EN­QUÊTE

L’ an­cienne pa­tronne du nu­cléaire fran­çais per­qui­si­tion­née, un Pa­kis­ta­nais dé­ten­teur de lourds secrets, un in­ter­mé­diaire belge en che­ville avec Pa­trick Bal­ka­ny, des soup­çons de ré­tro­com­mis­sions... Le ra­chat par Are­va de mines d’ura­nium en Afrique, en 2007

L'Obs - - Sommaire - Par Caroline Mi­chel

Le ro­man noir d’UraMin Anne Lau­ver­geon per­qui­si­tion­née, un Pa­kis­ta­nais dé­ten­teur de lourds secrets, un in­ter­mé­diaire belge en che­ville avec Pa­trick Bal­ka­ny, des soup­çons de ré­tro­com­mis­sions

Ce sont des cro­co­diles ma­fieux. Ils veulent ma peau et je les mé­prise. » De­puis des mois, Anne Lau­ver­geon ne dé­co­lère pas. Souvent, par­fois même tard dans la nuit, quand elle voyage pour af­faires à l’autre bout du monde, elle en­voie des tex­tos à ses contacts à Pa­ris et laisse ex­plo­ser sa rage. A l’en­tendre, l’en­quête pré­li­mi­naire ou­verte par le par­quet fi­nan­cier sur la ro­cam­bo­lesque ac­qui­si­tion de mines d’ura­nium en Afrique, du temps où elle était pa­tronne d’Are­va, ne se­rait qu’un « coup tor­du » . Le énième fo­men­té par ses « en­ne­mis » dont la liste, as­su­ret-elle, s’al­longe chaque jour. Des ex-sar­ko­zystes, qui la pour­sui­vraient de sa haine, à tous les pa­trons, au­jourd’hui en cour, qui vou­draient em­pê­cher son re­tour.

Cette com­plainte laisse de marbre les en­quê­teurs de la bri­gade fi­nan­cière. De­puis fé­vrier, ils amassent les pièces d’un in­croyable puzzle. Et ce qu’ils dé­couvrent dans ce « dos­sier UraMin » (le nom de la so­cié­té mi­nière ra­che­tée par Are­va) ap­pa­raît comme un pré­ci­pi­té des pires er­re­ments du bu­si­ness fran­çais en Afrique. On y croise Anne Lau­ver­geon, bien sûr, mais aus­si son époux, trois an­ciens pré­si­dents afri­cains soup­çon­nés de cor­rup­tion, des ser­vices secrets, une poi­gnée d’hommes d’af­faires louches, et l’in­évi­table Pa­trick Bal­ka­ny, le tout dans un scé­na­rio digne de Gé­rard de Villiers. A-t-on af­faire à l’un des plus gros dé­lits d’ini­tié de la dé­cen­nie ? A une ava­lanche de ré­tro­com­mis­sions sur des po­li­tiques de pre­mier plan ? A une ca­bale vi­sant l’ex-« Ato­mic Anne » ? Les po­li­ciers veulent al­ler vite et ont dé­jà com­men­cé les au­di­tions. « L’en­quête doit être bou­clée avant la fin de l’an­née », confie-t-on en haut lieu.

