BlaBla­Car met le tur­bo

Pra­tique, fiable et po­ten­tiel­le­ment ren­table, le site de co­voi­tu­rage fran­çais est par­ti à la conquête du monde

L'Obs - - Sommaire - Par Do­nald Hé­bert. il­lus­tra­tion : die­go ara­ne­ga

L’été se­ra pro­pice à BlaBla­Car. Chaque mois, le cham­pion du co­voi­tu­rage met dé­jà en re­la­tion un mil­lion de voya­geurs sou­hai­tant tailler la route en par­ta­geant une au­to. Mais ce n’est qu’un dé­but. Le site vient de battre tous ses re­cords pen­dant la grève de la SNCF. « Enu­ne­se­maine, nous avons en­re­gis­tré 500 000 voyages, deux fois plus que d’ ha­bi­tude », se fé­li­cite Fré­dé­ric Maz­zel­la, 38ans, pré­sident fon­da­teur de la pla­te­forme col­la­bo­ra­tive. Pen­dant le conflit so­cial, les voya­geurs blo­qués n’ont eu qu’à consul­ter leurs smart­phones pour trou­ver des conduc­teurs em­prun­tant leur iti­né­raire prêts à les ac­cueillir dans leur voi­ture en échange du par­tage des frais. Ré­ser­va­tion, paie­ment en ligne, et en route ! Pa­ris-Lyon : entre 30 et 40 eu­ros. « Beau­coup d’entre eux ne re­pren­dront plus le train, car le client ne se sou­vient que des mau­vaises ex­pé­riences », as­sure Fré­dé­ric Maz­zel­la, l’en­tre­pre­neur qui a fait de BlaBla­Car une vé­ri­table suc­cess sto­ry du Net fran­çais.

Fi­ni l’au­to-stop à la pa­pa! Le co­voi­tu­rage – bon plan éco­no­mique et moyen ef­fi­cace pour lut­ter contre la pol­lu­tion at­mo­sphé­rique– est de­ve­nu un ser­vice

En per­ce­vant une com­mis­sion de 10% sur les frais de trans­port, BlaBla­Car a en­cais­sé plus de 10 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires en 2013.

en ligne et un vrai bu­si­ness ! En per­ce­vant une com­mis­sion de 10% sur les frais de trans­port que les pas­sa­gers versent aux conduc­teurs, Blabla­car a en­cais­sé un chiffre d’af­faires de plus de 10millions d’eu­ros en 2013. La start-up qui em­ploie 130 sa­la­riés dont 90 en France se­rait même ren­table si elle n’avait pas adop­té une stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment ac­cé­lé­ré à l’in­ter­na­tio­nal. Mais BlaBla­Car voit loin et grand. Cette se­maine, elle lève 100 mil­lions de dol­lars au­près de fonds d’in­ves­tis­se­ment. « Dans trois ou­quatre ans, si elle par­vient à de­ve­nir leader mon­dial de sa spé­cia­li­té, elle pour­rait bien va­loir un mil­liard de dol­lars ! » pro­nos­tique JeanDa­vid Cham­bo­re­don, pa­tron du fonds d’in­ves­tis­se­ment Isai et ac­tion­naire de BlaBla­Car.

Le pa­ri re­monte à 2006, quand Fré­dé­ric Maz­zel­la ra­chète le site Co­voi­tu­rage.fr. « A 30 ans, après Nor­male-Sup, Stan­ford, l’In­sead, la Na­sa et un la­bo ja­po­nais, je me suis lan­cé sans sa­lai­reetj’ai­man­gé­des­pâ­tes­pen­dant­plu­sieur­san­nées », se sou­vient le phy­si­cien, dont la start-up est au­jourd’hui confor­ta­ble­ment ins­tal­lée

dans un immeuble high-tech du 9e ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien.

Les pre­mières an­nées, l’en­tre­prise tient grâce aux 100 000 eu­ros in­ves­tis par les fon­da­teurs et leurs amis. «A l’époque, le paie­ment se fai­sait de la main à la main, se sou­vient Fré­dé­ric

Maz­zel­la. Faute de mise à jour en temps réel et d’en­ga­ge­ment en ligne, 35% des ré­ser­va­tions­fi­nis­saient­par­des­dé­sis­te­ments. Cer­tains conduc­teurs pra­ti­quaient le sur­boo­king, quitte à lais­ser

des voya­geurs sur le trot­toir ! » Le site par­vient pour­tant à éli­mi­ner ses concur­rents fran­çais, no­tam­ment grâce à la géo­lo­ca­li­sa­tion qui per­met de re­pé­rer les par­te­naires de voyage. Et lève, dès 2009, 600 000 eu­ros au­près de di­vers bu­si­ness an­gels. Plu­sieurs pistes de dé­ve­lop­pe­ment sont alors ex­plo­rées. La pu­bli­ci­té ? « Les gens ne cli­quaient pas, ça ne rap­por­tait rien », se sou­vient Maz­zel­la. L’abon­ne­ment men­suel ? « Ce­la au­rait dis­sua­dé ceux qui uti­lisent notre ser­vice ponc­tuel­le­ment. » Le site a aus­si lan­cé une ver­sion pre­mium, comme les ré­seaux Lin­kedIn et Via­deo. « Mais la ver­sion gra­tuite était dé­jà très com­plète et moins d’une per­sonne sur mille sous­cri­vait... »

La start-up ne met vrai­ment au point son mo­dèle éco­no­mique qu’en 2011, à l’époque où le fonds d’in­ves­tis­se­ment Isai ap­porte 1,2 mil­lion d’eu­ros à son ca­pi­tal. Sous le nom de BlaBla­Car, plus in­ter­na­tio­nal, elle pro­pose alors la ré­ser­va­tion et le paie­ment en ligne, sur le­quel elle pré­lève sa fa­meuse com­mis­sion de 10%. Un sys­tème ins­pi­ré d’Airbnb, le site de lo­ca­tion de lo­ge­ments entre par­ti­cu­liers. In­for­ma­tions vé­ri­fiées, ré­ac­ti­vi­té ré­com­pen­sée et sys­tème de no­ta­tion des voya­geurs… Tout est mis en oeuvre pour que la confiance règne entre les membres de la com­mu­nau­té. Ré­sul­tat : les dé­sis­te­ments se sont ré­duits comme une peau de cha­grin. Et BlaBla­Car a pu se lan­cer à l’in­ter­na­tio­nal avec les 8 mil­lions d’eu­ros le­vés no­tam­ment au­près d’Ac­cel Part­ners. Ob­jec­tif ? Coif­fer au po­teau Car­poo­ling, un am­bi­tieux concur­rent al­le­mand. Avant même d’être ren­table, BlaBla­Car a lan­cé des ver­sions en langues es­pa­gnole, por­tu­gaise, ita­lienne, an­glaise, al­le­mande, po­lo­naise, ukrai­nienne et main­te­nant russe ! La voie vers une en­trée en Bourse d’ici à quelques an­nées. A moins qu’un géant du Net ne s’in­vite à bord. La route est en­core longue…

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