Le coût d’une vic­toire

L’ar­mée ré­gu­lière a re­pris Sla­viansk, mais en­tre­tient le flou sur ses pertes et celles du camp re­belle

L'Obs - - Monde -

Avec la prise de Sla­viansk, la crise du Don­bass est-elle fi­nie? De­puis le 5 juillet, le dra­peau ukrai­nien flotte à nou­veau sur ce bas­tion sé­pa­ra­tiste de l’est du pays. Or c’est ici, dans cette ville de 110 000 ha­bi­tants, que la ré­bel­lion contre Kiev avait com­men­cé, il y a trois mois. Tout un sym­bole. La veille, c’est Kra­ma­torsk, autre fief re­belle, qui re­bas­cu­lait cô­té pro-ukrai­nien. De­puis la fin du ces­sez-le-feu, dé­cré­tée fin juin, l’ar­mée ré­gu­lière marque des points, mal­gré ses hommes mal ar­més, sou­sé­qui­pés, mal en­traî­nés. La crise ukrai­nienne n’est pas pour au­tant ter­mi­née. La ren­contre de Bé­nou­ville, en marge des com­mé­mo­ra­tions du Dé­bar­que­ment, entre Vla­di­mir Pou­tine et le nou­veau pré­sident ukrai­nien, Pe­tro Po­ro­chen­ko, a certes consti­tué un tour­nant : « De­puis, il y a eu une déses­ca­lade di­plo­ma­tique. Mais, sur le ter­rain, la si­tua­tion mi­li­taire reste confuse. On a des in­for­ma­tions très contra­dic­toires. Il y a un brouillage de l’in­for­ma­tion, vo­lon­tai­re­ment or­ga­ni­sé », constate Tho­mas Go­mart, cher­cheur à l’Ins­ti­tut fran­çais de Re­la­tions in­ter­na­tio­nales. « C’est im­pos­sible d’ob­te­nir des in­for­ma­tions fiables », ajoute Ta­ras Ra­tu­sh­ny, jour­na­liste ukrai­nien. Lo­gique : l’at­ten­tion de l’opi­nion pu­blique a fai­bli. La plu­part des jour­na­listes étran­gers ont quit­té les lieux. Ré­sul­tat : toutes les vannes de la pro­pa­gande sont ou­vertes.

Les pertes humaines ? Im­pos­sibles à es­ti­mer. Du cô­té pro-russe, on an­nonce des di­zaines de ci­vils tués, « sur­tout des

en­fants ». Du cô­té pro-ukrai­nien, on mi­ni­mise le nombre de sol­dats dis­pa­rus, mais ils se­raient plu­sieurs cen­taines. Au­jourd’hui ré­fu­giés à Do­netsk, leur autre place forte, les re­belles es­pèrent en­core une aide mas­sive de la Rus­sie, « qui pour­rait tout faire bas­cu­ler », comme l’a ad­mis, amer, le com­man­dant Strel­kov, mi­nistre de la Dé­fense au­to­pro­cla­mé des forces sé­pa­ra­tistes. Pour l’ins­tant, le pré­sident russe souffle le chaud et le froid. Mais son opi­nion pu­blique at­tend un sou­tien aux « frères

ukrai­niens ».

Pour Pe­tro Po­ro­chen­ko aus­si, la par­tie est ser­rée. Trois se­maines après son élec­tion, beau­coup re­doutent le re­tour des vieilles ha­bi­tudes, et de voir la même clique d’oli­garques s’ins­tal­ler au pou­voir. Fin juin, Po­ro­chen­ko a re­çu un aver­tis­se­ment : « Je vous conseille­rais, mon­sieur le pré­sident, d’écou­ter moins l’Eu­rope ou la Rus­sie, et de faire da­van­tage at­ten­tion au peuple ukrai­nien », écri­vait Vo­lo­dy­myr Pa­ra­siuk sur sa page Fa­ce­book. A 26 ans, c’est l’une des fi­gures em­blé­ma­tiques du cou­rant pro-Maï­dan, qui a re­joint les rangs des mi­lices prou­krai­niennes dans le Don­bass. « Nous irons jus­qu’au bout, comme nous l’avons fait à Maï­dan », pour­suit-il. Quelques jours plus tard, le pré­sident dé­cla­rait la fin du ces­sez-le-feu. Non, la crise ukrai­nienne n’est pas fi­nie.

Na­ta­cha Tatu

Sol­dats de la Garde na­tio­nale ukrai­nienne, lors d’un com­bat contre les sé­pa­ra­tistes, près de Sla­viansk, en mai

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