Le 3 juin, les po­li­ciers de la fi­nan­cière ont me­né onze per­qui­si­tions si­mul­ta­nées, au do­mi­cile pa­ri­sien d’Anne Lau­ver­geon, dans son châ­teau dans la Sarthe, chez deux cadres ayant quit­té le groupe, au nou­veau et à l’an­cien siège d’Are­va. Ils sont re­par­tis avec une masse de do­cu­ments – lettres, mails, pré­sen­ta­tions Po­wer­Point – dont une par­tie de­vrait ve­nir étayer – ou non – des dé­lits de « faux et usage de faux », « abus de pou­voir », « pré­sen­ta­tion ou pu­bli­ca­tion de comptes in­exacts ou in­fi­dèles » et « dif­fu­sion d’in­for­ma­tions fausses ou trom­peuses ». En clair, la jus­tice cherche à sa­voir si, sous la hou­lette d’Anne Lau­ver­geon, la di­rec­tion d’Are­va n’au­rait pas ca­viar­dé des rap­ports trop pes­si­mistes afin que l’Etat ac­tion­naire l’au­to­rise à ache­ter UraMin à un prix as­tro­no­mique. En oc­tobre 2006, en ef­fet, les propres ex­perts du groupe avaient éva­lué à seule­ment 330mil­lions de dol­lars la pe­tite start-up qui dé­te­nait des per­mis d’ex­ploi­ta­tion en Cen­tra­frique, Afrique du Sud et Na­mi­bie. Un an plus tard, pour­tant, Are­va ra­che­tait UraMin pour 1,8 mil­liard d’eu­ros (2,5mil­liards de dol­lars). Plus de sept fois l’es­ti­ma­tion ini­tiale ! Sans comp­ter les 865mil­lions d’eu­ros sup­plé­men­taires in­jec­tés pour la construc­tion de routes et d’in­fra­struc­tures, alors même que les mines, comme l’avaient d’ailleurs pres­sen­ti les ex­perts, étaient pauvres en ura­nium ou dif­fi­ci­le­ment ex­ploi­tables. Anne Lau­ver­geon a-t-elle ten­té de dis­si­mu­ler ce fias­co à l’Etat dans l’es­poir – vain –

d’être re­con­duite à son poste en 2011 ? C’est aus­si ce que le par­quet es­saie de dé­mê­ler. Mais les soup­çons vont bien au-de­là du seul pé­ché d’or­gueil d’une pa­tronne qui croyait as­su­rer l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en ura­nium de son groupe pour des dé­cen­nies. Ou de l’er­reur de ges­tion de ses col­la­bo­ra­teurs. D’autres pro­ta­go­nistes, on le dé­couvre au­jourd’hui, ont joué, dans cette his­toire, un rôle bien plus im­por­tant qu’on ne l’ima­gi­nait jus­qu’alors. Et ils jettent une lu­mière par­ti­cu­liè­re­ment trouble sur une af­faire où plus d’un mil­liard et de­mi d’eu­ros sont par­tis en fu­mée. Le dos­sier UraMin est un éche­veau. Quand on tire un fil, c’est toute une pelote qui se dé­vide.

Pots-de-vin ?

Ain­si, dé­but juin, les en­quê­teurs ont eu la sur­prise de trou­ver chez tous les per­qui­si­tion­nés un ro­man à clé in­ti­tu­lé « Ra­dio­ac­tif », pa­ru aux Edi­tions Belfond en avril. Anec­do­tique ? Cer­tains exem­plaires avaient été mi­nu­tieu­se­ment an­no­tés, avec l’ob­jec­tif évident de com­prendre quel rôle était at­tri­bué à cha­cun der­rière les pseu­do­nymes exo­tiques (le Ra­jah, Balthazar, Mel­chior, Cor­neille…). « Ouf, je ne m’y suis pas re­con­nu » , a souf­flé l’un de ceux dont la mai­son avait été fouillée par les po­li­ciers. L’au­teur du livre, Vincent Crou­zet, se pré­sente comme un « an­cien­con­sul­tant en géo­po­li­tique spé­cia­li­sé dans les mi­lieux­dia­man­taires » . Mais cer­taines sources lui at­tri­buent des re­la­tions avec la DGSE, le ser­vice du ren­sei­gne­ment ex­té­rieur. L’écri­vain, qui a été en­ten­du pen­dant huit heures le 18 juin, af­firme s’être ins­pi­ré de faits réels, aux­quels il a par­ti­ci­pé. Fin 2009, a-t-il ex­pli­qué, il a été en contact avec un conseiller de la Ré­pu­blique cen­tra­fri­caine, Sai­fee Dur­bar. Cet homme d’af­faires d’ori­gine pa­kis­ta­naise lui a mon­tré des vi­re­ments ban­caires cen­sés at­tes­ter le ver­se­ment de pots-de-vin lors du ra­chat d’UraMin, des­ti­nés au pré­sident sud-afri­cain, Tha­bo Mbe­ki (dont Are­va es­pé­rait une mé­ga­com­mande de cen­trales nu­cléaires) et à des « po­li­ti­ciens fran­çais ». Dur­bar vou­lait pro­po­ser un deal aux au­to­ri­tés tri­co­lores : son si­lence en échange de la clé­mence dans une af­faire d’escroquerie qui lui avait va­lu une condam­na­tion à trois ans de pri­son ferme deux ans plus tôt.

