“C’est de l’achar­ne­ment, comme pour DS K”

Au Tou­quet, sym­pa­thi­sants et élus UMP sont sous le choc. Voyage dans une terre de droite où le sar­ko­zysme s’ef­frite

L'Obs - - Politique - Par Es­telle Gross

« Tiens, ils vont mettre Sar­ko­zy en taule, dis donc! » lance un ha­bi­tué. Ce mer­cre­di ma­tin, la mise en exa­men de l’ex-pré­sident pour cor­rup­tion ac­tive et tra­fic d’in­fluence, qui a eu lieu dans la nuit, oc­cupe les conver­sa­tions au comp­toir des Ar­cades, sur la place du mar­ché. Au Tou­quet-Pa­ris-Plage, Sar­ko­zy, on le connaît bien, le sou­ve­nir de sa ve­nue pour le concert de sa femme le 11jan­vier der­nier est en­core frais. Cette sta­tion bal­néaire hup­pée de la Côte d’Opale pri­sée par les An­glais lui est ac­quise : il y a re­cueilli 78,02% des voix au se­cond tour de la der­nière pré­si­den­tielle. Alors for­cé­ment ses en­nuis ju­di­ciaires font ja­ser. Dans le ca­fé, une vieille dame s’agace en bran­dis­sant le « Figaro » du jour et croit le dé­fendre en lan­çant: « C’est de l’achar­ne­ment, comme pour DSK! »

S’il en est un qui dé­roule sans sour­ciller la thèse de l’achar­ne­ment, c’est An­toine Col­lier, res­pon­sable des jeunes UMP de la 4ecir­cons­crip­tion du Pasde- Ca­lais et étu­diant… en droit. Ce « Jeune pop » plus vrai que na­ture, en che­mise bleu ciel et pan­ta­lon en toile, est dé­jà ro­dé aux élé­ments de lan­gage. « On cherche à l’abattre juste au mo­ment où il al­lait an­non­cer son re­tour! »

Au Tou­quet comme ailleurs, Ni­co­las Sar­ko­zy conserve à droite une cote éle­vée par­mi son noyau de fi­dèles. Ils lui passent tout. C’est le cas de Re­née, com­mer­çante, at­ta­blée avec deux amis à une ter­rasse de la rue de Metz, l’une des deux ar­tères prin­ci­pales de la ville : « Est-ce qu’un an­cien pré­sident est un jus­ti­ciable comme les autres? Pour moi, il faut une jus­tice spé­ciale. » Re­née est convain­cue que « der­rière chaque homme po­li­tique il y a un tra­fic d’in­fluence! » . Et conclut : « Nous sommes dans une fausse dé­mo­cra­tie. » As­sis à cô­té d’elle, Neil, d’ori­gine

an­glaise, es­time avec un zest d’ac­cent bri­tish qu’il y a en France « un es­ta­blish

ment qui ne veut pas de Ni­co­las Sar­ko­zy » . De l’autre cô­té de la table, Ch­ris­tine, mère au foyer, is­sue d’une fa­mille d’en­tre­pre­neurs, rap­pelle le « cou­rage » dont avait fait preuve l’ex-chef de l’Etat lors de la prise d’otages de la ma­ter­nelle de Neuilly. « Je me suis dit qu’il avait du cran. » Certes. Mais, même par­mi ces fans, beau­coup en­vi­sagent dé­sor­mais tour­ner la page. Ch­ris­tine et Re­née se di­visent sur la nou­velle gé­né­ra­tion, la pre­mière mi­sant sur Laurent Wau­quiez, la se­conde sur Bru­no Le Maire, mais toutes deux plaident pour une re­fon­da­tion de l’UMP, qu’elles jugent « morte » .

La re­fon­da­tion, c’est Sar­ko­zy, for­cé­ment Sar­ko­zy, pour An­toine Col­lier et son ami Hu­go Van­gre­ve­lyn­ghe, 19ans, mi­li­tant et membre de l’as­so­cia­tion Ni­co­las Re­viens. Côte à côte, pull ma­rine sur les épaules, les deux jeunes at­tendent ce soir-là « les ré­ponses » de l’an­cien pré­sident, les yeux ri­vés sur la té­lé­vi­sion. Si­lence, l’interview de Ni­co­las Sar­ko­zy sur TF1 et Eu­rope 1 com­mence. Tous deux opinent de la tête. Puis vient la der­nière ques­tion, celle du re­tour. Les deux mi­li­tants re­tiennent leur souffle. Ni­co­las Sar­ko­zy fait un nou­veau pas. « Main­te­nant, c’est plus un doute, il va re­ve­nir! » An­toine, tout sou­rire, en est per­sua­dé. Et peut-être même au Tou­quet! Le ti­ming est par­fait pour le Cam­pus Jeu­nes­qu’il or­ga­nise à la fin de l’été. « S’il re­vient, ce se­ra notre pro­chain pré­sident de la Ré­pu­blique, tout fi­ni­ra bien », veut croire son aco­lyte.

