­né ses études à l’uni­ver­si­té de San­ta Bar­ba­ra? Et pour­quoi se po­ser dans cet îlot qui vote à gauche dans un Ida­ho ul­tra­con­ser­va­teur ? L’his­toire ne le dit pas.

« Bob et Ja­ni sont des gens secrets », confie Con­rad Cas­ser, voi­sin proche et ami de la fa­mille. Et per­sonne ne semble sa­voir pour­quoi ils ont choi­si de sco­la­ri­ser à do­mi­cile leurs deux en­fants (Bowe, né en 1986, et Sky, sa grande soeur), en­tou­rés de mil­liers de bou

quins. « Peut-être le fait que l’école pu­blique du coin n’est pas ter­rible », risque Ste­fa­nie O’Neill, qui a mis sur pied Bring Bowe Back, le co­mi­té de sou­tien à Bowe. On les dit cal­vi­nistes, ils sont sans au­cun doute conser­va­teurs.

« Bob est un consti­tu­tion­na­liste strict », pré­cise leur voi­sin.

Bi­zarres ? Loin s’en faut. Après avoir bossé dans la construc­tion, « Bob » est de­ve­nu chauf­feur chez UPS, la boîte qui livre les colis. Le « type d’UPS », tout le monde le connaît et l’ap­pré­cie. « Ul­tra

sym­pa », lâche Mo­ni­ca He­bert, l’agent im­mo­bi­lier du coin. « Un homme très in­té­res­sant, on peut dis­cu­ter de tout avec lui », confirme la maî­tresse de la ma­ter­nelle. « Des gens bons, sym­pa

thiques, ren­ché­rit Ste­fa­nie O’Neill. Ja­ni est une mère fa­bu­leuse, et lui brille vrai­ment par son in­tel­li­gence. » Les Berg­dahl vivent à une di­zaine de ki­lo­mètres de la ville, sur une pro­prié­té de 18 hec­tares au bord d’une route de gra­vier, mais n’al­lez pas ima­gi­ner un camp re­tran­ché… Les en­fants jouent avec ceux des voi­sins, et Bowe passe son temps per­ché sur son vé­lo ou à cou­rir les mon­tagnes, ce qui lui don­ne­ra peu­têtre l’illu­sion, des an­nées plus tard, qu’il pour­rait fa­ci­le­ment, de­puis l’Af­gha­nis­tan, re­joindre à pied le Pa­kis­tan voi­sin. Dans ce pa­ra­dis na­tu­rel qu’est Sun Val­ley, les gens lâchent très tôt la bride à leurs en­fants. Libre à eux, dès l’âge de 7ans, d’al­ler pê­cher la truite ou d’ar­pen­ter la val­lée.

Bowe est un peu à l’image de Bob : in­tense, ré­ser­vé, in­tel­li­gent. « Un­jeune net­te­ment au-des­sus du lot, note Sue Mar­tin, la pa­tronne de Za­ney’s, le ca­fé où Bowe a tra­vaillé et qui est de­ve­nu le QG of­fi­cieux de ses sup­por­ters. On avait tou­jours l’im­pres­sion qu’il ob­ser­vait, qu’il ap­pre­nait en re­gar­dant. » Bowe a 20 ans, il pré­fère le vé­lo ou les ba­lades à mo­to aux études uni­ver­si­taires fas­ti­dieuses. Il profite d’un pe­tit bou­lot d’été dans un centre de tir pour de­ve­nir un ex­cellent ti­reur, s’es­saie à l’escrime, se lie avec une prof de danse de la ville voi­sine et se fait une spé­cia­li­té de « por­ter » les bal­le­rines. « Ses co­pains le char­riaient, il leur a ré­pon­du : “Si je fais du ballet, c’est parce que c’est là que se trouvent les filles les plus jo­lies” », ra­conte Con­rad Cas­ser. Sur­tout, il rêve d’aven­ture. Il es­saie de se faire em­bau­cher dans la ma­rine mar­chande, part en France et tente sans suc­cès de re­joindre la Lé­gion étran­gère… En 2006, il s’en­gage dans le Coast Guard En 2012, Ro­bert Berg­dahl montre une pho­to de son fils, alors dé­te­nu

