“Une rup­ture idéo­lo­gique est né­ces­saire”

L'Obs - - Les Débats De L’obs - par Fran­çois Ché­rèque*

— La gauche peut-elle mou­rir? Le Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls a cher­ché à dra­ma­ti­ser la si­tua­tion, à mettre la pres­sion sur son groupe à l’As­sem­blée. Mais il y au­ra tou­jours une gauche. C’est la gauche de gou­ver­ne­ment qui peut mou­rir en re­vanche! L’in­dis­ci­pline ac­tuelle, qui se tra­duit no­tam­ment par le mou­ve­ment des « fron­deurs », est tout sim­ple­ment in­croyable. Il y a un vrai dé­ni de réa­li­té chez beau­coup d’élus au­jourd’hui. Tout le dé­bat ac­tuel sur la po­li­tique de l’offre par exemple est to­ta­le­ment dé­con­nec­té de la réa­li­té. C’est à mes yeux un dé­bat d’un autre temps. Il se trouve que je suis in­ter­ve­nu ré­cem­ment au bu­reau na­tio­nal du PS pour par­ler de la pau­vre­té, eh bien croyez-moi si vous le vou­lez, la moi­tié de la salle s’est vi­dée quand on a com­men­cé à abor­der le su­jet. Par­mi ces gens-là, cer­tains font par­tie des fron­deurs. Je vous as­sure que pour les tra­vailleurs pré­caires, ceux qui échappent aux or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales, les dé­bats sur la ri­gueur ou la dette sont to­ta­le­ment hors-sol. On en­tend ac­tuel­le­ment mon­ter un grand dé­bat au­tour de la CGT, mais le PS n’a pas da­van­tage de ligne au­jourd’hui que celle-ci. Tel qu’il existe au­jourd’hui ce par­ti peut tout à fait mou­rir. On dit de­puis long­temps qu’il a fait sa mue so­cia­le­dé­mo­crate: c’est en fait en­core in­exact. La ré­forme des re­traites en 2003 avait pro­vo­qué des dé­bats pas­sion­nés à la CFDT et avait per­mis de ren­for­cer sa ligne ré­for­miste. Il faut que le PS vive ça. Une rup­ture idéo­lo­gique est né­ces­saire.

Pro­pos re­cueillis par Aude Lan­ce­lin (*) Pré­sident du think tank Ter­ra No­va, ex-se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT.

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