« Jen’avais­pas­de­rai­sonss­pé­cia­lesde le­croire, tantSai­feeDur­ba­ra­vait­mau-

vaise ré­pu­ta­tion en France, ra­conte au­jourd’hui Vincent Crou­zet. J’ai ce­pen­dant trans­mis le mes­sage en haut lieu et j’ai été sur­pris de voir l’at­ten­tion qui y a été im­mé­dia­te­ment por­tée. Par la suite, tout s’est dé­rou­lé se­lon le dé­sir de Dur­bar. Il a été ex­tra­dé en France, in­car­cé­ré dans une cel­lule VIP de la San­té puis re­lâ­ché au bout de trois mois. » Le scé­na­rio pa­raît ébou­rif­fant. D’au­tant que le Pa­kis­ta­nais au­rait ache­té ses in­for­ma­tions ex­plo­sives à un an­cien de Scot­land Yard en che­ville avec les ser­vices de Sa Ma­jes­té, le tout sous l’oeil de la DCRI qui au­rait « dé­brie­fé » ce té­moin clé dès 2009. Ce n’est plus du SAS mais du James Bond! Un an­cien haut gra­dé des ser­vices secrets fran­çais nous a ce­pen­dant confir­mé l’in­té­rêt por­té à Sai­fee Dur­bar par des « of­fi­cines proches

de l’an­cienne DGSE ». L’homme d’af­faires se­rait au­jourd’hui sur écoute et en passe d’être en­ten­du par la bri­gade fi­nan­cière.

Les en­quê­teurs ont eu une autre grosse sur­prise, lors de leurs per­qui­si­tions, en tom­bant sur plu­sieurs mails de l’époux d’Anne Lau­ver­geon dans la cor­res­pon­dance de cer­tains cadres d’Are­va. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’ap­pa­raît le nom d’Oli­vier Fric, amour de jeu­nesse de l’ex-sher­pa de Fran­çois Mit­ter­rand, qu’elle a re­trou­vé puis épou­sé au mo­ment où elle quit­tait l’Ely­sée. Son in­ter­ven­tion sup­po­sée dans le dos­sier a été au coeur d’une en­quête com­man­dée, en 2011, à un dé­tec­tive suisse par ce­lui qui était alors le pa­tron des mines d’Are­va, Sé­bas­tien de Mon­tes­sus. Anne Lau­ver­geon était en fin de man­dat, et dans le vi­seur de Ni­co­las Sar­ko­zy qui ne l’a pas re­con­duite à son poste. Mon­tes­sus, qui

de­puis a été mis à la porte du groupe par le suc­ces­seur de Lau­ver­geon, Luc Oursel, cher­chait-il à se cou­vrir ? Les in­ves­ti­ga­tions du privé suisse n’avaient en tout cas rien don­né à l’époque. L’avo­cat du couple, Me Jean-Pierre Ver­si­ni-Cam­pin­chi, s’était em­pres­sé de pu­blier la mise au point sui­vante: « Oli­vier Fric n’a été as­so­cié, ni de près ni de loin, à l’ac­qui­si­tion d’UraMin » et « n’a ja­mais tra­vaillé pour Are­va ».

