Les pitres

Où l’on voit que c’est au mo­ment de leurs adieux qu’il faut les pré­fé­rer

L'Obs - - Entreprendre - D. D. T.

Des yuans par cen­taines de mil­lions, ce qui cor­res­pond à des mil­lions d’eu­ros, ceux-ci par di­zaines. Ce bel ar­gent, ar­gent chi­nois et même dou­ble­ment puisque ar­gent pu­blic, était des­ti­né à l’ac­qui­si­tion de tech­no­lo­gies étran­gères par des of­fi­ciels à qui ces sommes avaient été confiées. Ain­si nombre d’entre eux pré­ten­daient-ils se rendre au Canada y étu­dier sur place l’ex­ploi­ta­tion des gaz de schiste, au lieu de quoi ils se ren­daient en dé­lé­ga­tion aux Etats-Unis d’Amé­rique et plus pré­ci­sé­ment à Las Ve­gas, où leurs yuans étaient at­ten­dus, à l’ins­tar des dol­lars, des eu­ros, des pe­sos et même des fi­fre­lins pour peu que ces der­niers soient en nombre suf­fi­sant. Les schistes et leurs gaz at­ten­draient en­core si le pot aux roses n’avait été dé­cou­vert par la Cour des comptes de Chine. Une af­faire dé­cou­verte aus­si par elle nous touche de plus près, nous autres Fran­çais : pen­dant que ceux dont on vient de par­ler s’en­ca­naillaient à Las Ve­gas, cer­tains aux goûts plus fins fai­saient la tour­née des châ­teaux du Bor­de­lais, s’en ren­daient même ac­qué­reurs, non pas sim­ple­ment de leurs bou­teilles, mais des vignes, des châ­teaux eux-mêmes et de leurs ap­pel­la­tions. On était loin des buts de l’idéal com­mu­niste pour­sui­vi par l’Etat chi­nois. D’au­tant plus que ces tré­sors, payés avec l’ar­gent du peuple, se trou­vaient au fi­nal par un tour de pas­se­passe ap­par­te­nir à un groupe de quel­que­suns. Un sou­hait nous est-il per­mis ? Si c’est tant pis pour les gros­siers jouis­seurs de Las Ve­gas, que n’aillent pas être condam­nés à mort (c’est si vite ar­ri­vé là-bas) les amou­reux trop en­thou­siastes des mer­veilles de nos ter­roirs.

Le Front de li­bé­ra­tion na­tio­nale de la Corse (FLNC) vient d’an­non­cer qu’il en­clenche « un pro­ces­sus de dé­mi­li­ta­ri­sa­tion et une sor­tie pro­gres­sive de la clan­des­ti­ni­té ». En termes plus simples : fi­ni les armes et les ca­goules et c’en se­rait ter­mi­né aus­si avec le Ca­nal his­to­rique et autres dé­no­mi­na­tions pit­to­resques dont ces ano­nymes gu­gusses se sont gar­ga­ri­sés pen­dant près de qua­rante ans. Le beau, c’est qu’ils l’an­noncent en pleine Coupe du Monde de Football, comme dans un der­nier ef­fort pour qu’on ne voie pas que tout le monde s’en fout. Le lec­teur en at-il seule­ment en­ten­du par­ler et qui croyait en­core, à sup­po­ser qu’il y en eut ja­mais pour le croire, qu’il s’agis­sait de li­bé­rer la Corse de la France ? Ces ro­do­mon­tades, mes aïeux, quand cha­cun sa­vait que la sou­ve­rai­ne­té pro­mise au peuple de l’île était en vé­ri­té le moindre de leur sou­ci. Ils se se­raient moins flin­gués entre eux. Au bi­lan, à cô­té de ce que sont en train de se faire chiites et sun­nites en Irak, et mal­gré tant de morts à dé­plo­rer dans une si longue his­toire, ce front na­tio­na­liste ç’au­ra juste été folk­lore, pas­tis et fi­ga­telle.

Seth Ro­gen et James Fran­co, dans un film qui doit sor­tir à l’au­tomne, jouent deux jour­na­listes qui partent in­ter­vie­wer Kim Jong-un, le pitre de la Corée du Nord, mais leur in­ten­tion est de l’as­sas­si­ner. C’est une co­mé­die à la Hol­ly­wood, la bande-an­nonce sur You­Tube ne laisse pas es­pé­rer une oeuvre qui concur­ren­ce­ra « le Dic­ta­teur » dans les his­toires du ci­né­ma mais quoi, tout le monde ne peut pas être Cha­plin et cha­cun a le droit de s’amu­ser. On n’est pas en Corée du Nord. La­quelle jus­te­ment an­nonce que pour elle ce film est « un acte de ter­ro­risme », que ses au­teurs sont « des gang­sters » et que si le film est dif­fu­sé il y au­ra « des re­pré­sailles im­pi­toyables ». C’est ce qu’il y a de bien avec Kim Jong-un, dé­jà avec son pa­ter­nel et dé­jà aus­si avec le fon­da­teur de la dy­nas­tie : ils ne manquent ja­mais une oc­ca­sion de se mon­trer gro­tesques. C’est un art. Le dixième ?

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