avant d’être re­mer­cié au bout de vingt­six jours, pour des rai­sons non spé­ci­fiées. Deux ans plus tard, quand il dé­cide de re­joindre l’ar­mée de terre, cette ex­pé­rience avor­tée chez les gardes-côtes est re­mar­quée, et il lui a fal­lu pro­ba­ble­ment une dé­ro­ga­tion. L’ar­mée est gé­né­ra­le­ment par­ci­mo­nieuse avec ces au­to­ri­sa­tions mais, en 2008, ayant de plus en plus de mal à re­cru­ter, elle les ac­cor­de­ra à une recrue

sur cinq… « Bowe est l’exemple par­fait d’une per­sonne qui n’au­rait ja­mais dû al­ler faire la guerre », confie­ra au « Wa­shing­ton Post » Kim Har­ri­son, une amie proche à qui le sol­dat a en­voyé, peu avant sa cap­ture par les ta­li­bans, son or­di­na­teur et son jour­nal in­time.

Avant même d’être pos­té en Af­gha­nis­tan, il dé­chante. Il rê­vait d’une guerre che­va­le­resque, d’une sorte de « Peace Corps avec des armes » vo­lant au se­cours des po­pu­la­tions ci­viles, il se re­trouve en com­pa­gnie de re­crues mé­diocres et de gra­dés ob­tus. « Dansles cour­riels qu’il en­voyait à ses co­pains du bar, il di­sait que la mis­sion lui sem­blait

ri­di­cule, se sou­vient Sue. Mais aus­si, qu’il es­sayait d’en ti­rer le meilleur

par­ti. » En­voyé en Af­gha­nis­tan en juin2009, il dé­chante plus en­core. Avec deux dou­zaines d’hommes, il se re­trouve dans un avant-poste per­du près du vil­lage de Ya­hya Kheyl, à 50 ki­lo­mètres à vol d’oi­seau de la fron­tière pa­kis­ta­naise. Mi­chael Has­tings, le jour­na­liste de « Rol­ling Stone » qui a pu­blié en juin 2012 un long ar­ticle sur Bowe Berg­dahl, a ra­con­té dans le dé­tail ce désen­chan­te­ment, ci­tant no­tam­ment un cour­riel adres­sé à son père trois jours avant sa dis­pa­ri­tion : « Trois ser­gents de va­leur ont été for­cés d’al­ler dans une autre com­pa­gnie, […] et l’un des pires sacs à merde est main­te­nant en charge de l’équipe […]. Le sys­tème est vi­cié. J’ai honte d’être amé­ri­cain. » Sur l’or­di­na­teur en­voyé à Kim Har­ri­son, il écrit : « Com­pa­ré à l’en­fer des vraies guerres du pas­sé, nous ne sommes que des boy-scouts. Nous nous pro­té­geons des en­fants der­rière nos ca­mions su­per-blin­dés, nos bar­be­lés et nos sacs de sable, et nous nous di­sons que nous ne sommes pasdes lâches. »

L’avant-poste n’a pas seule­ment un goût pro­non­cé de « Dé­sert des Tar­tares », par­fai­te­ment in­utile. C’est un en­droit dan­ge­reux. Lors d’une mis­sion, deux blin­dés se re­trouvent im­mo­bi­li­sés par des bombes im­pro­vi­sées, et l’uni­té de Berg­dahl reste coin­cée pen­dant quatre jours sous le feu des ta­li­bans. Dé­goû­té, le sol­dat passe une par­tie de son temps à l’écart de ses ca­ma­rades, qui le jugent un peu hau­tain. Il amé­liore son pach­to, il passe de plus en plus de temps avec les gardes af­ghans de l’avant-poste. Et, le 30 juin 2009, il dis­pa­raît.