C’était jouer sur les mots. Se­lon des do­cu­ments ex­clu­sifs entre les mains de la bri­gade fi­nan­cière, que « le Nouvel Ob­ser­va­teur » a pu consul­ter (voir do­cu

ment), Oli­vier Fric, an­cien ban­quier au Cré­dit lyon­nais, ex-tra­der en pro­duits pé­tro­liers, re­con­ver­ti dans le ca­pi­tal­dé­ve­lop­pe­ment de so­cié­tés in­for­ma­tiques, ne tra­vaillait pas pour Are­va mais pour des en­tre­prises qui cher­chaient à faire du bu­si­ness avec Are­va. Contac­té par « le Nouvel Obs», il re­fuse

« de com­men­ter» les mails qui in­triguent au­jourd’hui les en­quê­teurs. Ain­si, en 2010, Oli­vier Fric trans­met le mes­sage d’un in­ter­mé­diaire re­pré­sen­tant… Sai­fee Dur­bar. Le Pa­kis­ta­nais, alors « in­car­cé­ré à la pri­son de la San­té à Pa­ris » comme l’écrit Fric, sou­haite vendre ses mines en Cen­tra­frique, li­mi­trophes de celles d’UraMin ache­tées de­puis dé­jà trois ans : « Il ai­me­rait pro­po­ser ses ser­vices sur un pro­jet de JV

[joint-ven­ture] » , écrit le 29 jan­vier Oli­vier Fric à l’at­ten­tion de Sé­bas­tien de Mon­tes­sus, (ce­lui-là même qui, l’an­née sui­vante, le fe­ra es­pion­ner !). Cinq jours plus tard, « M. Lau­ver­geon » re­vient à la charge au­près du res­pon­sable des ac­ti­vi­tés mi­nières d’Are­va : « Tu peux ob­te­nir la boîte pour en­vi­ron 28-30mil­lions d’eu­ros. Main­te­nant la ques­tion est de sa­voir si ça les vaut ? Et si un schéma d’ac­qui­si­tion t’in­té­resse ? On se parle quand tu as un mo­ment. » Et il ajoute,

pré­mo­ni­toire : « Tou­chy la Cen­tra

frique »… Au même mo­ment, Oli­vier Fric in­ter­vient dans un pro­jet d’usine de des­sa­le­ment d’eau de mer des­ti­née aux ins­tal­la­tions d’UraMin en Na­mi­bie, comme con­seil fi­nan­cier pour le par­te­naire lo­cal d’Are­va, Uni­ted Afri­ca Group. Par­tie pre­nante, Oli­vier Fric est au cou­rant de tous les ren­dez-vous (RV) qui ont lieu au siège du groupe à la Dé­fense. « Je n’ai pas pu as­sis­ter au RV de ce ma­tin ni t’ap­pe­ler à temps avant ton dé­col­lage. Mais je t’en­voie les prin­ci­paux élé­ments du RV

[et] reste à ta dis­po­si­tion pour évo­quer plus avant ce su­jet », avait-il écrit à Mon­tes­sus le 8avril 2009. Le 29jan­vier 2010, il sol­li­cite une autre ren­contre : « Fais-moi ap­pe­ler pour mon­ter un RV la se­maine pro­chaine avec toi et tes col­lègues. » Fi­na­le­ment, le pro­jet avec Uni­ted Afri­ca Group ne se fe­ra pas.

