“nul ne peut choi­sir son juge”

Edouard Phi­lippe, dé­pu­té et maire UMP du Havre, dé­plore l’“er­reur de com­por­te­ment” de Ni­co­las Sar­ko­zy. Proche d’Alain Jup­pé, il l’appelle à “ras­sem­bler le peuple de droite” en 2017

L'Obs - - Politique - Pro­po s re­cueill is par Ca­role Bar­jon

Le Nouvel Ob­ser­va­teur Votre ré­ac­tion après la mise en exa­men de Ni­co­las Sar­ko­zy? Edouard Phi­lippe La sur­prise. Les charges re­te­nues contre lui sont lourdes et graves. On ne ma­nie pas à la lé­gère une in­cri­mi­na­tion de cor­rup­tion. Je crois sur­tout né­ces­saire que ces af­faires se traitent dé­sor­mais sur le fond, dans la sé­ré­ni­té, et pas dans la mousse mé­dia­tique. La garde à vue vous a-t-elle sem­blé jus­ti­fiée? Je n’en sais rien. Ni­co­las Sar­ko­zy en est conve­nu lui-même: il est dé­sor­mais un ci­toyen comme un autre. Est-il plus mal trai­té que d’autres? Je n’en suis pas cer­tain. Il n’est pas res­té en garde à vue toute la nuit, comme c’est le cas pour d’autres per­sonnes in­ter­ro­gées par la po­lice. Le vrai pro­blème, c’est le ré­gime de la garde à vue en lui-même. Or, Ni­co­las Sar­ko­zy a eu sa part dans la dé­fi­ni­tion de ce ré­gime. Lors­qu’il était pré­sident de la Ré­pu­blique, il a fal­lu que cer­tains par­le­men­taires se battent pour ar­ra­cher la pré­sence d’un avo­cat pen­dant la garde à vue… Je suis d’ac­cord avec Pa­trick De­ved­jian là-des­sus: je ne sais pas si Ni­co­las Sar­ko­zy a été moins bien trai­té que les autres, mais je pré­fé­re­rais que per­sonne ne soit trai­té comme ça. Ni­co­las Sar­ko­zy, an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique, est donc un jus­ti­ciable comme un autre? La ré­ponse est dif­fi­cile. En droit, oui. La loi est la même pour tous. Dans les faits, non. Un ci­toyen lamb­da n’au­rait sans doute pas vu son nom as­sor­ti de l’ac­cu­sa­tion de cor­rup­tion en man­chette du « Monde » , mais il n’au­rait pas eu non plus la pos­si­bi­li­té de s’ex­pri­mer pen­dant vingt-cinq mi­nutes à la té­lé­vi­sion. Tout le monde ne peut pas faire le 20-heures de TF1. Sar­ko­zy a-t-il rai­son de re­mettre en ques­tion l’im­par­tia­li­té de l’un des juges qui ins­truisent son af­faire?

“Le vrai pro­blème, c’est le ré­gime de la garde à vue en lui­même. Or, Ni­co­las Sar­ko­zy a eu sa part dans la dé­fi­ni­tion de ce ré­gime.”

La mise en ques­tion qua­si ins­ti­tu­tion­na­li­sée de la jus­tice et des ma­gis­trats n’est pas du ni­veau d’un haut res­pon­sable po­li­tique. Nul ne peut choi­sir son juge. C’est ain­si pour tous les jus­ti­ciables. En cas de contes­ta­tion, il existe des moyens de re­cours pré­vus par la loi. Sa mise en exa­men est-elle un obs­tacle à sa vo­lon­té de bri­guer la pré­si­dence de l’UMP? Per­sonne ne peut lui contes­ter ce droit car il est pré­su­mé in­no­cent. Une par­tie des mi­li­tants de l’UMP es­time sa mise en exa­men in­jus­ti­fiée. Ceux-là se­ront donc en­core plus sou­dés qu’au­pa­ra­vant au­tour de lui. Une autre par­tie des mi­li­tants est, elle, trou­blée par l’ac­cu­sa­tion de cor­rup­tion. En outre, la ré­ac­tion de l’an­cien pré­sident sur TF1 ren­voie aux er­reurs de com­por­te­ment qui lui avaient été re­pro­chées pen­dant son quin­quen­nat. Dans l’élec­to­rat tra­di­tion­nel de la droite, ça passe mal. Comment ré­agis­sez-vous aux pro­pos d’Hen­ri Guai­no, qui a fus­ti­gé l’« épou­van­table ar­ro­gance » d’Alain Jup­pé et ex­pli­qué que, « pour don­ner des le­çons de mo­rale », il fal­lait « être exemplaire » ? Guai­no re­ven­dique une to­tale li­ber­té de parole, mais il se met dans tous ses états dès que quel­qu’un émet un avis qu’il n’ap­prouve pas. Et puis, Guai­no re­pro­chant à quel­qu’un de l’ar­ro­gance… c’est un peu comme si Hollande vous re­pro­chait d’être in­dé­cis ou Ca­hu­zac d’être mal­hon­nête. C’est pi­quant. Le par­quet de Pa­ris vient d’ou­vrir une en­quête pré­li­mi­naire pour « abus de confiance » au pré­ju­dice de l’UMP parce que le par­ti a payé la pé­na­li­té de 363615eu­ros in­fli­gée à Ni­co­las Sar­ko­zy pour dé­pas­se­ment de ses frais de cam­pagne. Ju­gez-vous que Ni­co­las Sar­ko­zy au­rait dû rem­bour­ser lui-même cette somme au Tré­sor pu­blic? J’ai com­pris que l’UMP avait sol­li­ci­té à ce su­jet deux études ju­ri­diques qui abou­tis­saient à des conclu­sions ra­di­ca­le­ment in­verses… C’est une ques­tion de droit qui n’est ma­ni­fes­te­ment pas simple à ré­soudre. Ce­la dit, on peut com­prendre que le par­ti ait vou­lu sup­pléer le can­di­dat qui por­tait ses va­leurs en 2012. J’au­rais pris la même dé­ci­sion. Alain Jup­pé, dont vous êtes proche, bé­né­fi­cie d’une forte cote de po­pu­la­ri­té au­près des Fran­çais, mais moindre chez les sym­pa­thi­sants de l’UMP. N’est-ce pas un han­di­cap pour être le can­di­dat de la droite en 2017? Sa cote pro­gresse constam­ment. Alain Jup­pé est à la fois gaul­liste et eu­ro­péen. Il a donc vo­ca­tion à ras­sem­bler le peuple de droite au mo­ment de la pri­maire. C’est aus­si un homme mo­dé­ré. Il pour­ra ras­sem­bler, le mo­ment ve­nu, une ma­jo­ri­té de Fran­çais. Il ne consi­dère pas qu’on ait né­ces­sai­re­ment tort parce qu’on est à gauche. Mais pas non plus qu’on ait né­ces­sai­re­ment rai­son!

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