Le dé­pu­té-maire du Tou­quet, Da­niel Fas­quelle, se dé­fend d’être un « sar­ko­lâtre », mais il a trans­mis l’in­vi­ta­tion des Jeunes po­pu­laires à l’ex-chef de l’Etat la se­maine der­nière. « Il n’a pas écar­té l’idée de ve­nir », sou­rit l’élu, qui ai­me­rait bien faire de sa ville l’équi­valent de La­Ro­chelle pour les so­cia­listes. Pas « sar­ko­lâtre », il s’avoue en­core sar­ko­zyste. « Per­sonne ne s’est im­po­sé de­puis 2012. Ce n’est pas qu’une ques­tion de lea­der­ship, je n’ai pas en­ten­du beau­coup d’idées nou­velles », ex­plique-t-il.

Mais, même pour les plus sar­ko­zystes, les doutes sub­sistent. « Est-ce que son re­tour apai­se­ra les ten­sions dans le par­ti? Les gens ont vo­té Sar­ko­zy en 2007, en 2012, mais en 2017? », se de­mande Hu­go. Mer­cre­di soir, Mi­chèle et Fran­çois Biun­do sont aus­si de­vant leur té­lé­vi­seur au pre­mier étage d’un immeuble avec vue sur la mer. Voi­là près de qua­rante

ans qu’ils mi­litent à droite, au RPR puis à l’UMP. Fran­çois, d’ori­gine si­ci­lienne, se dit « chi­ra­quien avant tout » . Le re­tour de Ni­co­las Sar­ko­zy? Lui n’y croit pas.

« Pour moi, il n’est plus cré­dible », ex­plique-t-il avec un fort ac­cent ita­lien. Mi­chèle se montre bien moins ca­té­go­rique : « Je suis vrai­ment dé­çue, mai­son

ne sait pas en­core tout. » Le couple a at­ten­du le der­nier mo­ment pour en­voyer sa co­ti­sa­tion afin de pou­voir vo­ter lors du con­grès du par­ti en no­vembre pour le nou­veau pré­sident. « Ce n’est pas une ques­tion d’ar­gent, c’était pour ex­pri­mer notre co­lère », dé­ve­loppe Fran­çois, qui vo­te­ra pour l’an­cien mi­nistre Bru­no Le Maire. « Ici, cer­tains ont dé­chi­ré leur carte après la ba­garre

Co­pé-Fillon », se sou­vient Mi­chèle. Guerre in­terne, af­faire Byg­ma­lion, mise en exa­men de Ni­co­las Sar­ko­zy, pour ces mi­li­tants, ça com­mence à faire beau­coup. D’au­tant qu’un des tout nou­veaux dé­pu­tés eu­ro­péens de la ré­gion n’est autre que… Jé­rôme La­vrilleux. Ses aveux au len­de­main du scru­tin ont fait bon­dir Jean- Claude Ber­rod, le pré­sident d’une as­so­cia­tion cultu­relle sur l’Eu­rope, éga­le­ment adhé­rent UMP. « Je res­sens du dé­goût, j’ai été to­ta­le­ment sur­pris, sur­tout que j’étais al­lé le voir en mee­ting à Ca­lais quelques jours plus tôt », ra­conte-t-il, un badge aux couleurs de l’Eu­rope ac­cro­ché sur le re­vers de sa veste. En Eu­ro­péen convain­cu, Jean-Claude est très in­quiet.

na­tio­nal se lé­gi­ti­mise. « J’ai peur » que Re­trai­té, le Front il di­gère mal aus­si d’avoir ver­sé 150eu­ros lors du « Sar­ko­thon ». « Main­te­nant, je donne plus un rond! Et il faut que l’af­faire Byg­ma­lion soit éclair­cie », ex­horte-t-il.

Si la plu­part sont dé­çus, « pas ques­tion de quit­ter le na­vire », ré­sume Hugues De­may, 43ans, en­car­té de­puis 2005 et conseiller mu­ni­ci­pal. « Il y au­ra peut-être un chan­ge­ment de nom, mais le par­ti exis­te­ra tou jours », pour­suit-il, ins­tal­lé dans l’ar­rière-bou­tique de son ma­ga­sin de vê­te­ments. Hugues n’en

tend pas « chan­ger d’idées po­li­tiques parce qu’il y a des af­faires » . Pour­tant, « le taux de re­nou­vel­le­ment est plus faible que les autres an­nées » , re­con­naît Da­niel Fas­quelle, dé­pu­té-maire de la ville mais aus­si pré­sident de la fé­dé­ra­tion UMP du Pas-de- Ca­lais. « C’es­tune pé­riode dif­fi­cile et je n’ai pas ré­ponse à tout. Moi, mon rôle c’estde fai­re­pas­ser les mes­sages à Pa­ris. »

An­toine Col­lier etHu­go Van­gre­ve­lyn­ghe, deux « Jeunes pop », veulent croire au re­tour ga­gnant de Ni­co­las Sar­ko­zy

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