De­puis sa li­bé­ra­tion, les mé­dias ont aus­cul­té chaque dé­tail, chaque hy­po­thèse en­tou­rant cette dis­pa­ri­tion. La seule cer­ti­tude est la sui­vante : il n’y en a au­cune. L’ar­mée de terre, qui a me­né une en­quête ap­pro­fon­die, n’a ja­mais été en me­sure d’af­fir­mer qu’il avait dé­ser­té. « En ce qui concerne les cir­cons-tances de sa cap­ture, nous ap­pren­drons les faits quand il se­ra ca­pable de nous les don­ner, a in­di­qué le gé­né­ral Demp­sey, chef d’état-ma­jor des ar­mées. Comme

n’im­porte quel Amé­ri­cain, il est in­no­cent tant que l’on n’a pas prou­vé sa culpa­bi­li­té. » Ce­la dis­qua­li­fie d’em­blée tous ceux qui af­firment (sans au­cune preuve) que des hommes ont per­du la vie en cher­chant à li­bé­rer un dé­ser­teur.

C’est ce­la, et rien d’autre, que disent ces proches et voi­sins qui se sont bat­tus pour sa li­bé­ra­tion: « Per­sonne n’ a ja­mais af­fir­mé que Bowe était un hé­ros quel’ on a cap­tu­ré, per­sonne n’a pré­ten­du qu’il avait été kid­nap­pé. Nous de­vons évi­dem­ment ap­prendre pour­quoi il a quit­té

l’avant-poste », pré­cise Ste­fa­nie O’Neill. Mais ce dis­cours rai­son­nable a ra­pi­de­ment été noyé dans l’hys­té­rie col­lec­tive et la ré­cu­pé­ra­tion po­li­tique (qui n’est pas l’apa­nage de la droite, Oba­ma ayant cher­ché à ex­ploi­ter l’évé­ne­ment pour re­do­rer sa po­pu­la­ri­té). Dans la li­bé­ra­tion de ce pri­son­nier, il y a une iro­nie : plus de 600Amé­ri­cains ou al­liés ont été faits pri­son­niers au Viet­nam, 21 du­rant De­sert Storm (1991), 8 pen­dant Ira­qi Free­dom (2003) et… seule­ment 1 en Af­gha­nis­tan, Bowe Berg­dahl. Ce de­vrait être un avan­tage, c’est tout le contraire: l’opi­nion a ou­blié que l’échange de pri­son­niers était une chose nor­male, com­mune à toutes les guerres. « Ce­la at ou­jours été contro­ver­sé, bien sûr, mais l’é change de pri­son­niers es taus­si amé­ri­cain que la tarte aux pommes oul’ hymne na­tio­nal, ex­plique Jo­na­than Zim­mer­man, pro­fes­seur d’his­toire à la New York Uni­ver­si­ty. A la fin d’ une guerre, en

par­ti­cu­lier, il y a tou­jours des échanges de pri­son­niers. Si­non, qu’al­lez-vous en

faire ? » Les tuer ? C’est ce que crai­gnait l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, qui a re­dou­blé d’ef­forts ces der­niers mois. Quant à l’ac­cu­sa­tion d’avoir échan­gé Berg­dahl

« contre des ter­ro­ristes », elle bute aus­si bien sur la sé­man­tique (les ta­li­bans ne fi­gurent pas sur la liste amé­ri­caine des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes) que sur la réa­li­té froide des échanges de pri­son­niers : pour ré­cu­pé­rer ses sol­dats, l’Amé­rique a tou­jours né­go­cié avec les bad guys, y com­pris ceux qu’elle a la­bel­li­sés « ter­ro­ristes » pen­dant les guerres d’Irak.

