Des Chi­nois en­ter­rés dans la Somme

L'Obs - - Dossier -

La guerre est mon­diale, elle concerne aus­si l’Ex­trê­meO­rient. Dès l’été 1914, sans ter­gi­ver­ser, le Ja­pon, qui rêve de mettre la main sur les pro­vinces chi­noises contrô­lées par les Al­le­mands, entre dans le conflit aux cô­tés de l’En­tente. La Chine hé­site long­temps. Dé­pe­cé au xixe siècle par les Oc­ci­den­taux, le vieil Em­pire est, de­puis 1912, une jeune Ré­pu­blique in­stable et fra­gile. Elle n’entre en guerre qu’en août 1917, et fi­nit par choi­sir le cô­té allié après avoir long­temps hé­si­té. Un ac­cord conclu avec les An­glais pré­voit tou­te­fois que le pays du Mi­lieu n’en­ver­ra en Eu­rope que des tra­vailleurs. Fuyant l’atroce mi­sère qui sé­vit dans leur pays, les coo­lies s’en­gagent en masse. Ils connaî­tront une mi­sère plus dure en­core. Après des mois de voyage en­tas­sés dans des cales de ba­teaux, ils dé­barquent à Bou­logne-sur-Mer et se re­trouvent par­qués dans des camps dans la Somme. Dans les usines de l’ar­rière ou aux abords du front, le travail est ha­ras­sant. La paie est maigre. Et le bon­heur in­exis­tant: leur contrat ne pré­voit qu’un seul jour de ré­jouis­sance dans l’an­née, le seul Nouvel An chi­nois. Fau­chées par la grippe es­pa­gnole de 1918-1919 qui fait des ra­vages dans ces troupes mal lo­gées et mal nour­ries, des cen­taines d’entre eux ne re­ver­ront ja­mais leur terre na­tale. Ils re­posent tou­jours dans le ci­me­tière chi­nois de Noyelles-sur-Mer, pe­tit vil­lage de la ré­gion d’Ab­be­ville, à l’orée de la baie de Somme.

Tra­vailleurs chi­nois dans les ma­nu­fac­tures

de guerre, en sep­tembre 1916

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