LE “RE­NOU­VEAU CA­MIL­LO”

Il a ré­veillé la belle en­dor­mie. Al­do Ma­ria Ca­mil­lo a réus­si à mo­der­ni­ser les codes de la mai­son de luxe, pion­nière dans le sec­teur de la mode mas­cu­line, ra­che­tée il y a quatre ans par les Chi­nois de Li & Fung

L'Obs - - Obsession Portrait - PAR SÉ­VE­RINE DE SMET

Entre chic et non­cha­lance, entre flui­di­té et ri­gueur des tis­sus, la col­lec­tion été 2015 a pour­sui­vi la quête de la mai­son Cer­ru­ti vers la « dé­con­trac­tion raf­fi­née » , le « confort chic » : des pan­ta­lons souples et des ber­mu­das, des par­des­sus amples et des cos­tumes pré­cis por­tés sur des che­mises longues… Entre ins­pi­ra­tion vin­tage et codes clas­siques de la mai­son, la col­lec­tion nar­rant un voyage sur la côte Ouest amé­ri­caine sied à un homme mo­derne, aux goûts in­tem­po­rels. Al­do Ma­ria Ca­mil­lo l’in­carne à mer­veille de­puis deux ans. Nom­mé à la tête de la di­rec­tion ar­tis­tique de Cer­ru­ti, cet Ita­lien né à Rome est en train de ré­veiller avec fraî­cheur la belle en­dor­mie, créée en 1967. Quelques se­maines avant le dé­fi­lé, dans le vaste

bu­reau blanc sur­plom­bant la place de la Ma­de­leine, siège his­to­rique de la plus pa­ri­sienne des mai­sons ita­liennes, Al­do Ma­ria Ca­mil­lo, 38 ans, ne laisse trans­pa­raître au­cune fré­né­sie ou ten­sion. Che­mise en jean et blazer, il ne compte pas son temps pour expliquer à quel point « l’es­prit de Cer

ru­ti, ses va­leurs, son at­ti­tude » collent

à sa per­son­na­li­té. « Ni­no Cer­ru­ti a été un pion­nier du prêt-à-por­ter mas­cu­lin. Au­jourd’hui la marque fait fi­gure de Pou­cet dans un monde de géants du luxe, mais nous sommes dans une phase de re­cons­truc­tion. Un chal­lenge

vrai­ment ex­ci­tant. » Dans les an­nées 2000, après le dé­part du père fon­da­teur, les créa­teurs se sont suc­cé­dé, ain­si que les PDG. Ré­sul­tat : une image étio­lée, des col­lec­tions sans vrai­ment d’âme. Fin 2010, Cer­ru­ti passe sous le gi­ron de Tri­ni­ty, du groupe chi­nois Li & Fung, qui s’oc­cupe de­puis vingt ans de la dis­tri­bu­tion en Asie. Ca­the­rine Vau­trin est nom­mée en­suite pré­si­dente en oc­tobre 2011, après avoir oeu­vré avec suc­cès chez Emi­lio Puc­ci et Louis Vuit­ton. La nou­velle équipe a alors je­té son dé­vo­lu sur Ca­mil­lo. « J’ai fait mes armes chez Va­len­ti­no et Er­me­ne­gil­do Ze­gna. J’ai très ra­pi­de­ment vou­lu me concen­trer sur la mode pour homme » , ex­plique ce di­plô­mé d’écoles de mode pres­ti­gieuses de Mi­lan et New York. « Tout reste à faire dans l’uni­vers mas­cu­lin ! Il reste un es­pace à com­bler entre le très clas­sique cos­tume et la fo­lie de de­si­gners contem­po­rains. » Dès son ar­ri­vée place de la Ma­de­leine, Al­do Ma­ria Ca­mil­lo s’est plon­gé dans les ar­chives de la marque, au temps où les stars du ci­né­ma amé­ri­cain pri­vi­lé­giaient le créa­teur ita­lien, où Ni­no Cer­ru­ti in­car­nait cette élé­gance dé­con­trac­tée, tee-shirt noir sous che­mise blanche. « J’ai dé­cou­vert sur­tout l’im­mense hé­ri­tage du La­ni­fi­cio, l’usine pié­mon­taise qui fa­brique les tis­sus, em­blèmes de la mai­son. » De­puis sa pre­mière col­lec­tion en 2012, Ca­mil­lo a im­pres­sion­né par sa maî­trise de la coupe et une pro­po­si­tion mo­derne. Cer­ru­ti se ré­veille.

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