THI­BAULT LAN­XADE

Pour Thi­bault Lan­xade, jeune chef d’en­tre­prise, la po­li­tique de l’offre n’est pas en­core as­sez as­su­mée. Même si le gou­ver­ne­ment est en nets pro­grès

L'Obs - - Économie - Pro­pos re­cueillis par Syl­vain Cou­rage

Le gou­ver­ne­ment fait preuve de bonne vo­lon­té mais il tâ­tonne. Le rap­port Gal­lois al­lait dans la bonne di­rec­tion mais il n’a été que très par­tiel­le­ment mis en oeuvre. Heu­reu­se­ment, les en­tre­pre­neurs ont su se faire en­tendre. La ré­volte des « pi­geons » contre la loi sur les plus-va­lues de ces­sion a pro­vo­qué un élec­tro­choc. Nous at­ten­dions beau­coup des as­sises de l’en­tre­pre­neu­riat, mais de nou­veau, sur la ving­taine de me­sures en­vi­sa­gées, seules quelques-unes ont abou­ti. Les as­sises de la fis­ca­li­té pré­voyaient un al­lé­ge­ment sub­stan­tiel de la pres­sion fis­cale pour les en­tre­prises. Mais aus­si­tôt, il a été ques­tion d’as­so­cier les mé­nages aux baisses d’im­pôts. Le ré­sul­tat s’en est res­sen­ti. Des ré­duc­tions en di­rec­tion des PME sont pré­vues dans le pro­jet de loi de fi­nances pour 2015 mais les chefs d’en­tre­prise at­tendent de la sta­bi­li­té. Ce qu’un bud­get pré­voit, un autre peut le re­mettre en cause…

Pré­ju­gés te­naces

Le pacte de res­pon­sa­bi­li­té cor­res­pond à un vrai chan­ge­ment de pa­ra­digme. La po­li­tique de l’offre dé­fen­due par Fran­çois Hollande pré­tend se fon­der sur une baisse des im­pôts, un al­lé­ge­ment des charges et un choc de sim­pli­fi­ca­tion… Mais une par­tie de la ma­jo­ri­té a pro­tes­té. Le gou­ver­ne­ment a vou­lu don­ner des gages en adop­tant un pacte de so­li­da­ri­té en fa­veur des mé­nages comme s’il fal­lait op­po­ser en­tre­prises et sa­la­riés. Cer­tains so­cia­listes sont fu­rieux des « ca­deaux » faits aux en­tre­prises comme si le pa­tro­nat était une caste uni­que­ment pré­oc­cu­pée par ses in­té­rêts. Ce soup­çon doit dis­pa­raître si l’on veut vrai­ment que les forces pro­duc­tives de ce pays se mo­bi­lisent. L’em­ploi et la com­pé­ti­ti­vi­té re­lè- vent de l’in­té­rêt gé­né­ral. Les baisses de charges ne sont pas des of­frandes au pa­tro­nat. Si l’on croit au rôle po­si­tif des en­tre­prises, il est pa­ra­doxal de culpa­bi­li­ser sys­té­ma­ti­que­ment les in­ves­tis­seurs. Les pre­mières dé­cla­ra­tions de Mon­te­bourg contre la fa­mille Peu­geot, la su­per-taxe des très hauts re­ve­nus et la loi Ha­mon sur l’in­for­ma­tion des sa­la­riés en cas de ces­sion des en­tre­prises té­moignent d’une mé­fiance vis-à-vis du ca­pi­ta­lisme, bien an­crée à gauche. Ce pré­ju­gé n’a pas en­core dis­pa­ru, loin de là. Du coup, chaque avan­cée gou­ver­ne­men­tale est sui­vie de re­culs très dommageables pour nos en­tre­prises. On al­lège un peu notre far­deau, mais

Les so­cia­listes manquent cruel­le­ment de culture éco­no­mique. Thi­bault Lan­xade

on nous glisse des cailloux dans la chaus­sure. Comment pour­rions-nous avan­cer ? Le dé­cret gou­ver­ne­men­tal créant un compte pé­ni­bi­li­té qui ne fi­gu­rait pas dans l’ac­cord entre les par­te­naires so­ciaux, la li­mi­ta­tion du temps par­tiel à vingt-quatre heures heb­do­ma­daires et la ré­gle­men­ta­tion des stages contre­disent l’ef­fort consen­ti en fa­veur des en­tre­prises.

Dé­faut de li­si­bi­li­té

Dans ces condi­tions, la confiance ne peut pas être au ren­dez-vous. A ce stade, les di­vi­sions de la ma­jo­ri­té par­le­men­taire font craindre une re­mise en cause à tout mo­ment du pacte de res­pon­sa­bi­li­té lors de l’adop­tion des lois de fi­nances. Le ter­rain n’est pas sé­cu­ri­sé. Pour in­ves­tir, les en­tre­prises ne bé­né­fi­cient pas de li­si­bi­li­té et de pré­vi­si­bi­li­té. Quand le gou­ver­ne­ment songe à réviser les seuils à par­tir des­quels doivent être créées des ins­ti­tu­tions re­pré­sen­ta­tives des sa­la­riés (dé­lé­gués du per­son­nel, co­mi­tés d’en­tre­prise…), il pro­pose une ex­pé­ri­men­ta­tion pen­dant deux ans ! Mais comment les em­ployeurs peuvent-ils prendre la dé­ci­sion d’em­bau­cher si la me­sure est ré­ver­sible ? Les so­cia­listes manquent cruel­le­ment de culture d’en­tre­prise. Peut-on vrai­ment être ras­su­ré ? La baisse des charges qui pèsent sur nos en­tre­prises est ob­te­nue par la dé­fis­ca­li­sa­tion et non par une baisse struc­tu­relle. Elle peut donc être re­mise en cause chaque an­née. D’au­tant plus que les bé­né­fices éco­no­miques de cette po­li­tique in­suf­fi­sam­ment as­su­mée ne sont pas en­core perceptibles. La crois­sance est trop faible pour en­traî­ner une baisse du chô­mage. Les en­tre­prises doivent être li­bé­rées sans plus tar­der si l’on veut que notre éco­no­mie re­parte.

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