Hillary for pre­sident ?

Gaffes, po­pu­la­ri­té en baisse et mar­ke­ting ra­té… A l’ap­proche des pri­maires, l’ex-se­cré­taire d’Etat n’est plus aus­si in­vin­cible

L'Obs - - Monde - De notre cor­res­pon­dant aux États-Unis, Phi­lippe Bou­let-Ger­court

« Dead broke. » Deux mots, deux pe­tits mots mais ils ont fait mouche: quand Hillary Clin­ton a in­di­qué dans une interview qu’elle et Bill étaient

« com­plè­te­ment fau­chés » à leur dé­part de la Mai­son-Blanche, une bonne par­tie de l’Amé­rique s’est in­di­gnée, et l’autre a sou­ri. A eux deux, Bill et Hillary sont à la tête d’une for­tune es­ti­mée à au moins 50 mil­lions de dol­lars! Hillary donne des dis­cours gras­se­ment ré­mu­né­rés ( 300000 eu­ros pour deux speechs or­ga­ni­sés par Gold­man Sachs), elle au­rait re­çu pour son deuxième livre une avance de plus de 10 mil­lions d’eu­ros. Non, vrai­ment, l’image d’un couple Clin­ton dans la dèche passe mal, eux qui ont le­vé plus de 3 milliards de dol­lars lors de leurs suc­ces­sives cam­pagnes, dont les deux tiers ve­nant du monde des en­tre­prises…

C’est plus qu’une simple gaffe. Il y a sou­dain, dans l’air élec­trique qui en­toure tou­jours les Clin­ton, un par­fum de « et si?.. ». Et si Hillary n’était pas im­bat­table? Si elle pou­vait perdre de nou­veau? Aux Etats-Unis, les ventes du « Temps des dé­ci­sions » ont dé­çu, chu­tant de plus de 40% après la pre­mière se­maine. Le score reste ho­no­rable (160000 exem­plaires ven­dus) mais très loin du mil­lion de livres im­pri­més par l’édi­teur. Les cri­tiques, elles, n’ont pas épar­gné un livre écrit au coin de la pru­dence, sans la moindre spon­ta­néi­té. On y voit par exemple Tom Do­ni­lon, le conseiller à la Sé­cu­ri­té na­tio­nale que Hillary avait vio­lem­ment ac­cu­sé, en in­terne, de sa­bo­ter feu Ri­chard Hol­brooke, de­ve­nir un « col­lègue es­ti­mé » . Le livre, écrit mé­cham­ment Maureen Dowd dans le « New York Times », « donne moins l’im­pres­sion d’avoir été écrit q u’ as­sem­blé comme un al­go­rithme pour “Hillary pré­si­dente” […]. I ln’ y a pas un mot sur--------

pre­nant, scin­tillant ou pro­vo­cant dans tout l’ou­vrage ».

Pour ne rien ar­ran­ger, la tour­née de pro­mo­tion a été émaillée d’autres gaffes et de clashs dé­plai­sants avec des jour­na­listes trop ir­res­pec­tueux, qui sont ve­nus rap­pe­ler ses rap­ports dé­tes­tables avec une presse qu’elle exècre. « Elle n’ aime pas reconnaître sans équi­voque une er­reur vé­ri­table », es­time Carl Bern­stein, jour­na­liste hé­ros du Wa­ter­gate et au­teur d’une bio­gra­phie de Hillary. D’autres dis­sèquent dé­jà ses han­di­caps po­ten­tiels en 2016: le désa­mour des Amé­ri­cains pour Ba­rack Oba­ma, la fa­tigue du pays vis-à-vis des éter­nels Clin­ton, les liens in­ces­tueux de l’ex-pre­mière dame avec Wall Street…

Dans la course, Hillary? Sa cote de po­pu­la­ri­té s’est certes af­fais­sée ces der­niers mois, passant de 48% d’opi­nions fa­vo­rables en avril (et 32% d’opi­nions dé­fa­vo­rables) à 44% d’opi­nions fa­vo­rables (37% d’opi­nions dé­fa­vo­rables), se­lon un son­dage NBC« Wall Street Jour­nal ». Mais il s’agit d’un phé­no­mène par­fai­te­ment nor­mal: mal­gré tous les ef­forts des ré­pu­bli­cains, sa per­for­mance de se­cré­taire d’Etat avait été ju­gée apo­li­tique par beau­coup d’Amé­ri­cains. Au­jourd’hui, à quelques mois du vrai dé­part de la pré­si­den­tielle (ceux qui pré­disent qu’elle s’abs­tien­dra ne sont qu’une poi­gnée), elle re­de­vient un per­son­nage po­li­tique – et cli­vant.

Il faut aus­si re­la­ti­vi­ser ses points faibles. Chez les élec­teurs dé­mo­crates, sa cote de po­pu­la­ri­té n’est ja­mais tom­bée au-des­sous de 88% ! Et si elle se lance dans la course à la Mai­son-Blanche, on ne voit pas quel autre can­di­dat dé­mo­crate pour­rait lui bar­rer la route lors des pri­maires. Il est vrai que c’est dé­jà ce que l’on di­sait à son pro­pos en 2008, avant qu’un cer­tain Ba­rack Oba­ma n’ap­pa­raisse… Quant à l’échec du « Temps des dé­ci­sions », il est re­la­tif. Lors de la pre­mière séance de dé­di­cace, dans la li­brai­rie Barnes & Noble de Union Square, à New York, plus d’un mil­lier de fans se sont pres­sés pour faire si­gner leur exemplaire. Cer­tains avaient pas­sé la nuit de­vant la li­brai­rie. C’est aus­si à ceux-là que pen­saient les édi­teurs du ma­ga­zine « The New Re­pu­blic », quand ils ont mis en cou­ver­ture du der­nier nu­mé­ro une pho­to de Hillary avec ce simple mot:

« Ine­vi­table. »

Hillary Clin­ton lors d’une séance de si­gna­tures dans un­ma­ga­sin Costco, àAr­ling­ton (Vir­gi­nie), le 14juin

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