Cause tou­jours, tu m’in­té­resses

Les ac­cros aux smart­phones snobent leurs proches en gar­dant les yeux ri­vés à l’écran. Un fléau qui a un nom : le “phub­bing”

L'Obs - - Dossier - Cé­cile Def­fon­taines (1) Edi­tions L’Echap­pée, 2012.

Ils pourraient se re­gar­der dans le blanc des yeux, elle cin­trée dans sa robe blanche im­ma­cu­lée, lui en cos­tard-cra­vate. Mais non, nos deux ma­riés en­di­man­chés rivent leurs pu­pilles… sur leur por­table. Il y a aus­si cet ado qui roule une pelle à une jo­lie brune en ta­po­tant sur son smart­phone, ou cette par­tu­riente qui, à peine dé­li­vrée, tex­tote pen­dant que la sage-femme lui pré­sente son bé­bé. N’en je­tez plus ! Ces pho­tos cir­culent sur les ré­seaux so­ciaux pour dé­non­cer la pre­mière des per­ver­sions en­gen­drées par ce fi­chu por­table : le « phub­bing », ou l’art in­dé­li­cat de sno­ber son en­tou­rage en se fo­ca­li­sant sur nos écrans de poche. « En soirée, je n’étais plus là, je ne sui­vais rien des conver­sa­tions. Pen­dant les dî­ners, je re­gar­dais­mon por­table de­ma­nière ré­flexe » , ra­conte Vincent, 31 ans. Il existe même un site, Stop­phub­bing.com, qui dé­nonce cette ma­la­die conta­gieuse.

Les sta­tis­tiques sont for­melles : nous je­tons un oeil sur notre smart­phone toutes les… six mi­nutes. Donc par­fois en bonne com­pa­gnie. Pour contrer ce toc si éner­vant est né un pe­tit jeu amu­sant, le phone sta­cking ou « em­pi­lage de té­lé­phones ». Au ca­fé, au res­tau, tout le monde dé­pose son por­table sur le centre de la table. Le pre­mier ac­cro qui cède et ré­cu­père le sien doit payer la note. Ad­di­tion contre ad­dic­tion. « Il ya­quelques an­nées, c’était per­çu comme une in­ci- vi­li­té. Plus au­jourd’hui : c’est une nou­velle ma­nière d’être au monde » , dé­crypte Cédric Bia­gi­ni, au­teur de « l’Em­prise nu­mé­rique. Comment in­ter­net et les nou­velles tech­no­lo­gies ont co­lo­ni­sé nos vies » (1). Fran­çois Hollande s’est pour­tant vexé de cette sale ma­nie.

En avril, il a ban­ni les por­tables du con­seil des mi­nistres car même nos pieux re­pré­sen­tants étaient in­ca­pables de ré­sis­ter pen­dant une heure trente, le mer­cre­di. « Quand un mi­nistre pré­sen­tait un texte de loi, per­sonne ne l’écou­tait, sauf le pré­sident, le Pre­mier mi­nistre et un ou deux mi­nistres » , a ra­con­té, tout éba­hi, l’ex-mi­nistre de l’Eco­lo­gie Phi­lippe Mar­tin à « Va­ni­ty Fair ». Sans doute étaient-ils conta­mi­nés par la peur de se sé­pa­rer de leur dou­dou nu­mé­rique, la « no­mo­pho­bie » ( no mo­bile phone pho­bia). La­quelle est souvent une con­sé­quence du « fomo » ( fear of­mis­sing out), la peur de ra­ter quelque chose : une no­ti­fi­ca­tion push an­non­çant un re­ma­nie­ment ou en­core un tweet in­cen­diaire de Va­lé­rie Trier­wei­ler. « Phub­bés », par­don­nez-leur leurs of­fenses.

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