D’où vient, alors, cette vio­lence des ré­ac­tions ? Dans les quelques mots pro­non­cés en pach­to par Bob Berg­dahl, ou la barbe qu’il s’est lais­sé pous­ser ? Ac­cu­sa­tions im­mondes : « Il a sim­ple­ment vou­lu mon­trer aux geô­liers de son fils qu’il ap­pré­ciait le fait que ce­lui-ci soit un hôte de leur pays », ana­lyse Con­rad Cas­ser. En père déses­pé­ré, il a tout ten­té. « Bob et Ja­ni n’ont ja­mais bais­sé les bras,

té­moigne Ste­fa­nie O’Neill. A chaque fois que le mo­ral des troupes bais­sait dans la com­mu­nau­té, ils le re­mon­taient. »

La réa­li­té est plus simple, et plus ter­rible : pour bien des Amé­ri­cains, la guerre est de­ve­nue une abs­trac­tion. Une sorte de jeu vi­déo. On peut com­prendre l’amer­tume réelle des sol­dats de l’uni­té de Berg­dahl, qui, eux, ont vu la mort de près. Ils sont ren­trés au pays dans l’ano­ny­mat et l’amer­tume d’une guerre ra­tée, et vivent mal de voir leur an­cien pote à la une de tous les jour­naux. Mais pour les autres ? « Les gens de ma classe so­ciale n’en­voient presque ja­mais leurs en­fants à la guerre, sou­ligne Zim­mer­man, le pro­fes­seur. Au Con­grès, vous pou­vez comp­ter sur les doigts d’une main ceux dont les en­fants ont fait la guerre. » En confiant ses guerres à une ar­mée de mé­tier, l’Amé­rique en a fait une réa­li­té loin­taine, ter­reau idéal pour les ju­ge­ments pé­remp­toires. Ajou­tez le dé­fou­raillage ins­tan­ta­né des ré­seaux so­ciaux et la haine vis­cé­rale de la droite pour Oba­ma, vous ar­ri­vez à cette si­tua­tion in­croyable où un sol­dat re­ve­nant de l’en­fer se re­trouve cloué au pi­lo­ri. L’op­tion de condam­ner à mort Bowe Berg­dahl ne de­vrai­telle pas « au moins être sur la table » , est al­lé jus­qu’à de­man­der l’ani­ma­teur Ch­ris Wal­lace, sur Fox News.

S’agis­sant d’un sol­dat tor­tu­ré, em­pri­son­né pen­dant des se­maines d’af­fi­lée dans une cage et sou­mis à un iso­le­ment in­hu­main ? « L’iso­le­ment car­cé­ral peut être un fac­teur pré­dic­teur très im­por­tant de troubles phy­siques et psy­cho­lo­giques à long terme », sou­ligne le Dr Jef­frey Moore, di­rec­teur d’un centre pour les études sur les pri­son­niers de guerre. Ce neu­ro­psy­cho­logue, qui a in­ter­viewé des di­zaines de pri­son­niers, cite deux fac­teurs de ré­si­lience très im­por­tants : l’âge du pri

son­nier (« Etre plus âgé, plus mûr, plus sage et do­té d’une force de ca­rac­tère est un atout ») et son ni­veau d’ins­truc­tion (« Il vaut mieux être un of­fi­cier

mo­ti­vé »). Bowe Berg­dahl n’avait ni l’un ni l’autre. Peut-être de­vrait-on le lui re­pro­cher ?

Le sol­dat Bowe Berg­dahl, avant d’être em­pri­son­né par les ta­li­bans

A gauche, Bowe Berg­dahl en Af­gha­nis­tan en 2009 avant sa cap­ture. A droite, avec un

ta­li­ban le jour de sa li­bé­ra­tion, le 31 mai 2014

Ba­rack Oba­ma et les pa­rents du sol­dat li­bé­ré, le 31 mai à la Mai­son-Blanche

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.