Fi­lière belge

Oli­vier Fric a aus­si été à l’ori­gine de l’em­bauche de l’an­cien res­pon­sable des ac­qui­si­tions au sein de la di­vi­sion mines d’Are­va, Da­niel Wou­ters, qui a né­go­cié de bout en bout l’achat d’UraMin. Ce Belge au crâne dé­gar­ni et aux che­mises fan­tai­sie, qui a fait une grande par­tie de sa car­rière à la Bel­go­laise, fi­liale afri­caine de For­tis dis­soute en 2006 après qu’elle a été im­pli­quée dans des af­faires de dé­tour­ne­ment et de blan­chi­ment d’ar­gent, in­té­resse au plus haut point la bri­gade fi­nan­cière qui l’a dé­jà convo­qué. Pour­quoi n’a-t-il pas pré­ve­nu Anne Lau­ver­geon de la ré­pu­ta­tion sul­fu­reuse d’un des fon­da­teurs d’UraMin, épin­glé dans une pré­cé­dente mal­ver­sa­tion ? Avec quels secrets est-il par­ti en 2011 pour ob­te­nir 700000eu­ros de « prime de confi­den­tia­li­té » de la part d’Are­va? Et pour­quoi a-t-il été em­bau­ché quelques mois plus tard par… l’un de ceux qui ont ven­du UraMin au groupe fran­çais, pour di­ri­ger sa so­cié­té Glo­bal Tin Corp, spé­cia­liste de l’étain et du tan­tale ?

Jus­qu’à pré­sent muet et in­vi­sible, Da­niel Wou­ters, au­jourd’hui ins­tal­lé à

Biar­ritz, a ac­cep­té de re­ce­voir « le Nouvel Obs ». « Le­dos­sier UraMin était dans les tuyaux avant mon em­bauche en no­vembre 2006 et je n’avais pas d’ au­to­no­mie de dé­ci­sion sur cette ac­qui­si­tion. » Ce n’était pas son rôle, af­firme-t-il en­core, de vé­ri­fier la qua­li­té des per­mis d’UraMin sur le ter­rain ni de ju­ger de la per­ti­nence stra­té­gique de l’opé­ra­tion. Ten­du et fé­brile, par­fois rou­gis­sant, il coupe court à toute ac­cu­sa­tion de ré­tro-com­mis­sion en as­su­rant avoir tra­vaillé pour un an­cien pro­prié­taire d’UraMin

« à titre ho­no­ri­fique » quand il a quit­té Are­va.

Comme Anne Lau­ver­geon, il n’ex­prime au­cun re­gret quant à l’achat d’UraMin, qui, croit-il en­core, au­rait pu être un ju­di­cieux in­ves­tis­se­ment « sans

Fu­ku­shi­ma » et l’ef­fon­dre­ment du prix de l’ura­nium qui a sui­vi. D’ailleurs, l’ex­pa­tronne d’Are­va ne lui a pas te­nu ri­gueur de l’avoir si mal conseillée. « J’ai gar­dé de bonnes re­la­tions avec son ma­ri, Oli­vier Fric, pour le­quel j’ai­beau­coup de res­pect et d’ad­mi­ra­tion. Je bois un ca­fé avec lui chaque fois que je suis à Pa­ris », confie Wou­ters, avec un sou­rire re­con­nais­sant. Fric l’a même as­so­cié à l’une de ses af­faires voi­là huit mois : la re­cherche d’in­ves­tis­seurs pour une start-up dé­ve­lop­pant l’éle­vage de cre­vettes tro­pi­cales en Bre­tagne.

Cette ami­tié s’ex­prime aus­si sur le plan ju­di­ciaire. Les avo­cats de Da­niel Wou­ters et d’Anne Lau­ver­geon ont vi­si­ble­ment ac­cor­dé leurs dé­fenses pour re­je­ter toutes les fautes sur Sé­bas­tien de Mon­tes­sus, un « homme de ré­seaux », disent-ils, « am­bi­tieux au-de­là du rai

son­nable », « com­plo­teur ». N’a-t-il pas, après avoir tra­vaillé avec l’ex-« Ato­mic Anne » sur le dos­sier UraMin, ain­si qu’avec son époux comme le prouvent dé­sor­mais ses mails, cher­ché « àmon

ter un dos­sier » contre eux, par le biais du dé­tec­tive de Ge­nève? Are­va, nids de ser­pents! Traî­né en jus­tice par le couple pour faits d’es­pion­nage, Mon­tes­sus vient d’être re­laxé par le tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris. En creux, les ma­gis­trats ont ju­gé qu’il n’avait pas eu tort de me­ner sa pe­tite en­quête. Ce tren­te­naire au visage ju­vé­nile et à la car­rure de rug­by­man ré­pète par­tout qu’il n’a ja­mais été aus­si « se­rein ».

