HAL­LU­CI­NANT

L'Obs - - Livres -

Bad trip à la NRF. Le 2 jan­vier 1955, trois écri­vains de la mai­son Gal­li­mard, la poé­tesse suisse Edith Bois­son­nas, son amant, l’édi­teur et es­sayiste Jean Paul­han, et l’au­teur de « Plume », Hen­ri Mi­chaux, se re­trouvent dès po­tron-mi­net au do­mi­cile pa­ri­sien de ce der­nier pour, en­semble, tous ri­deaux fer­més, tes­ter une sub­stance hal­lu­ci­no­gène : la mes­ca­line. C’est un neu­ro­psy­chiatre suisse qui leur a pro­cu­ré les am­poules en nombre suf­fi­sant pour en ab­sor­ber en­core, par voie orale, les 3 et 9 jan­vier. Ils se sont lan­cés dans cette aven­ture psy­ché­dé­lique pour des rai­sons lit­té­raires, et non scien­ti­fiques : quel ef­fet peut avoir le peyotl sur leur écri­ture et leur ima­gi­naire ? Cet étonnant livre à trois voix ras­semble les lettres, les ré­cits, les poèmes, et, pour Mi­chaux, les « des­sins mes­ca­liens », qu’a sus­ci­tés cette ex­pé­rience. Elle n’est pas très heu­reuse – « on n’en sort pas fier », lâche Paul­han – ni très ins­pi­rante : en fait de pa­ra­dis ar­ti­fi­ciel, le voyage est ba­nal et nau­séeux, les hal­lu­ci­na­tions sont pauvres, « d’un mau­vais goût hor­rible » . Paul­han ri­gole ou som­nole. Mi­chaux a l’im­pres­sion d’être un chien et se sent « un peu putain ». Edith Bois­son­nas, par­ta­gée entre « la honte » et « le dé­goût » d’elle-même, voit par­tout du feu et des « vis­cères ou or­ga­nismes pri­mi­tifs ». On est loin des dé­lires psy­ché­dé­liques de la pro­chaine gé­né­ra­tion hip­pie. Mais la fa­cul­té qu’ont ces trois écri­vains de s’au­toob­ser­ver est une date dans l’his­toire cli­nique de la lit­té­ra­ture. A con­som­mer donc sans mo­dé­ra­tion. Mes­ca­line 55, par Edith Bois­son­nas, Hen­ri Mi­chaux, Jean Paul­han, pré­face de M. Pic; Claire Paul­han, 288 p., 33 eu­ros.

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