Un Ja­po­nais à Ve­nise

Les grandes mai­sons s’in­té­ressent au des­sin. Comme Louis Vuit­ton qui édite des car­nets de voyage com­man­dés à des des­si­na­teurs fran­çais, ita­liens ou ja­po­nais. Der­nière sor­tie en date : la Sé­ré­nis­sime, du “man­ga­ka” Ji­rô Ta­ni­gu­chi

L'Obs - - Obsession Luxe - Par Jo­seph Ghosn

L’il­lus­tra­tion a souvent été le pa­rent pauvre de deux fa­milles : la bande des­si­née et l’art contem­po­rain. Pour­tant, de­puis peu, un re­gain du genre semble sur­ve­nir, no­tam­ment grâce à l’édi­tion de livres par des mai­sons de luxe dont on connais­sait plu­tôt les ou­vrages de pho­tos, no­tam­ment de mode. Louis Vuit­ton, après avoir édi­té (et conti­nue à le faire) des guides de voyage qui ont long­temps pri­vi­lé­gié le texte aux images, a ré­cem­ment inau­gu­ré une col­lec­tion de car­nets de voyage dé­diés au des­sin. La sé­rie Tra­vel Book, for­mat à l’ita­lienne, in­vite des au­teurs à vi­si­ter des villes ou des pays qui leur sont plus ou moins étran­gers.

Par­mi les titres dé­jà sor­tis, les deux plus ré­cents sont de l’Ita­lien Lo­ren­zo Mat­tot­ti par­ti au Viet­nam et du Ja­po­nais Ji­rô Ta­ni­gu­chi, qui a choi­si Ve­nise. Ren­con­tré à Pa­ris en juin der­nier, Ta­ni­gu­chi ex­plique son at­tache- ment au pro­jet : « En­tant­qu’ au­teurde man­ga, j’ai l’ha­bi­tude des tra­vaux de com­mande. Mais celle-ci était dif­fé­rente de toutes les autres. C’est pour ce­la que jel’ai ac­cep­tée. Et j’ai pris dup lai­sir à des­si­ner dans un­for­mat dif­fé­rent, de ma­nière dif­fé­rente, en couleurs. » Il a dé­cou­vert la ville qu’il ne connais­sait qu’à peine à tra­vers des livres : « J’ai pas­sé une di­zaine de joursàVe­nise, j’ai mar­ché, pris des pho­tos et lais­sé les dé­tails de l’his­toire ve­nir à moi. En­suite, je suis ren­tréà To­kyo pour­des­si­ner. »

Ta­ni­gu­chi a sur­tout pro­fi­té de la li­ber­té don­née par Vuit­ton : « J’ai fait un peu ce que j’ai vou­lu et ap­pré­cié le fait que l’édi­teurm’ait lais­sé cette la­ti­tude. Dans le livre, je n’ai glis­sé qu’un clin d’oeil fur­tif à la marque, qui ne m’avait d’ailleurs rien­de­man­dé... »

Con­trai­re­ment aux Eu­ro­péens ou aux Amé­ri­cains, les au­teurs ja­po­nais n’aiment guère vendre leurs des­sins ori­gi­naux. Pour­tant, Ta­ni­gu­chi s’est lais­sé convaincre et a confié une par­tie des des­sins de son car­net à Vuit­ton, qui les conserve : c’est le cas, par contrat, pour chaque ar­tiste convié à faire un car­net. Ceux de Ta­ni­gu­chi sont ex­po­sés jus­qu’en no­vembre à Ve­nise même, dans le nouvel es­pace cultu­rel de la marque – elle en comp­tait dé­jà cinq, no­tam­ment à Pa­ris et ce­lui de Ve­nise a été inau­gu­ré en juin 2013. D’autres mai­sons de luxe in­ves­tissent aus­si le champ du des­sin: Her­mès édite avec Actes Sud des car­nets de cro­quis si­gnés Phi­lippe Du­mas mais qui tournent beau­coup plus ex­pli­ci­te­ment au­tour des fé­tiches et col­lec­tions de la marque. De même, Ber­lu­ti a fait ap­pel à deux au­teurs aux styles très dif­fé­rents, Sem­pé et Ted Be­noit (grand sty­liste de la ligne claire des an­nées 1980), au mo­ment où, en 2013, la marque se met­tait à conce­voir des vê­te­ments, en plus de ses sou­liers historiques. Comme si le des­sin était le sy­no­nyme ab­so­lu de la li­ber­té de se ré­in­ven­ter.

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