La boxe sans les cli­chés

Le Temple Noble Art, nou­velle salle pa­ri­sienne, se veut un club d’un genre nou­veau. Et en­seigne la dis­ci­pline aux hommes et aux femmes avec raf­fi­ne­ment

L'Obs - - Obsession Phénomène - Par Oli­vier Wi­cker Pho­tos : léa cres­pi/pasco

C’est sans doute le seul club de boxe où, près d’un ring noir mat, est po­sé un livre de Joyce Ca­rol Oates. Son titre ? « De la boxe », es­sai écrit avec le cer­veau et les tripes, qui ré­sume ain­si ce sport : « Deux hommes, qua­si nus, luttent dans un es­pace surélevé bru­ta­le­ment éclai­ré et en­tou­ré de cordes comme un en­clos pour ani­maux […] ; deux hommes grimpent sur un ring du­quel sym­bo­li­que­ment un seul sor­ti­ra. » Dé­fi­ni­tion juste et crue, mais qui s’ap­plique fi­na­le­ment peu à ce lieu. Le Temple Noble Art, si­tué dans la rue Mo­lière à Pa­ris (1er), est « un club de boxe chic et mixte » dans le­quel la com­pé­ti­tion n’est pas du tout la fi­na­li­té. On vient faire tra­vailler ses muscles, ca­na­li­ser sa vio­lence, dé­fon­cer un en­ne­mi ima­gi­naire et sur­tout trans­pi­rer. Sur les portes des ves­tiaires sont gra­vés les noms de boxeurs cé­lèbres (Mike Ty­son, Mo­ha­med Ali, Cas­sius Clay). Les douches sont im­menses, un sau­na est à dis­po­si­tion et le bar tout à fait adé­quat pour se re­mettre de la fa­tigue d’un entraînement. On est loin du cli­ché du sport de pe­tite frappe, de la salle éclai­rée par des néons bla­fards et du vieil en­traî­neur au nez en chou fleur qui hu­mi­lie ses ouailles.

Sur le ring, des hommes et des femmes en pro­por­tion qua­si égale suivent l’un des cours col­lec­tifs pro­po­sés : boxe an­glaise, fran­çaise ou thaï. Ils ont entre 25 et 50 ans, sont dé­bu­tants pour la plu­part, d’autres ont re­pris la boxe ici sans doute aus­si pour l’ori­gi­na­li­té du concept.

En ci­vil, lors­qu’il pé­nètre dans la salle, le prof de boxe thaï s’ap­pa­rente à un bar­man bran­ché. Bar­bu et sa­pé. Sur le ring, Da­vid Fros­sard ex­plique qu’il a pra­ti­qué toutes les va­riantes de la boxe avant de se fixer sur sa va­riante ex­trême- orien­tale. Musculature sèche, tat­toos sur les avant-bras, il fait

montre d’une pé­da­go­gie ef­fi­cace. « Re­mon­tez les bras, vous n’êtes pas une cible » ; « Les jambes tou­jours en­mou­ve­ment » ; « Là, sur ce coup de pied,

vi­sez­plus­bas, vers le­ti­bia. » Un litre de sueur plus tard, le même vous ex­plique que l’es­sen­tiel de son temps est consa­cré à l’éla­bo­ra­tion de par­fums (il com­mer­cia­lise deux marques, Les Li­quides ima­gi­naires et les par­fums Fra­pin). C’est tout le charme de l’en­droit : ren­con­trer des gens qu’on n’ima­gi­ne­rait ja­mais sur un ring.

Plus loin, deux filles (25 ans en­vi­ron) se font les poings sur des sacs de frappe. Une gor­gée d’eau entre deux sé­ries et c’est re­par­ti. Plus tard, dans un ca­na­pé, elles en­tament une dis­cus­sion avec d’autres ap­pren­tis boxeurs. Car, in fine, le Temple Noble Art se rêve aus­si en club à l’an­glaise où la com­mu­nau­té de gent­le­men et de gent­le­wo­men pour­ra se réunir en de­hors du ring.

Le fon­da­teur du lieu, Cy­ril Du­rand, 32 ans, a eu l’idée, en al­lant dans l’un des clubs new-yor­kais qui mi­lite pour le

« white col­lar boxing » ( « la boxe du col

blanc » ) . Son but: « Mon­trer que la boxe, cen’est­pas­de­la­ba­gar­re­mai­su­ne­dis­ci­pli­ne­de­soi. » Il y a un par­fum de « Fight Club » dans l’idée. Mais sans le sang et la morve de Brad Pitt, qui cou­laient à flots dans le film de Da­vid Fin­cher.

Le Temple Noble Art, 11, rue Mo­lière, Pa­ris (1er), rens. : temple-no­bleart.fr

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