Alerte aux rayons cos­miques !

Ces as­tro­par­ti­cules voyagent dans l’es­pace de­puis la nuit des temps et sont char­gées d’une pro­di­gieuse éner­gie. Gare à ceux qui les croisent…

L'Obs - - Notre Époque - Par Fabien Gru­hier

Au dé­but des an­nées1990, on avait fi­ni par s’aper­ce­voir que le per­son­nel na­vi­gant des com­pa­gnies aé­riennes af­fi­chait, pour cer­tains can­cers, des taux très su­pé­rieurs à ceux de la po­pu­la­tion gé­né­rale: deux fois plus de can­cers du sein, quinze fois plus de can­cers des os, cinq fois plus de leu­cé­mies ai­guës lym­phoïdes, par exemple. Bien plus tôt, de telles études – alors ef­fec­tuées sur les seuls pi­lotes, dont les or­ganes gé­ni­taux font face aux ca­drans lu­mi­neux du cockpit – avaient at­tri­bué cer­taines ano­ma­lies à l’ir­ra­dia­tion de ces ca­drans, dont la lu­mi­no­si­té des ai­guilles pro­ve­nait de sels de ra­dium. Au­jourd’hui, il est dé­mon­tré que les pro­blèmes consta­tés ne viennent ni de la terre ni de l’avion, mais bien du ciel, et de ses rayon­ne­ments cos­miques.

Au ni­veau du sol, l’être hu­main est sou­mis à un taux de ra­dio­ac­ti­vi­té na­tu­relle très faible. Dès que l’on monte en al­ti­tude, les choses s’ag­gravent : la ra­dio­ac­ti­vi­té peut bon­dir jus­qu’à 10 mi­cro­sie­verts par heure à l’al­ti­tude de croi­sière des avions long­cour­riers. Dieu mer­ci, nous sommes dé­bar­ras­sés du Con­corde, qui vo­lait à 20000 mètres et dont les dom­mages ra­dio­ac­tifs sur les pas­sa­gers et le per­son­nel na­vi­gant ne peuvent sans doute plus faire l’ob­jet d’une plainte, pour cause de pres­crip­tion. Mais plai­gnons les mal­heu­reux as­tro­nautes de la sta­tion spatiale in­ter­na­tio­nale, sou­mis du­rant des mois aux orages de par­ti­cules cos­miques qui sé­vissent par 400 ki­lo­mètres d’al­ti­tude. Et aban­don­nons le rêve d’ex­pé­dier des hu­mains sur Mars…

Le rayon­ne­ment cos­mique est un in­ex­tri­cable mé­lange de rayons et par­ti­cules plus ou moins – voire très – éner­gé­tiques, dont les scien­ti­fiques peinent à re­tra­cer les ori­gines. Ces as­tro­par­ti­cules peuvent aus­si bien ve­nir du So­leil que des confins d’un Uni­vers qui n’existe plus, tel qu’il était un ins­tant après le big bang. « Leurs sources sont d’au­tant plus dif­fi­ciles à iden­ti­fier que, du fait de leur charge élec­trique, elles sont dé­viées de mul­tiples fois avant de nous par­ve­nir », dit le pro­fes­seur Etienne Pa­ri­zot, de l’uni­ver­si­té Pa­ris-VII-Di­de­rot. Le­quel avoue sa fas­ci­na­tion pour les « par­ti­cules su­per éner­gé­tiques, dont on ne par­vient pas à ima­gi­ner ce qui, dans l’Uni­vers, a pu les ac­cé­lé­rer à ce point » . Cha­cune de ces par­ti­cules concentre « la même quan­ti­té d’éner­gie qu’une balle de ten­nis lan­cée à 150km/h » . On sait que ces par­ti­cules existent. Heu­reu­se­ment, elles sont très rares: si on ima­gine un écran de 1 mètre car­ré dans l’es­pace, il fau­drait at­tendre en moyenne 1mil­liard d’an­nées pour que l’une d’entre elles le tra­verse… Au­tant dire qu’il est ex­clu de les ob­ser­ver, et d’en dé­ter­mi­ner l’ori­gine ou les pro­prié­tés.

Hé­las, même s’ils sont rares et im­pré­vi­sibles, ces mi­cro­cos­miques bo­lides in­ter­si­dé­raux se ma­ni­festent par­fois par leurs ef­fets dé­vas­ta­teurs – d’au­tant que nos dis­po­si­tifs élec­tro­niques, de plus en plus so­phis­ti­qués et mi­nia­tu­ri­sés, ac­croissent leur propre fra­gi­li­té. Le 7 oc­tobre 2008, un Air­bus de Qantas Air­ways fut frap­pé, entre Perth et Sin­ga­pour, d’une dé­faillance to­tale de ses sys­tèmes de contrôle élec­tro­niques, d’où un tiers des pas­sa­gers bles­sés dans un at­ter­ris­sage d’ur­gence. De même, en 2003, à Schaer­beek (Bel­gique), une ma­chine à vo­ter électronique af­fi­cha un ré­sul­tat de scru­tin in­vrai­sem­blable. Les spé­cia­listes qui ont dé­cor­ti­qué ces deux évé­ne­ments n’ont trou­vé qu’une explication: la frappe, sur la mi­cro­puce d’un sys­tème dé­li­cat, d’une par­ti­cule cos­mique. Alors, face à de telles éven­tua­li­tés me­na­çant les pré­cieux sys­tèmes élec­tro­niques, on com­prend que l’ir­ra­dia­tion des pi­lotes, hô­tesses, et sur­tout pas­sa­gers des avions soit un peu pas­sée… au se­cond plan.

Des concen­trés d’éner­gie ve­nus des confins de l’Uni­vers

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