La Cen­tra­frique peut-elle être sau­vée ?

L'Obs - - Monde - par Re­né Ba­ck­mann R. B.

Alors que le dé­ploie­ment des 12000 casques bleus des Na­tions unies, dé­ci­dé en avril, n’au­ra pas lieu avant le 15 sep­tembre, la Ré­pu­blique cen­tra­fri­caine conti­nue de s’en­fon­cer dans le chaos. Mal­gré la pré­sence des 2 000 sol­dats fran­çais de l’opé­ra­tion San­ga­ris, des 5 000 sol­dats afri­cains de la Misca, et des 800 mi­li­taires et po­li­ciers de la force eu­ro­péenne Eu­for-RCA qui viennent d’ar­ri­ver, l’in­sé­cu­ri­té s’ag­grave. Faute de moyens fi­nan­ciers et ma­té­riels, l’Etat est in­exis­tant et les mi­lices mu­sul­manes et chré­tiennes im­posent leur ter­reur aux ci­vils dans un pays en proie à l’anar­chie de­puis plus d’un an. Se­lon l’ONU et les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires, 2,3 mil­lions de Cen­tra­fri­cains – la moi­tié de la po­pu­la­tion – dé­pendent de l’aide in­ter­na­tio­nale, près de 900 000 ont un be­soin urgent d’as­sis­tance mé­di­cale et plus de 600000 sont dé­pla­cés à l’in­té­rieur du pays ou ré­fu­giés dans les Etats voi­sins.

La se­maine der­nière, Ba­ba­car Gaye, re­pré­sen­tant spé­cial de l’ONU à Ban­gui, a in­di­qué au Con­seil de Sé­cu­ri­té que « la si­tua­tions’ est net­te­ment dé­té­rio­rée de­puis un mois », tand is qu’un rap­port de la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale des Droits de l’Homme (FIDH) dé­non­çait les crimes de guerre et les crimes contre l’hu­ma­ni­té com­mis par toutes les parties dans un conflit où triomphe l’im­pu­ni­té. « C’est un conflit po­li­ti­co-eth­nique pour­le­con­trô­le­du­pou­voir­quia­pro­gres­si

ve­ment pris une di­men­sion re­li­gieuse » , constate la FIDH. Char­gés de conte­nir cette confron­ta­tion, dans un pays où chré­tiens et mu­sul­mans vi­vaient jusque-là en bon voi­si­nage, les mi­li­taires étran­gers souffrent d’un manque cruel de cré­di­bi­li­té. Une di­zaine d’opé­ra­tions d’in­ter­po­si­tion ou de pa­ci­fi­ca­tion se sont suc­cé­dé en RCA de­puis 1997, sans suc­cès. Le plus souvent parce qu’elles ont lut­té contre un symp­tôme – l’in­sé­cu­ri­té – en né­gli­geant l’ori­gine du mal: la faillite ab­so­lue de l’Etat. Dès leur ar­ri­vée, en sep­tembre, les casques bleus de la Mi­nus­ca de­vront, avec les sol­dats eu­ro­péens dé­jà dé­ployés, pro­té­ger les com­mu­nau­tés mu­sul­manes as­sié­gées par les mi­lices chré­tiennes, évi­ter la par­ti­tion re­li­gieuse du pays, mettre un terme au net­toyage eth­nique et ré­ta­blir l’ordre et la li­ber­té de cir­cu­la­tion. Mais la com­po­sante ci­vile de l’opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale de­vra aus­si lut­ter contre la cor­rup­tion et les ré­seaux de né­goce illi­cites, anéan­tir l’éco­no­mie de pré­da­tion, res­tau­rer les cir­cuits de dis­tri­bu­tion dé­truits par l’exode des com­mer­çants mu­sul­mans, re­bâ­tir un ap­pa­reil d’Etat en ruine, en fi­nir avec l’im­pu­ni­té des cri­mi­nels, sou­te­nir le gou­ver­ne­ment de tran­si­tion et per­mettre, dé­but 2015, la te­nue d’élec­tions cré­dibles. Faute de quoi, la Ré­pu­blique cen­tra­fri­caine res­te­ra la proie du chaos.

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