Il est pour­tant au coeur du vo­let le plus sul­fu­reux de la sa­ga. Ce­lui où l’on voit dé­bou­ler… Pa­trick Bal­ka­ny. En 2008, un an après l’achat d’UraMin, Sé­bas­tien de Mon­tes­sus ap­prend en ef­fet que les titres de pro­prié­té d’Are­va sur la par­tie cen­tra­fri­caine de la so­cié­té sont contes­tés par le pré­sident, Fran­çois Bo­zi­zé. Qui va alors né­go­cier à Ban­gui au nom des in­té­rêts fran­çais ? Le dé­pu­té-maire de Le­val­lois-Per­ret, for­mé par Pas­qua aux af­faires afri­caines, dé­ten­teur d’un pas­se­port di­plo­ma­tique grâce à son ami, Ni­co­las Sar­ko­zy. De­puis 2007, il sillonne le conti­nent dans le Fal­con 900 mis à sa dis­po­si­tion par un autre « ami » – pré­sen­té par Claude Guéant, disent cer­tains – George For­rest, pro­prié­taire d’un em­pire de mines de cuivre et de co­balt dans la ré­gion congo­laise du Ka­tan­ga. For­rest, qui a été sus­pec­té par l’ONU de tra­fic d’armes dans la ré­gion des Grands Lacs puis la­vé de tout soup­çon par le Sé­nat belge, bé­né­fi­cie du titre de consul ho­no­raire de la France en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go.

Qui a dé­ci­dé de faire in­ter­ve­nir Pa­trick Bal­ka­ny comme « fa­ci­li­ta­teur » aux cô­tés de George For­rest ? Mon­tes­sus, qui appelle Claude Guéant par son pré­nom et que l’on voit dé­jeu­ner au Laurent avec Bal­ka­ny ? Wou­ters, qui a fait des af­faires avec For­rest à l’époque de la Bel­go­laise ? Ou – pour­quoi pas – Lau­ver­geon, qui veut s’at­ti­rer les bonnes grâces de Ni­co­las Sar­ko­zy en vue de sa re­con­duc­tion en 2011 ? Dans cet em­brouilla­mi­ni, cha­cun joue les vierges of­fus­quées et ren­voie la pa­tate chaude à son voi­sin.

Au mois d’août 2008, George For­rest, en tout cas, arrive à Ban­gui pour si­gner un pro­to­cole d’ac­cord pré­voyant le ver­se­ment de 40 mil­lions de dol­lars à la Banque cen­trale cen­tra­fri­caine. En dé­cembre de l’an­née sui­vante, Are­va crée avec le Belge une cu­rieuse joint-ven­ture, Are­va Ex­plo, qui ac­quiert cinq per­mis sup­plé­men­taires au­tour des ter­rains d’UraMin, en Cen­tra­frique. Ces sites ne sont pas ré­per­to­riés sur les cartes de l’époque que nous avons pu consul­ter. Pour l’achat de ces étranges per­mis qui, se­lon nos in­for­ma­tions, ne sont plus ac­tifs au­jourd’hui, George For­rest au­rait re­çu lui-même 40 mil­lions de dol­lars dont Are­va n’a pas contrô­lé la ré­par­ti­tion, se­lon la confes­sion de Sé­bas­tien de Mon­tes­sus à des proches. Qui a pro­fi­té des mil­lions ? Bo­zi­zé? For­rest? Bal­ka­ny? Le maire de Le­val­lois-Per­ret a, par le pas­sé, confir­mé son in­ter­ven­tion en Cen­tra­frique pour le compte d’Are­va mais «à

titre amical » . Il n’a pas ré­pon­du à nos ques­tions. George For­rest, na­guère pro­lixe avec les jour­na­listes, a an­nu­lé le jour même le ren­dez-vous qu’il nous avait fixé et a op­po­sé « le se­cret des

af­faires » à nos ques­tions en­voyées par cour­rier électronique.

