Un “choc d’offre” im­pro­vi­sé

L'Obs - - Économie -

Pierre­Alain Muet, dé­pu­té PS du Rhône, n’a tou­jours pas com­pris. Quelle mouche a pi­qué le pré­sident de la Ré­pu­blique après son ins­tal­la­tion à l’Ely­sée ? Pen­dant la cam­pagne de 2012, les éco­no­mistes qui ont tra­vaillé sur le pro­gramme du can­di­dat ont lon­gue­ment et du­re­ment croi­sé le fer. D’un cô­té, au sein du groupe de La Ro­tonde, il y avait de fer­vents dé­fen­seurs de la po­li­tique de l’offre, des ex­perts qui vou­laient re­don­ner de l’air et des marges de ma­noeuvre aux en­tre­prises, en bais­sant leurs co­ti­sa­tions so­ciales et leur im­pôt. Cette po­li­tique au­rait pu être fi­nan­cée en conser­vant la TVA so­ciale an­non­cée par Ni­co­las Sar­ko­zy… De l’autre, il y avait les key­né­siens – dont Pierre­Alain

Muet – qui es­ti­maient que la baisse des co­ti­sa­tions, qui ne re­pré­sentent qu’ une pe­tite par­tie du coût d’un pro­duit ex­por­table, coû­te­rait trop cher en ces temps de sé­che­resse bud­gé­taire et ne pro­dui­rait qu ’un ef­fet li­mi­té. « A un mo­ment, il a été ques­tion d’ins­crire dans le pro­gramme un cré­dit d’im­pôt in­ves­tis­se­ment de 5 mil­liard­sd’eu­ros » , se­sou­vient Muet. De quoi sa­tis­faire les deux camps. Pour­tant rien de tout ce­la n’a fi­na­le­ment été re­te­nu avant l’élec­tion...

Alors comment expliquer la volte-face du gou­ver­ne­ment quand, en juillet 2012, Jean-Marc Ay­rault a com­man­dé à Louis Gal­lois un rap­port qui ne pou­vait que pré­co­ni­ser des baisses mas­sives de charges pour les en­tre­prises ? Lé­gi­ti­mé par les conclu­sions de ce grand com­mis, le CICE est né, ac­cor­dant aux en­tre­prises 20 milliards d’eu­ros d’al­lé­ge­ments en rythme de croi­sière. Mais ce n’était qu’un dé­but. En guise de ré­so­lu­tion pour2014, le pré­sident de la Ré­pu­blique a an­non­cé le pacte de res­pon­sa­bi­li­té, une nou­velle salve d’al­lé­ge­ment de co­ti­sa­tions (10 milliards d’eu­ros sup­plé­men-taires) et des baisses d’im­pôts pour les en­tre­prises (11 milliards) d’ici à la fin du quin­quen­nat. « Ce quim’a éton­né, c’est l’im­pro­vi­sa­tion qui a conduit à cette dé­ci­sion », confie Pierre-Alain Muet. Au to­tal, l’Ely­sée met sur la table 41 milliards d’eu­ros d’al­lé­ge­ments de charges et d’im­pôts pour les en­tre­prises d’ici à la fin du quin­quen­nat, soit 80% de ce que l’im­pôt sur le re­ve­nu rap­porte en un an. Etce, alors même que 30 mil­liard­sd’eu­ros sé­parent ac­tuel­le­ment la France de l’ob­jec­tif de dé­fi­cit à 3% du PIB ! Pour­tant les pa­trons n’y croient plus et se mé­fient des pro­messes. Même si l’Etat vient de dé­bour­ser en trois se­maines quelque 7 milliards d’eu­ros au pro­fit des en­tre­prises au titre du CICE– du concret ! –, le coup de pouce ne se tra­duit pas en­core dans les chiffres.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.