Le nou­veau pa­tron d’Avi­gnon : Oli­vier Py

Mé­di­ter­ra­néen, ch­ré­tien, ho­mo­sexuel, le di­rec­teur du Fes­ti­val, où il met en scène trois spec­tacles, at­tend un Avi­gnon vol­ca­nique

L'Obs - - Sommaire - Par Odile Qui­rot

Or­lan­do ou l’Im­pa­tience, texte et mise en scène Oli­vier Py, La Fa­bri­ca, du 5 au 16 juillet.

Vi­trio­li, par Yan­nis Ma­vrit­sa­kis, mise en scène Oli­vier Py, gym­nase Paul-Gié­ra, du 10 au 19 juillet.

La Jeune Fille, le Diable et le Mou­lin, jeune pu­blic, d’après les frères Grimm, mise en scène Oli­vier Py, cha­pelle des Pé­ni­tents-Blancs, du 23 au 27 juillet.

Les tirs croi­sés qu’il a re­çus – du genre, de quoi se mêle-t-il ? – quand il s’est ex­pri­mé contre le Front na­tio­nal entre les deux tours des der­nières mu­ni­ci­pales laissent Oli­vier Py son­geur : « Il y a vingt ans, on de­man­dait aux ar­tistes de prendre la parole ! Quand on di­rige une ins­ti­tu­tion, on est payé­pour l’ou­vrir, pas­pour la­fer­mer. » L’homme, comme l’écri­vain, est de na­ture vo­lu­bile et fer­vente. Il se rap­pelle, lors du Fes­ti­val d’Avi­gnon de 1995, avoir com­men­cé, avec Ariane Mnou­ch­kine et Fran­çois Tan­guy, une grève de la faim contre l’épu­ra­tion eth­nique en Bos­nie. « Cer­tains pen­saient

qu’il ne fal­lait plus jouer. Moi, je di­sais

qu’on ne pou­vait pas ne pas jouer. » Le mou­ve­ment ac­tuel des in­ter­mit­tents contre le ré­cent ac­cord de l’Une­dic ne le fait pas chan­ger d’avis : il se bat­tra jus­qu’au der­nier jour, le 27 juillet, pour que le Fes­ti­val se dé­roule le mieux pos­sible. Bien sûr, le droit de grève se­ra res­pec­té, se­lon les votes des équipes. Mais une an­nu­la­tion, comme en 2003 ? Pas ques­tion. « Je suis so­li­daire dumou­ve­ment, mais­sa­cri­fier Avi­gnonn’ ap­por­te­rait rien. » Il s’est pré­pa­ré à ce que son pre­mier Fes­ti­val, en tant que di­rec­teur, soit le lieu de dé­bats vifs sur « l’in­ter­mit­tence mai­saus­siles po­pu­lismes, les ques­tions de genre, l’ho­mo­pho­bie mon­tante, la Sy­rie. Si ce Fes­ti­val n’était qu’une vi­trine de spec­tacles, il n’au­rait pas­cette force, par­fois très­vol­ca­nique ».

Py n’a ja­mais eu froid aux yeux. Il a créé en 1995, à Avi­gnon, « la Ser­vante », vingt-quatre heures de spec­tacle mé­mo­rable. En 1997, il a sur­gi en te­nue d’Adam dans la Cour d’Hon­neur du Pa­lais des Papes pour « leVoyage d’Or­phée ». Il va lui fal­loir main­te­nant as­su----

mer d’autres défis. Son en­jeu ma­jeur pour le Fes­ti­val ? « La­mixi­té so­ciale et

gé­né­ra­tion­nelle. » Et le plus per­son­nel? « Evi­ter deux écueils, la va­cui­té ou la va­ni­té. Il faut pen­ser qu’on n’est rien mais qu’on n’est pas sans­va­leur… »

Croit-il aux astres ? De­puis qu’il a 19 ans, il fête son an­ni­ver­saire, le

24 juillet, à Avi­gnon: « Je­lui­dois­tout, le théâtre, l’en­ga­ge­ment, l’amour. » L’homme n’est pas un in­grat. Il se dit d’une gé­né­ra­tion qui eut peu de mo­dèles. La quête d’un père est le su­jet de sa nou­velle pièce, « Or­lan­do ou l’Im­pa­tience ». Or­lan­do, fils an­xieux, c’est lui, et ce per­son­nage de Mi­nistre, de gi­rouette af­fo­lée, un peu lui aus­si. « Avec Jean-Luc La­garce, Di­dierGeorges Ga­bi­ly, nous n’avions pas la même concep­tion du­théâtre, mais­nous étions las du “Mi­san­thrope” dans une énième ver­sion mar­xiste. Pou­rin­ven­ter un nou­veau théâtre, il nous fal­lait pas

ser par l’écri­ture. » La­garce et Ga­bi­ly sont morts. Py conti­nue. Ecrire, c’est son truc de­puis l’en­fance, comme le goût des dé­gui­se­ments. Il ne donne pas dans le mi­ni­ma­lisme, mais dans le ba­roque, le ly­rique voire l’em­pha­tique, les al­lé­go­ries, le mé­lange des genres. « Or­lan­do » est une co­mé­die que son au­teur es­time « un peu longue et ver

beuse ». A la lec­ture, le texte est a prio­ri in­jouable, n’était le ta­lent avé­ré du met­teur en scène pour fa­bri­quer du dru, de l’al­lègre et du tou­chant.

A Avi­gnon, on va donc avoir du Py à la puis­sance trois, per­siflent dé­jà cer­tains. Oui, mais seul « Or­lan­do » est une pro­duc­tion du Fes­ti­val. « La Jeune Fille, le Diable et le Mou­lin » est un spec­tacle an­cien qui fait par­tie d’un nou­veau cycle de théâtre pour les en­fants. Et Py a créé « Vi­trio­li » de Yan­nis Ma­vrit­sa­kis, à l’in­vi­ta­tion du Théâtre na­tio­nal de Grèce, avec des ac­teurs grecs qu’il se fait un de­voir d’in­vi­ter: « Cette pièce noire et brû­lante porte té­moi­gnage d’une gé­né­ra­tion qui se sait per­due. Et puis je suis mé­di­ter­ra­néen, c’est ma seule ori­gine. Né dans une fa­mille de pieds-noirs, je suis l’hé­ri­tier d’une vio­lence po­li­tique, d’un re­fou­lé, d’une souf­france qui re­vient dans cer­tains votes pour leF­ront­na­tio

nal. » Comme il l’a beau­coup dit, Py est aus­si ho­mo­sexuel, ch­ré­tien et aime se dé­gui­ser en Miss Knife, chan­teuse de ca­ba­ret tra­ves­tie. S’il a beau­coup de vi­sages, son seul mo­dèle dé­cla­ré est Jean Vi­lar. Pour af­fron­ter les vents contraires, il place la barre haut.

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