Sau­ra-t-on ja­mais ce qu’il est ad­ve­nu de l’ar­gent dé­ver­sé sur UraMin ? L’en­quête, dé­clen­chée sept ans après les faits, s’an­nonce longue et dif­fi­cile. Anne Lau­ver­geon conti­nue de dé­non­cer « l’achar­ne­ment » dont elle se­rait l’ob­jet. Bien qu’elle as­pire dé­sor­mais à se « consa­crer en­tiè­re­ment » à sa propre so­cié­té de con­sul­ting, ses ad­ver­saires ont tout fait, ac­cuse-t-elle, pour qu’elle ne re­trouve pas d’em­ploi à sa me­sure. Comment ne pas voir, dit-elle en­core, qu’à chaque fois que son nom a cir­cu­lé, comme lors de la for­ma­tion du gou­ver­ne­ment Valls en avril, une boule puante lui a été lan­cée ?

Liste noire

En mai, l’an­cienne pa­tronne du nu­cléaire fran­çais s’est af­fi­chée muette lors d’une confé­rence de presse aux cô­tés de Jean-Cy­ril Spi­net­ta qui a pris pu­bli­que­ment sa dé­fense en tant qu’ex­pré­sident du con­seil de sur­veillance d’Are­va. Ne rien mon­trer en pu­blic. Tou­jours ce sou­rire en­jô­leur et ces te­nues im­pec­cables. Et rendre coup pour coup dans cette ba­taille où des PDG à l’ego sur­di­men­sion­né et aux ré­seaux ten­ta­cu­laires se sont en­tre­tués pour do­mi­ner le sec­teur de l’éner­gie en France. Cet épi­sode noir du ca­pi­ta­lisme fran­çais est peut-être en train de se clore. Hen­ri Pro­glio n’est plus si sûr d’être re­nou­ve­lé à la tête d’EDF en no­vembre, de­puis que sa femme fait l’ob­jet d’une en­quête pré­li­mi­naire pour « abus de biens so­ciaux, abus de confiance et blan­chi­ment de fraude fis­cale ». Pa­trick Kron est sur la sel­lette de­puis qu’il a vou­lu vendre Al­stom à la sau­vette au géant amé­ri­cain Ge­ne­ral Elec­tric. Le nom de Lau­ver­geon a cir­cu­lé pour le rem­pla­cer. Ar­naud Mon­te­bourg l’a ba­layé d’un re­vers de main.

Le Pa­kis­ta­nais Sai­fee Dur­bar af­firme dé­te­nir les preuves du ver­se­ment de ré­tro­com­mis­sions dans l’af­faire UraMin.

Anne Lau­ver­geon et son ma­ri Oli­vier Fric, en 2009 à l’Ely­sée

L’homme d’af­faires belge George For­rest, que l’on sur­nomme « l’Em­pe­reur des mines » du Con­go, a joué le fa­ci­li­ta­teur pour ré­gler un li­tige entre la Ré­pu­blique cen­tra­fri­caine et Are­va à la suite de l’achat d’UraMin. Son rôle s’est-il ar­rê­té là?

Blan­chi dans le pro­cès pour es­pion­nage d’Anne Lau­ver­geon et Oli­vier Fric, Sé­bas­tien de Mon­tes­sus, ex-pa­tron de la di­vi­sion mines d’Are­va, se dit « très se­rein ». En mars 2012, la nou­velle di­rec­tion d’Are­va lui a pour­tant de­man­dé de dé­mis­sion­ner.

Le juge Van Ruym­beke, qui en­quête sur la for­tune de Pa­trick Bal­ka­ny

(pho­to), se de­mande si les 5mil­lions d’eu­ros trou­vés sur un compte sin­ga­pou­rien ne sont pas liés à l’opé­ra­tion UraMin. Et si cet ar­gent n’a pas ser­vi à ache­ter son riad de Mar­ra­kech.

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